LAME RUSSE
en laquelle ou ne demande qu'à espérer. Le Russe est un nomade partout ; il est campé dans sa vie comme sur son district : il est prêt à plier sa tente pour l'au-delà.
l"" Dans la pensée. — Le Russe ne souffre pas du rationalisme, qui est, en Occident, un grand ennemi de la religion» en effaçant le mystère par la clarté, en niant l'absolu suprême au nom d'un relativisme obsédant, en négligeant les fins dernières des actes à force d'en chercher les causes prochaines, en rendant Dieu superflu puisque le seul Dieu agissant c'est la raison humaine. Quand le Russe a voulu comprendre les vérités chrétiennes, il n'a pas dû tout d'abord désathéiser sa pensée.
3"* Dans les rapports des hommes entre eux, — S'il est vrai que le Christianisme peut tenir tout entier dans le précepte du vieil apôtre : « Aimez-vous les uns les autres • , par quel subterfuge ou quelle hypocrisie fera-t-on chrétiens des occidentaux dont la règle journalière est le struggle for life, alors que les Russes, par tout ce qu'ils ont de patriarcal, ont « le sang chrétien » comme les Chinois ont « le teint jaune * ?
4'' Enfin, quand la religion a été prôchée aux Slaves, elle n'a point trouvé, comme chez le$
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Romains, un paganisme assez constitué pour appeler à sa défense toutes les institutions ci^ viles. « Les Russes, dit Alfred Rambaud dans son Histoire de la Russie, semblent n'avoir eu» dans le sens propre du mot, ni temples, ni prêtres; on dressait de grossières idoles sur quelques collines, on vénérait quelque chêne consacré à Péroun ; les chefs du peuple accomplissaient les sacrifices » (P. 31). M. Louis Léger, dans son Cyrille et Méthode, après avoir expliqué l'importance de l'organisation religieuse chez les Slaves de la Baltique, ajoute : « Il n'en fut pas de même chez les autres Slaves : là le culte avait un caractère tout patriarcal. Le prince ou le chef de la famille rempHssait lui-même les fonctions sacerdotales qui se réduisaient à quelques prières, à quelques sacrifices » (P. 33). Notez encore qu'il n'y avait pas d'autorité civile supérieure à celle du chef de canton. Donc la dernière difiiculté qui eût pu s'opposer à l'établissement du Christianisme était levée.
Conforme aux aspirations slaves, et faute d'institutions qui le contrarient, il était naturel non seulement que le Christianisme entrât en Russie, mais qu'il y imprégnât et dirigeât et constituât toute la vie. Il y a réussi