‹ L'avènement de Bonaparte (volume 5)Chapitre 5 sur 44 · I AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

I AVANT-PROPOS

morte à toute foi politique. On était loin de ces temps de patriotisme exaspéré et furieux où l'amour de la République s'était confondu vraiment avec l'amour de la France. Il semblait que la force, la chaleur et la richesse du sang gaulois se fussent réfugiées dans les armées qui continuaient à défendre la République et dans les groupes guerroyants qui travaillaient à la détruire.

Si la Révolution avait fait surgir à l'intérieur la plus immonde écume qui eût jamais moussé et fermenté à la surface d'un peuple, elle avait développé tout autour de nos frontières une frange d'héroïsme. Lors du grand spasme, l'énergie accumulée au fond des générations françaises, façonnée à la virile discipline de l'ancien régime, soulevée brusquement par l'idée, s'était produite en une terrifiante explosion. Depuis, par la continuation de la guerre, par le déplacement de son objet, par les enivrements et les profits de la conquête, l'héroïsme d'abord désintéressé s'était fait carrière, métier, poursuite ininterrompue de gloire et de lucre. En avant de ruines amoncelées, l'institution militaire restait debout; la Révolution l'avait envahie de ses passions, mais elle avait dû l'excepter de ses destructions, parce qu'il lui avait fallu d'abord vaincre pour vivre et qu'elle avait ensuite vécu de la guerre; elle avait dû entasser dans le cadre des vieux régiments ses volontaires et ses recrues, utiliser les restes de l'ancien corps d'officiers, exalter les vertus militaires, honorer la discipline, glorifier la bravoure, et elle avait pénétré tout cela d'une grande flamme stimulatrice.

Certes, ses troupes ne ressemblaient guère à notre organisme militaire actuel, à cet outil de précision, indéfiniment élaboré; elles étaient mal pourvues, organisées à la diable, tumultueuses, enfiévrées, faméliques et ardentes, dénuées de tout et fières pourtant de leur pittoresque uniforme,

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