I.'kU8E orvboboxi
Assurément ce passage laisse paraître la rolonté du Tsar d'unir et même de subordonner l'Eglise à l'Etat. C'est en souvenir des audaces du patriarche Nikone qu'il fait écrire ceci : • Un autre point de grande importance, c'est qu'avec ce gouvernement conciliaire, la patrie n'a pas à craindre les révoltes et les agitations qui dérivent du gouvernement personnel ecclésiastique unique. En effet, le pettple simple ne sait pas quelle difi%» rence existe Qntro le pouvoir ecclésiastique et celui de Tautocrate; mais, ébloui par la haute dignité et la pompe du Pasteur suprême, il s'imagme que cet administrateur est un second souverain, égal en pouvoir à l'autocrate, et même supérieur à celui-ci, et que l'ordre ecdésiastique constitue dans l'Etat un autire et meilleur Etat. » {ibid.y l^ partie)
Poar assurer son autorité sur le Synode,Pierrele-Grand y créa le poste de Haut Procureur. Sous forme de supplément au Règlement ecclésiastique, uDe « Instruction du Procureur suprême du Très Saint-Synode > contient des déclarations significatives ccHume : < Le Procureur est tenu de veiller soigneittsement et sévèrement sur le synode, afin que celui-ci s'acquitte de ses fonctions conformément à ce qui est juste et sans acception de per-
sonnes. » et : « Le Procureur n'est sujet au jugement de qui que ce soit, excepté le nôtre. » et : « Puisque le Procureur suprême est par sa charge établi pour être comme notre œil et l'avocat des affaires de l'Etat, il doit se conduire avec fidélité, car c'est contre lui que l'on procédera tout d'abord. »
Par le Procureur du Saint-Synode, Fautorité impériale semble descendre sur les secrétaires des consistoires, et, par eux, peser sur les moindres personnages des diocèses. L'unité qui manquait à YE^ise serait rétablie au profit de la bureaucratie. Rome même n'a jamais tenté pareille centralisation. Voilà les apparences. Y croyez-vous? Je vous prie de laisser à la foule la responsabilité du oui.
Quelques-uns de la foule chercheront peut-être le salut dans les ordres religieux qu'ils croient devoir échapper à l'Eglise officielle, comme les moines de France échappent à la hiérarchie concordataire. Voyons.
4^ Remarque sur le monachisme russe.
Certains couvents sont célèbres. Près de Moscou, la laure de Troïtsa, la laure fondée par saint Serge, la laure aux quatorze églises, la laure citadelle soutint un siège d'un an contre les Po*
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louais et ce fut peut-être elle qui sauva rémpire. Malgré l'éclat de ces souvenirs, les moines sont peu de chose en Russie.
D'abord ils né sont pas nombreux : environ dix mille hommes, moins de vingt mille femmes ; proportionnellement à la population, c'est dix fois moins qu'en France.
Ils ne se recrutent pas dans l'élite de la société ; c'est une exception que ce fils d'émigré dont le nom français est si étrange à Troïtsa ; les nobles russes sont tout aussi rares ; la plupart des moines sont des fils de prêtres, des paysans, des soldats, quelques marchands. De plus, les couvents sont pauvres ; ce sont leurs icônes seules qui sont riches : je me suis laissé dire que, si l'on appliquait les projets de certains révolutionnaires de confisquer les biens des seigneurs et des monastères pour diviser également le sol entre chaque Russe, les moines seraient les premiers à gagner au partage.
Les religieux de Russie sont uniquement contemplatifs. Je lis, il est vrai, dans le journal de route de l'abbé Morel, écrit en 1905, une note sur le monastère de Valaam, une célèbre abbaye située dans une ile du lac Ladoga. « La conversation de mon guide (c'était un novice du couvent)
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m'a beaucoup intéressé. C'est un garçon sérieux^ qui doit avoir une certaine instruction, et qui, de plus, semble avoir sérieusement réfléchi sur la vie monastique. Il est tout pénétré de la nécessité ^e l'oraison mentale. Il se préoccupe de jsavoir comment il faut distribuer le temps entre la contemplation et Taction. La contemplation perpé* tueUe est imposable. Puis dans l'actiim il faut distinguer des occupations de diverses aortes. Il en est qui sont d'une telle uniformité qu'elles ne demandent aucune application d'esprit. ïdlessont oelies qu'avaient choisies les Pères du désert : faire des nattes et des corbeilles. Tdles aussi, comme l'avait remarqué VassiU I lors de notre visite aux tailleurs de pierre, le travail si lent des polisseurs de granit. D'autres travaux manuels demandent beaucoup d'attention et ne permettent pas de s'adonner en môme temps à la prière. U iaudra donner moins d'heures aux travaux de cette seconde espèce. Puis il y a la question de savoir si le moine dmt travailler pour une rétribution ou s'il doit s'en remettre à la charité publique. De part et d'autre, Vassili voyait des inconvénients. — Une telle conversation m'a édifié* car elle prouve que les moines de Yalaam, certains du moins, ont dans la têje des pensées sédeuses. •
L'ÉGUftE ORTHODOXE itS
Mais je crains que les Yassili ne soient rares. Les moines n'aiment pas cultiver, ils étudient peu, ils ne font pas de missions. Les rudes jeûnes et les longs offices satisfont leur pur ascétisme. Os n'ont f ien de l'activité inquiétante des moÎMS français. Leur type supérieur ressemblerait à ce père Nikiti que Morel a aperçu à Yalaam, jOMBblé de marquas de refi^Mdct. « Le {^ère Nikxti imenta dans le bnteau et s'assit dans la cabine» eirtre M'^^'M^ et la comtesse. On s'entassa aatqiir d'eux. Je ne^ pus que passer la tête à la porte. Le moine salua et demanda ce qu'on lui voulait. Ou répondit qu'on voulait un moment de oonveorsation avec lui. — Que vous dire, répondit-il, sinon ce qui est dans l'Evangiile ? vous aimer les uns les autres^ ne pas juger, prier, etc. — De temps en temps, il s 'interron^pait pour demander pourquoi od lui faisait tant d'bonneur. Les dames pleuraient et je crois que tout le monde était ému. La parfaite simplicité, la profonde conviction avec lesquelles parlait le moine» avaient qu^ue chose de touchant, surtout de la part d'un vieillard dont la vie n'est plus qu'un colloque avdcDieu. »
Bien plus, il n'y a pas d'ordres religieux ayant m but eoAte que coûte, une règle appropriée,
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et une cohésion qui semble en faire des Eglises dans l'Eglise. Tous les couvents sont du même modèle contemplatif. Ils dépendent de Tévéque ou du Synode. Aucun ne vivifie ni ne gène le clergé d*Etat. Nous pouvons donc les négliger dans une première esquisse de l'Eglise de Russie.
En bas, une telle indépendance laissée à chaque prêtre qu'elle menace de lui ôter l'exemple d'agir, en haut» un tel essai de centralisation qu'il risque d'étouffer toutes les initiatives qui s'éveilleront, partout des paroisses sans vie, des diocèses sans lien, un synode qui n'est qu'un bureau, il n'y a ni squelette, ni sang, ni nerfs dans cette Eglise décapitée. Ainsi parlerait l'Occidental, et je vous assure que je le comprends, car, qu'on mette chez nous des prêtres mariés, des évoques <{ui ne furent jamais curés, et un concile de laïques présidé par un ministre, je ne donne pas vingt ans d'existence à l'Eglise de France. Seulement la France est la France et la Russie est la Russie.
Il faut ajouter que si l'Eglise russe nous choque, ce n'est pas par impuissance à réaliser notre idéal, mais par respect pour un idéal autre. Tous ses livres l'attestent. Je ne citerai que
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Je Catéchisme, qui est officiel, et, sur la question de rinfailiibilité, je chercherai des détails dans un ouvrage qui fait autorité aussi, V Introduction à la théologie orthodoxe de Macaire.
LA DOCTRINE ORTHODOXE SUR l'ÉGUSE
i"" U Eglise (T après le « catéchisme ».
Je cite les principaux passages des pages 43 et suivantes.
Demande. — Qu'est-ce que l'Eglise ?
Réponse. — L'Eglise est une société, instituée par Dieu, d'hommes réunis par la foi pravoslavnaïa, la loi de Dieu, la hiérarchie et les sacrements.
Demande. — Que signifie : croire à l'Eglise ?
Réponse. — Cela signifie respecter pieusement la vraie Eglise du Christ et obéir à sa doctrine et à ses préceptes, d'après la certitude qu'en elle réside, agit salutairement, enseigne et gouverne la grâce, sortie de sa seule tête éternelle, Notre* Seigneur Jésus-Christ.
l'égusb orthodoxe 487
Demande. — Comment l'Eglise, qui est vi* sibla, peat-elle être l'objet de la foi, quand la foi, d'après l'Apôtre, est une adhésion à des choses invisibles?
Réponse, — Premièrement, quoique l'Eglise soit visible, invisible est la grâce de Dieu, propre à elle et à ceux qui sont consacrés en elle : c'est cette grâce qui est proprement l'oljjet de la croyance à l'Eglise.
Secondement, l'Eglise, qui est visible, en tant qu'elle est sur terre et contient tous les chrétiens pravoslavny vivant sur terre, est aussi invisible, entant qu'dle est dans le ciel et contient tous ceux qui sont morts dans la vraie foi et dans la sainteté.
Demande. — Pourquoi l'Eglise est-elle une ?
Réponse. — Parce qu'elle est un seul corps spirituel, possède une seule tète, le Christ, et est animée par un seul Esprit de Dieu.
Demande. — Comment savons-nous exacte* ment que Jésus-Christ est la tète unique de l'unique Eglise ?
Réponse. — L'apôtre Paul écrit que, pour l'Eglise, comme édifice de Dieu, personne ne peut poser d'autre fondement que celui qui a été posé,
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c'est-à-dire Jésus-Christ (1" Cor., m, 10, H). C'est pourquoi l'Eglise, comme corps du Christ, ne peut pas avoir d'autre tête que Jésus-Christ.
L'Eglise, devant demeurer durant tous les siècles, a besoin aussi d'une tête permanente, et il n'y en a pas d'autre que Jésus-Christ.
C'est pourquoi les apôtres s'appellent seulement les serviteurs de l'Eglise (Col., i, 24, 25).
Demande. — Comment concilier avec l'unité de l'Eglise l'existence de beaucoup d'Eglises séparées et indépendantes, par exemple : de Jérusalem, d'Antioche, d'Alexandrie, de Constantinople, de Russie ?
Réponse. — Ce sont des Eglises partielles, ou des parties d'une seule Eglise universelle. L'iso lement de leurs organisations visibles ne les empêche pas spirituellement d'être les grands membres du corps unique de l'Eglise universelle» d'avoir une seule tête, le Christ, et un seul esprit de foi et de grâce. Cette unité s'exprime visiblement par la même profession de foi et l'union dans la prière et dans les sacrements.
Demande. — Y a-t-il aussi unité entre l'Eglise terrestre et l'Eglise céleste ?
Réponse» — Sans aucun doute, tant par leur t
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lien à leur chef unique, Notre- Seigneur Jésus- Christ, que par leurs rapports réciproques.
Demande. — Quel est le moyen de communication de l'Eglise de la terre avec l'Eglise céleste ?
Réponse. — La prière de la foi et de l'amour. Les fidèles, appartenant à l'Eglise qui est sur terre, en adressant leur prière à Dieu, appellent en même temps à leur aide les saints appartenant à l'Eglise du Ciel ; ceux-ci, qui se tiennent au haut des marches, au voisinage de Dieu, par l'entremise de leurs prières, purifient, renforcent et apportent devant Dieu les prières des fidèles vivant sur la terre, et, avec la volonté de Dieu, exercent sur eux une action bénie et bienfaisante, ou par une force invisible, ou par des apparitions, ou de quelques autres manières.
Demande. — Pourquoi l'Eglise est-elle sainte ?
Réponse. — Parce que Jésus-Christ la sanctifie par sa souffrance, par son enseignement, par sa prière et par les mystères.
Demande. — Pourquoi l'Eglise s'appelle-t-elle sabornaïa, ou catholique, ou universelle?
Réponse. — Parce qu'elle n'est limitée par aucun lieu, aucun temps, aucun peuple, mais ren-
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ferme en elle les yrais croyants de tous les temps, de tons les lieux et de tons les peuples.
Demande. — Pourquoi l'Eglise s'appelle-t-elle apostolique ?
Réponse. — Parce que, sans interruption ni changement, elle garde, à partir des Apôtres, l'enseignement et la succession des dons dn Saint-Esprit, grâce à l'imposition des mains sacerdotale.
Demande. — Qu'enseigne le Symbole de Toi quand il appelle l'Eglise apostolique ?
Réponse. — II enseigne qu'il faut tenir fermement à l'enseignement et la tradition apostoliques, et s'éloigner de tout enseignement et de tout maître qui ne s'appuient pas sur l'enseignement des -Apôtres.
Demande. — Quelle fondation existe dans TEglise, pour garder la succession du service apostolique ?
Réponse. — La hiérarchie ecclésiastique.
• Demande. — D'où la -hiérarchie de l'Eglise chrétienne pravoslavnaïa tîre-t-elle son origine?
Réponse. — De Jésus-Christ lui-même et de la descente du Saint-Esprit sur les Apôtres, et, depuis ce temps-là, elle se continue sans infer-
taptioa par l'imposition des maîiis dans le saeremaBt de l'Ordre.
DiBmémde. — Quelle est l'autorité ecclésiastique qui peut étendre son action sur toute TEglise catholique ?
Itépatêse. --* Le Ck)ncile universel.
Demande. — A quelle autorité ecclésiastique tORt soumises les grandes divisions de FEglise universelle ?
Réponse. — Aux patriarches pravoslavny et an Saifti-Syiiode.
Demamle. — A quelle autorité ecclésiastique sont soamises les plus petites provinces pravos* Javny et les villes ?
Réponse. — Aux métropolites, aux archevêques et aux évéques.
Demande. — Quel rang dans la hiérarchie tMseii^ le Saint-Synode ?
R^anse. ^- Un . rang égal à celui des saints patriarches pravoslavny.
Sf" L'infailHbiliié d après Maeaire.
Bans son Initûdmiion à la théoiofie ortho" ioxey Macairè distiiigue dans la doctrine de Tin* faill^ilé de l'EgJise quatre vérités : a) « L'auteur et b source unique de Tinfaillibilité de l'Eglise, c'est IMeu en trois hypostases. » 6) « Les instru*
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ments dont le Saint-Esprit se sert pour enseigner l'Eglise et la préserver de toute erreur, ce sont les successeurs des apôtres, les pasteurs et les docteurs de TËglise ; ajoutons que ce n'est pas tel ou tel pasteur, ni même quelques-uns d'entre eux seulement, mais tous les pasteurs ensemble, c'est-à-dire toute l'Eglise enseignante. » c) « L'objet de l'infailtibilité de l'Eglise, ce sont en général toutes les vérités de la religion chrétienne, renfermées dans la révélation, c'est-à-dire tant dans la tradition sacrée que dans la Sainte Ecriture. • d) « Par conséquent, l'infaillibilité de l'Eglise consiste en ce que Notre-Seigneur Jésus-Christ, après avoir confié au corps entier de ses pasteurs le soin de conserver et d'annoncer la révélation divine, ne les laisse point et ne les laissera jamais^ par la grâce de son Saint-Esprit, dévier tous de la vérité dans cette importante mission, et par les pasteurs, on le comprend, n'en laissera pas dévier non plus tous leurs troupeaux. De cette manière nous n'attribuons nullement à l'Eglise le privilège de recevoir de Dieu de nouvelles révélations, nous disons simplement qu'elle conserve, dans toute son intégrité et dans toute sa vérité, la révélation qui lui a été précédemment léguée; c'est-à-dire que nous lui attribuons, non point ce
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don d'inspiration divine qui fut le partage des apôtres, mais seulement l'assistance du Saint- Esprit, qui la préserve de toute erreur » (p. 546- ' 549 de l'édition française).
Donc il n'y a point d'infaillibilité en dehors des conciles œcuméniques. Encore les occidentaux n'ont-ils plus le droit d'en tenir, depuis que, précisément sur la question du Filioque, ils se sont séparés de leurs frères d'Orient. C'est pourquoi la chrétienté ne peut reconnaître aucune autorité au concile « de la province latine » qui, au Vatican, décréta l'infaillibilité du « patriarche de Rome » . La constitution du catholicisme romain est condamnée sans appel.
Telle est la doctrine que l'Eglise orthodoxe professe sur elle-même. On peut la résumer en deux propositions qui la distinguent nettement de l'Eglise romaine :
l"" Elle ne reconnaît pas dautre chef que JésuS'Chrisi.
2*" Elle a un minimum d'organisation.
il nous reste à voir comment ces deux caractères sortent du milieu social.
COMMBNT l'eGUSE RUBSE EST CONFORME À LA SOGISTfi