LE CULTE
A quelles formes religieuses cette histoire a-t-elie abouti, et comment cette Eglise qu'il vous reste à mieux connaître s'adapte-t-elle à cette société dont je vous ai déjà parlé ? Répondre à ces deux questions est l'objet propre de cette correspondance.
Me voici donc obligé d'abord de faire un exposé du Christianisme russe. Ne l'attendez pas complet. Admettant le fonds commun à l'Orthodoxie et au Catholicisme, il suffit de signaler ce qui les sépare. Les divergences concernent le dogme, le culte et V organisation ecclésiastique. Puisque nous esquissons une sociologie, il est clair que nous aurons à insister surtout sur l'organisation ecclésiastique, qui doit ressembler, par tant d'as-
pects, à Torganisation civile, et que nous pourrons presque négliger les dogmes, qui sont, à vrai dire, indépendants des constitutions sociales. C'est par eux que je commencerai, pour n'avoir plus à y revenir; mais contentez-vous, à leur sujet, d'un simple résumé, sans histoire ni exégèse.
Trois ou quatre affirmations séparent les orthodoxes des catholiques.
!• Le Filioque. Le Credo qu'on chante à la messe latine dit du Saint-Esprit : < Qui ex Pâtre Filioque procedit » . Le symbole grec et russe se contente de la formule antérieure : « tô Ik toO «axpoç èxTTopsuojiëvov. » L'Eglise d'Orient, qui s'appelle volontiers Eglise des Sept Conciles œcuméniques, condamne toute décision dogmatique postérieure au deuxième concile de Nicée. Elle rejette donc aussi la doctrine de l'Immaculée Conception, qui est, pour elle, une innovation aussi arbitraire que le Filioque.
2° Les indulgences^ le purgatoire^ la grâce.
Les orthodoxes repoussent les indulgences, ne précisent pas l'état de Tâme du juste après la mort,*^et leurs théologiens ne sont pas d'accord avec les nôtres sur certains points du traité de la grâce.
3* L'infaillibilité papale. L'Orient ne reconnait point aux chrétiens (l'autre chef que Jésus- Christ. Mais nous touchons là à la question de l'Eglise. Nous y reviendrons plus tard.
C'est tout ce que je vous dirai des croyances des Russes. Le parallélisme de la société et de la religion apparaîtra bien mieux dans l'étude du cuUe et de la hiérarchie. Je vous exposerai l'un et l'autre dans l'ordre didactique le plus clair. Ce plan ne forcera pas les analogies entre le sacré et le profane. Si elles apparaissent quand même, c'est qu'elles sont bien puissantes, et vous ne ni' accuserez pas de vouloir prouver une thèse.
Aujourd'hui, le culte.