‹ L'Avenir de l'église russeChapitre 14 sur 23 · LAME RUSSE · texte numérisé non relu

LAME RUSSE

H y a une icône dans le coin de chaque chambre, dans le vestibule de chaque hôtel, à côté de chaque comptoir, et c'est de là que vient l'usage de se découvrir en entrant dans les boutiques. Chaque année, à la fête de la paroisse, le prêtre va bénir toutes les maisons. Le !•' août, à rissue de la messe, il bénit l'eau de la rivière ou de l'étang et, aussitôt après, on y plonge les chevaux. Le mariage est un sacrement plus qu'un contrat ; il n'y a pas d'autre cérémonie que la cérémonie religieuse et c'est le prêtre qui tient les registres de l'état civil. Le plus grand de tous les crimes est le sacrilège, et le vol récent de l'icône de Kazan a causé bien plus d'émoi qu'en France nos derniers pillages d'églises. Les liens religieux dominent même les liens naturels, et il est plus grave de tuer son parrain que son père. La religion pénètre partout.

Elle déborde aussi dans la rue. Moscou n'a pas moins de sept cents églises. Souvent elles sont ouvertes sur la chaussée. Entre elles, des images sont enchâssées dans les murs des maisons et une lampe brûle devant. Des processions parcourent souvent la ville, processions de riches bannières métalliques qui sont de vraies icônes que trois hommes ont peine à porter: notre

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pauvre ami Morel en a décrite une dans la Revive catholique des Eglises^ dans le numéro de Décembre 1904 ; ajoutez à cette double haie dorée les cloches de toutes les églises qui, au passage, sonnent en carillons, jusqu'au Kremlin où éclate le fracas des grosses cloches divan Véliky. Entre ces images, devant ces bannières, sous ces cloches, tout le monde se découvre et s'incline et se signe et ne prie pas que du bout des lèvres. Les parvis sont tellement sanctifiés qu'on n'y sait plus si l'on est dans la rue ou dans l'église. Les murs de Moscou sont une immense iconostase.

En France, la piété est un habit de chœur qu'on vêt en entrant à la messe et qu'on dépose pour retourner chez soi. Quel est celui de nos écrivains qui, chrétien dans sa chambre, a été chrétien dans ses livres ? Quel est le poète russe qui n'est pas mort théologien ? Moi qui suis à Moscou à demi étranger, je me sens pris par sa sainteté et je n'ai aucun respect humain à l'écrire. Je n'oserais plus si j'étais à Paris. Adieu.

Troisième lettre.

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