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les anciens le lui auront dit. H se décide par amour et il pense en corps. Donc les vérités fondamentales du Christianisme correspondent au besoin fondamental de son àme, et la manière dont les Pères les ont promulguées reproduit le procédé journalier des gouvernements civils. Le dogme est la constitution même de la Bussie donnée constitutionnellement. Comme au fond de f immobile empire, le Russe ne connaît rien d'autre que l'identité de sa société et de son Christianisme, il n'a rien au nom de quoi il puisse juger l'un et l'autre. Professer le dogme chrétira d'après l'autorité des conciles, c est, à la russe, affirmer qu'on est Russe. Le Credo est une charte dont le Pravoslavny ne pourrait douter sans douter de lui-même. Son dogme ne peut reposer sur rien, parce cpie tout repose sur lui. Il est, dans la pensée, dans le sentiment, dans l'action, Y « absolu.
Reprenons. Le dogme est absolu parce qu'il est riche. Jamais j en effets il ne se serait suffi s'il n^ avait été qiCun théorème : il est le fondement de la vie parce qu*il est une eharUi, Dans cette charité^ CEglise ^Orient est tout entièrCm Toutes les questions religieuses aboutissent donc, en dernier examen, à la question de PEgUêt.
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Organisation ecclésiastique ou pratique cal* tuelle, les conclusions des deux derniers chapitres concordent. Du catholicisme romain à l'orthodoxie russCy il y a plus quune différence religieuse^ il y a une différence sociale.
Cette différence, nous l'avons vue s'aggraver à chaque page, et les dernières nous permettent de dire plus encore. Le schisme n'est pas l'éloignement de deux Eglises sans communications extérieures, mais intérieurement semblables : lune est avant tout une société invisible, l'autre est, pour commencer, une société visible ; l'une n'a pas de chef sur terre, l'autre en a un, et le plus absolu qui soit. Voilà la coupure. Elle sépare non seulement deux Eglises, mais deux notions différentes de l'Eglise. On est schismatique parce qu^on ne comprend pas le terme schisme de la même façon et^ si Von voulait retrouver la communion des premiers temps, c^est sur le sots du mot communion quUl faudrait s^en»
tendre d'abord.
J'achève, avec cette lettre, ma « sociologie » du Christianisme russe. On lui peut, tout de suite, adresser une critique. J'ai dit d'abord que le Russe était à la fois communautaire et indivi-
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dualiste. Quand, plus tard, j'ai voulu montrer l'accord de sa religion et de son tempérament, ce sont surtout des qualités communautaires que je lui ai prêtées. L'Orthodoxie ne serait donc russe qu'à demi. Elle ne conviendrait parfaitement qu'à une société tout à fait patriarcale. J'aurais exagéré son efiicacité. Les orthodoxes lui sont moins fidèles. Leurs critiques abondent. Tantôt c'est une simple ironie, comme dans ce conte où Dieu engage le loup affamé à manger la jument du pope, \aut6t c'est un réquisitoire furieux, comme ces lignes fort répandues, que j'emprunte à Prougavine : « Le péché est mort (c'est-à-dire qu'aujourd'hui rien ne compte comme un péché), la vérité, comme la bougie, s'est éteinte, la sincérité s'est cachée, la justice est en fuite, la vertu va en mendiante, la vérité est enterrée dans les ruines du mensonge, la foi est dans Jérusalem, l'espérance est avec l'ancre, au fond de la mer, l'honnêteté a pris sa retraite, la fidélité est sur les balances des pharmaciens, la douceur est dans la bataille et au bureau de police, la loi est chez les sénateurs, sur leurs boutons... la patience veut éclater. » (Raskol i Cektanstva, p. 29) Ces voix éparses,les occidentaux les entendent recueillies, amplifiées, dramatisées, dans la voix de Léon
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Tolstoï. Aussi ne peuvent-ils s'enq)écher de son* ger à la prédiction de Vladimir Solovief : < L'orthodoxie craquera e&tre le protestantisme et le cadiolicîsme ». Il semble qu'^e craque déjà.
D'inBomfarables sectes s'en scmt détachées et s'en détachent encore. Hles contiennent plusieurs millions d'adhérents. Ce nombre seul suffit à en imposer. S'il renferme un ayertissement, nous devons le chercher. Je le tenterai dans ma prochaine lettre. Tout de même, atlendez4a en paix.
j^xlènie lettre.
En écrivant « Oxford » sur l'enveloppe que je vous envoie, je songe au beau livre que vous nous donnerez bientôt sur les non-conformistes anglais. Aussi j'ai honte de ce que je pourrai jamais vous dire sur les non-conformistes russes, n y a à cela trois raisons. La première, c'est que je n*aî pas votre talent. La deuxième, c'est que les sectaires du Caucase et de la Sibérie sont très difficiles à atteindre et que, si l'on s'en tient à leurs historiens, on trouve bien des documents trop passionnés pour être justes. La dernière, c'est que, dans la pariiculariste Angleterre, les sectes peuvent être un ferment religieux de premier ordre, tandis que, dans la communautaire Russie, elles sont plutôt le produit du laisseraller anarchîque. Vous vous apercevrez bien vite
qu'elles ne tiennent pas l'avenir. Maintenant <|iie vous êtes habitué à mon procédé, vous n*avez pas besoin que je fosse rentrer mes preuves dans des cadres toujours factices et je puis tout animent vous raconter de l'histoire.
Les dissidents russes peuvent se classer en deux groupes, le Raskol et les Secies propre^ ment dites.
Leur total est évalué à quelques trois millions par les statistiques officielles, à dix ou quinze millions par la plupart des auteurs. Le chiffire officiel est assurément trop petit, parce que, persécutés s'ils ne faisaient pas leurs pâques, beaucoup de dissidents se faisaient passer pour orthodoxes, — et les chiffres privés sont sans doute trop grands, parce que, dans les pays où les chemins sont rares et dans ceux où l'esprit est frondeur, beaucoup de communes ne sont schismatiques que par accident de voirie ou malentendu réparable. Quant aux proportions, on peut les in* duire de la statistique, mise à jour, de M. lousov.
Vieux croyants avec prêtres Trois millions et demi.
Vieux croyants sans prêtres Sept millions.
Sectes mystiques (Hommes Soixante et quelques
de Dieu et Mutilés) mille.
Sectes rationalistes (Dou-
khabory. Malakany, etc.) Deux millions.