‹ L'avenir de la philosophieChapitre 10 sur 265 · DiscoiDS, l'" partie, p. 17, éd. Rabier · texte numérisé non relu

DiscoiDS, l'" partie, p. 17, éd. Rabier

Fragments inédits^ on voit naître la philosophie de Descartes dans le doute et parmi de longs tâtonnements ', du besoin impérieusement ressenti « de marcher avec assurance dans la vie ^ »; et cette existence que, par une mûre résolution, il consacra tout entière « à cultiver sa raison » est étrangement — mais, pour ainsi dire, intellectuellement — romanesque au début, dans ces courses à travers le monde et ces brusques retraites, dans cette inquiétude sur « le chemin à suivre, qui persiste jusqu'au plus profond des rêves ^ dans cet accès ^ d' « enthousiasme » auquel devaient succéder des « contentements extrêmes », « les plus doux et les plus innocents » qu'on puisse goûter en cette vie ^ Descartes exprime à la fois son temps et le nôtre : il a subi et retracé une crise qui est celle-là mémo où nous nous débattons encore. Il en est sorti. Quiconque en veut sortir à son tour doit faire quelques pas au moins dans la voie qu'il a marquée. La pensée moderne elle-même est née, à la fin du xvi" et au début du xvn" siècle, du doute qui la travaille encore et qui, au lieu de la stériliser, la féconde. C'est un fait reconnu que la Réforme, avec ses conflits de doctrines et l'éveil de la critique religieuse, que la Renaissance, avec ses restaurations de systèmes et l'assaut contre la scolastique, avaient jeté dans la pensée le trouble et le désarroi. L'autorité était devenue suspecte, et la libre détermination difficile. Le doute s'offrait aux esprits incertains et las, mol oreiller, mais provisoire, où ils reprenaient des forces loin de s'y engourdir. Le doute d'une pensée affranchie, mais embarrassée de son

1. «... Il csl à pi'inc une seule opinion émise par l'nn dont le conlraire ne soit soutenu par l'autre.... » lUçile 111, éd. Aime Martin, p. 479, coi. 2. — Je citerai un certain nombre d'duivrcs d'après cette édition. Je u'avais à ma disposition, lorsque je rédigeais ces pages, ni l'éd. Cousin, ni l'cd. Garnier.

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