‹ L'Avenir de l'église russeChapitre 15 sur 23 · PETIT ABRÉGÉ DE L^HISTOIRE DE L'ÉGUSE RUSSE · texte numérisé non relu

PETIT ABRÉGÉ DE L^HISTOIRE DE L'ÉGUSE RUSSE

Cher philosophe, cher historien,

J'ai quelque crainte en me rappelant ma dernière lettre. A force de vouloir unifier des caractères opposés, clarifier des croyances complexes, systématiser des coutumes chaotiques, il me semble que j'y ai mis un peu trop de moi-même. Laissez-moi me reposer de ces efforts. Aujourd'hui je veux simplement vous résumer l'histoire du Christianisme russe. Du reste, cet impersonnel exposé est un des buts que mes deux premiers envois annonçaient, comme deux préfaces, et e*est à présent seulement que j'entre dans le vif de mon sujet.

Quand des missionnaires grecs vinrent évan-

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géliser les premiers Russes, la séparation entre l'Eglise d'Orient et l'Eglise d'Occident était comme accomplie, et l'Eglise russe appartint naturellement à l'Eglise orientale. Ces missions sont contemporaines des fils des Rourik et des AskoZd. Qu'ils fassent la guerre à Byzance ou qu'ils commercent avec elle, les premiers princes russes ont pour son génie une admiration de Barbares» Aussi accueillent-ils favorablement ses prêtres. Mais la conversion officielle de la Russie date de saint Vladimir (972-1015). Vaniteux, cruel, débauché, il n'a en sa faveur que ses inqaiétudes religieuses, et, dès qu'il se fait baptiser dans le Dniepr avec ses nobles, il se transforme en un prince fidèle et charitable. Des églises, des écoles se bâtissent. La christianisation des Slaves est désormais l'œuvre des princes et des évéques. Des princes : si des magiciens soulèvent le peuple contre l'évéque, le prince ne dédaigne pas de tuer lui-même le magicien d'un coup de hache. Des évêques : aux Varègues qui n'ont qu'un pouvoir précaire de chefs de clans, ils apportent toute l'organisation d'un vieil état, et, avec elle, une musique, une architecture, des livres, des idées. Ces deux puissances alliées rencontrent chez les païens très peu de résistances. Les luttes

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politiques des chefs peuvent, c'est vrai, prendre la forme de luttes religieuses et le paganisme susciter des magiciens qui persuaderont sans peine un peuple foncièrement mystique ; mais rien en Russie n'est comparable aux persécutions de l'empire romain. Dès lors, le Christianisme profitera des sympathies en germe pour les transformer en vertus effectives : la charité pour les hommes du même mir, il Tagrandira jusqu'à en faire la charité pour tous les hommes ; la polygamie, il la condamnera en face et le voilà déjà assez fort pour l'abolir. Dans l'organisation romaine, le Christianisme a dû s'insinuer modestement et se constituer peu à peu : dans l'anarchie slave, le Christianisme a daigne descendre tout fait.

Dans son œuvre, l'esprit des princes et l'esprit des évéques se complétaient. D'après le statut ecclésiastique de saint Vladimir, l'Eglise était juge des fautes d'enlèvement, d'adultère, de divorce, et allait jusqu'à inspecter les poids et mesures ; mais la peine, comme l'indique le statut de laroslaf, était, à la manière barbare, une amende en argent. Pourtant, dans cette collaboration, c'est l'influence byzantine qui dominait. Au commencement, la Russie n'était, au point

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de vue religieux, qu'une province de Constantinople. Son chef était un métropolite ; comme tous les chefs orientaux, il ne prenait aucune décision importante sans convoquer ses évêques en synode ; il résidait au centre de la Russie, à Kiev : mais il était nommé et institué par le patriarche de Byzance, et, pendant plus de deux cents ans, il fut presque toujours un grec. Par ces métropolites, Byzance exerçait non seulement une action religieuse, mais une action politique. La Russie doit donc le meilleur de son existence nationale à l'Eglise d'Orient. Les Varègues n'ont été que les soutiens du byzantinisme.

Les choses changèrent quand vinrent les Tatars. Leur domination, si malfaisante qu'elle fût, parvint à servir la foi. C'est alors que les Russes développèrent, avec bien des défauts, leurs qualités d'humilité, de résignation, d'endurance, et un amour de leur orthodoxie qui devint comme un attribut de Tâme russe. Contre les musulmans, on n'avait d'autres recours que la foi, et, à certains moments, le martyre. Voilà le bien. Le mal fut moins grand qu'on n'a dit. La persécution, étant intermittente, se borna aux incendies d'églises. Incapables de gouverner, les dominateurs durent respecter la hiérarchie. Seu-

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lement, cette hiérarchie s'éloigna de Constantinople, d'abord parce que le pouvoir politique appartenait à la Horde, ensuite parce que le cœur du pays passa de Kiev en Moscovie. Quand le métropolite Joseph, grec d'origine, eut péri dans la ruine de Kiev, le prjnce de Galicie lui donna pour successeur un Russe, Cyrille, et le patriarche l'agréa, bien qu'il n'entendît pas par là créer un précédent (1243). Les Tatars dévastèrent Kiev de nouveau, et, comme les principautés du Centre prospéraient, les métropolites se fixèrent natu* Tellement à Vladimir (1299), puis à Moscou (1325). Dès lors on ne put les choisir que parmi les Russes.

Dans ces changements, la métropolie se disloquait. Les pays du sud et de l'ouest, notamment la Lithuanie, se plaignaient d'obéir et de payer l'impôt à un métropolite qu'ils ne voyaient jamais. Une lutte de juridiction s'engagea entre les prélats moscovites et les prélats lithuaniens. Le patriarche de Constantinople était souvent fort embarrassé pour donner l'investiture.

La rupture s'acheva au xv* siècle, lorsque le grand duc de Lithuanie, Vitovt, eut, malgré le patriarche, forcé ses évoques à se choisir un métropolite pour eux seuls (4414). Quelques années après, ce fut le patriarche lui-même qui re-

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connut Erasme, évéque de Smolensk, comme métropolite de Lithuanie, et, au bout de peu de temps, les métropolites qui résidaient à Moscou cessèrent de porter le titre de métropolites de Kiev. La métropolie occidentale continua de dépendre de Gçnstantinople, mais non la métropolie du nord. Quand Ivan III mourut (1505), la terre russe était « rassemblée ». Depuis 1453, Gonstantinople était aux Turcs, et le prestige de son patriarche, à la merci des infidèles, tombait. Il était naturel qu'entre Gonstantinople et Moscou s'accentuât une séparation amicale et que la grande reconnaissance de l'Eglise russe pour l'Eglise grecque se changeât en une simple déférence. L'Eglise russe fut, en fait, autonome.

Les métropolites de Moscou firent assez grande figure. Ils ne craignaient pas d'opposer les droits épiscopaux aux caprices des tsars, et Philippe fut martyr d'Ivan le Terrible. Présidant à la plus grande des Eglises d'Orient, il ne leur manquait que le titre de patriarche.

Divers incidents hâtèrent l'institution du Patriarcat. Boris Godounof, au moment où il cherchait la succession du tsar Feodr, voulut se créer des amis dans l'Eglise, comme dans la petite no-

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blesse, et fonder une puissance religieuse qui, à la mort de Feodr, le soutiendrait parce qu'elle lui devrait tout. On profita, en 1586, du passage du patriarche d'Antioche qui venait quêter pour son Eglise. Il promit de défendre le projet auprès des autres patriarches d'Orient. Deux ans après, le malheureux patriarche de Constantinople rapportait leur acceptation. Les évéques de Russie se réunirent aussitôt pour nommer leur patriarche. Tout naturellement la dignité revint au métropolite de Moscou, Job, qui était dévoué à Boris (1589).

Le Patriarcat dura de 1589 à 1720. Les Latins, qui ne s'imaginent le premier prélat d'une Eglise qu'à la ressemblance du Pape, attribuent à l'Eglise russe de cette époque une gloire particulière. En fait, le patriarche de Moscou n'a pas plus d'autorité que le métropolite qu'il remplace, il a seulement plus de pompe. Sa juridiction s'étend à peine aussi loin, il garde les mômes droits de justice, et, quand il s'agit de questions générales, c'est le synode, non lui, qui décide : le principe occidental du pouvoir personnel est toujours remplacé par le principe oriental du pouvoir conciliaire. Du métropolite au patriarche, il n'y eut pas promotion brusque.

Aussi chaque patriarche n'eut-il de puissance

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que celle que lui donna sa valeur personnelle. Ce qui fit de plusieurs d'entre eux des hommes de premier plan, ce furent les circonstances où ils vécurent, et qui ont été décisives dans l'histoire de la Russie, le temps des troubles (1606-1613) pendant lequel les Polonais furent maîtres da Moscou, l'avènement d'une nouvelle dynastie avec Michel Romanof (1613), le règne de Pierre le (jrand et la période des réformes (1682-1725) : mêlée à l'histoire politique, l'histoire religieuse en subit les à-coups.

Les noms de quelques patriarches sont ainsi fort connus.

Hermogène, patriarche au temps des troubles»

fut suspect de patriotisme aux yeux des Polonais : il fut mis en prison, et y mourut de faim en 1612.

Philarète était le père de Michel Romanof.

Quand, après l'anarchie, Michel fut élu tsar à quinze ans (1613), Philarète, alors métropolite de Rostof, était prisonnier des Polonais. En 1618, les deux peuples signèrent une trêve de quatorze ans, et, après l'échange des prisonniers, Philarète revint à Moscou où tout le monde l'attendait comme patriarche. Il fut plus qu'un patriarche. Il fut le conseiller dont Michel avait besoin, trop jeune et trop bon après de pareilles secousses.

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Philarète porta le titre de grand seigneur, reçut avec le tsar les boïards et les ambassadeurs, signa cooime le tsar les actes publics ; il gouverna avec son fils et même gouverna son fils. Durant les dix ans de son pontificat, il fut le vrai restaurateur de la Russie. Ses actes sont la plus haute expression de Talliance du pouvoir spirituel et du pouvoir temporel.

Nikone fut patriarche (1652-1658) sous le règne d'Alexis, fils et successeur de Michel Romanof. Simple fils de paysan, moine, archimandrite, métropolite de Novgorod, pendant h famine il fit construire à ses frais quatre hôpitaux, et pendant la sédition qui suivit la famine il cacha dans son palais le prince menacé, alla au milieu des émeutiers qui le laissèrent pour mort, se fit porter malgré tout dans la maison des chefs des insurgés, et finit par les apaiser par cet entêtement dans Taudace. A cette énergie il joignait un grand ascétisme et une grande intelligence. Il ne pouvait manquer de frapper le tsar. Quand il eut recule siège patriarcal, Alexis voulut qu'il fût près de lui ce qu'avait été Philarète près de Michel. Comme Philarète, Nikone porta le titre de grand seigneur ; il prenait ses repas avec le tsar : il fut associé au gouvernement.

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Mais il y avait alors une autre œuvre à faire. Comme pendant à la restauration politicpie entreprise par Philarète, à Nikone s'imposait une réforme de la liturgie et des mœurs. J'ai dit que le christianisme était naturel aux Russes. Le christianisme, mais non la perfection chrétienne. Chez ces primitifs, les mœurs sont restées longtemps grossières. Peut-être môme la suite ininterrompue de troubles a-t-elle provoqué une décadence morale. Au xvii* siècle, une licence effroyable corrompait toutes les classes et tous les âges. A Téglise, les fidèles riaient, disaient des propos obscènes et se battaient jusqu'à se tuer. Les prêtres bénissaient pour de l'argent des mariages interdits, faisaient commerce de boissons, arrivaient ivres à l'office, et vivaient plus misérablement que des mendiants. Quant à la liturgie, elle s'était corrompue d'une manière que je vous expliquerai en vous parlant du schisme que les Russes nomment Raskol. Purifier la liturgie et les mœurs devait tenter Nikone. Il fut le patriarche réformateur.

Comment il échoua, vous le saurez aussi plus tard. Ce que je puis vous dire maintenant, c'est que son intransigeance indisposa les endormis ; en outre, il fut hautain et irascible. Les boïards.

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qui cherchaient à capter la douceur du tsar, intriguèrent contre lui. En 1657, il avait perdu la confiance d'Alexis. En 1658, on neTinvitait plus à certaines cérémonies officielles et ses envoyés recevaient des coups de bâton. En juillet, un jour de fête, après l'office, il déclara qu'il ne voulait plus être patriarche, déposa ses ornements pontificaux, et se retira au monastère de la Résurrection qu'il aimait entre tous.

Peut-être espérait-il qu'on le rappellerait. On ne le rappela pas. Au contraire, la distance enhardit ses ennemis. Au bout de huit ans ils obtinrent qu'un concile le jugeât (1666). C'est le même concile que nous verrons occupé de la question liturgique. Nikone y fut accusé d'abandon de son siège et de rigueur contre ses subordonnés, déclaré déchu de la dignité patriarcale et envoyé, en habits de simple moine, dans un couvent de la mer Blanche. Ce n'est que quand il fut très vieux qu'on lui permit de revenir à son cher monastère de la Résurrection. Mais il mourut en route. Il fut enseveli avec les honneurs patriarcaux. Les patriarches d'Orient lui rendirent son rang. Alexis lui avait demandé pardon dans son testament.

Si effacés que fussent les successeurs de Nikone, tout pouvoir individuel devait porter om«

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brage à Pierre le Grand. Aussi, cpiand le patriarche Adrien mourut en 1700, il décida de ne pas lui donner de successeur. Dans l'interrègne entre le Patriarcat et le régime qu'il entendait lui substituer, il nomma Stéphane lavorski « surveillant du trône patriarcal » . Avec Féofane Prokopovitch, Pierre élabora le plan du Très Saint Synode, concile permanent qui remplacerait le patriarche, et où l'Empereur serait représenté par un laïc qu'il choisirait lui-même, le Haut- Procureur. L'institution synodale fut approuvée par un concile russe en 1721 et par les Patriarches d'Orient en 1723. C'est sous ce régime que nous vivons, en attendant des réformes dont on parle beaucoup. Je vous l'exposerai plus tard avec quelques détails. Son établissement clôt l'histoire de l'Eglise russe.

Cette Eglise fut toujours non unie à l'Etat, mais mêlée à l'Etat. C'était fatal. La simplicité du régime ne permettait pas de distinguer complètement deux hiérarchies. Cependant un accident a aidé la nécessité : c'est la domination tatare. En isolant pour longtemps la Russie des autres pays, elle a rendu sa religion affaire nationale : faute de termes de comparaison, on ne /; comprit jamais qu'on pût cesser d'être orthodoxe

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sans cesser d'être patriote, et le mot « russe » a toujours pour synonyme le mot « pravoslavny » , c est-à-dire vrai croyant. Cette fusion des choses temporelles et des choses spirituelles semble avoir empêché l'autonomie de l'Eglise : au commencement, elle est la vassale des patriarches de Constantinople, à la fin, elle est l'esclave des empereurs de Pétersbourg, et, quand elle a l'air tout à fait indépendante, au temps du patriarcat, c'est pour être secouée par les révolutions politiques et les révolutions religieuses. Ses ennemis ne pensent pas que rien de bon puisse venir d'elle. Pourtant, il y a aujourd'hui, dans l'orthodoxie, un admirable courant. — Ce sont, dans les églises pleines, à travers le mouvement machinal des signes de croix et des prostrations, des regards vers les images pleins d'une foi qu'on ne simule pas et des suppliques avec des mots du cœur non écrits dans les formulaires comme je n'en ai entendus en France qu'à Notre-Dame des Victoires ou à Lourdes. — C'est l'architecture même d'un temple comme celui du Sauveur : bâti en reconnaissance de l'événement de 1812, ce pouvait n'être qu'un très beau monument moderne ; pourtant j'y sens une unité de gravité, une convergence de foi, un dédain de l'art qui ne serait que

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de l'art, qui écrasent notre basilique du Sacré- Cœur, où, dans quelque coin, une joliesse païenno choque ; et Ton ne s'en étonne plus quand on at vu de près quelles âmes exquises ces peintres russes sont. — C'est, à la campagne, la bénédic^ tion de Teau, le 6 janvier, à l'issue de la messe : on casse dans la glace de l'étang un trou en forme de croix : toujours il y a quelques paysans qui se jettent dans Teau bénie et, pour se réchauffer, courent se plonger dans leur poêle. — Ce sont ces mêmes paysans qui mettent des années à économiser le prix d'un voyage en Terre Sainte, qur s'y rendent pour quelques roubles dans des bateaux épouvantables, qui, seuls de tous le?

peuples, savent pleurer en troupe au Calvaire,^ quand ils ne sont pas morts de fatigue entre Jaffa et Jérusalem. — Et ceux à qui il n'est pas donné d'aller si loin viennent du moins à Moscou saluer cette Vierge ibérienne à qui le Tsar fait sa première visite quand il vient au Kremlin. Ils arrivent lorsque le jour est tombé et passent la nuit à la froide étoile, sur les marches de la petite chapelle, afin d'être les premiers à y pénétrer quand on ouvrira les portes au matin. J'en ai compté une centaine en rentrant vers minuit. J'avais été passer la soirée sur la place des cathédrales. La

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garde y était venue réciter la prière du soir, tête nue, tambours battant aux champs, devant des curieux qui cessaient d'être des curieux. Puis la place s'était vidée. Au loin, j'entrevoyais les lumières de l'autre rive, du Moscou raskolnik, qui s'éteignaient une à une et que je dominais de toute la hauteur des souvenirs demeurés dans ces briques. Les églises qui m'entourent renferment, jetés sur les dalles dans le pêle-mêle de leur humilité, les cercueils des Patriarches et des Tsars. La nudité de leurs murs augmente leur majesté. Seul, sur les pierres d'Ouspensky Sabor, est peint le buste d'une immense Vierge ; elle a plusieurs mètres ; c'est d'un dessin ancien ; une lampe brûle devant : la fresque éclaire la nuit. Est-ce l'hiératisme de cette image, l'émanation de ces ossements, la largeur de cette brise, la pureté de cet air qui a pris lé pli de ne vibrer qu'aux paroles saintes? Ici on est miraculeusement bien pour songer aux desseins de Dieu. Laissez-moi croire que quelque jour vous viendrez m'y rejoindre. Pour nous dire tout ce que nous avons à en dire, il faudrait trop baisser la voix ailleurs. Cette place fat le lieu des conciles populaires. Venez sous la lampe qui brûle devant la grande Vierge d'Ouspensky Sabor.

Quatrième lettre.

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