Par. m
3. Rien n'est plus intéressant et plus net dans la Critique que l'appendice à la dialectique transccndanlale : de l'usa^o régulateur des idées de la raison pure, et du but dernier de la dial. nat. de la raison humaine (par. 778-841). Il se termine ainsi : « Comme l'apparence dialecti(]ue est illusoire et attrayante..., et qu'elle est et sera sans doute toujours naturelle, il était prudent de rédiger pour ainsi dire les actes de ce procès et de les dépose)' dans les arcliiues de ta l'aisoii humaine, afin d'éviter de semblables erreurs à l'avenir ».
4. Analytique de la Raison pratique: cf. Fondements de la métaphysique des mœurs dont il faut se servir pour compléter V analytique.
fisammoiit le principe que la conscience enveloppe. « Il y a une loi, disait Rousseau, écrite dans nos cœurs » ; mais il ne formulait point cette loi, et s'en remettait trop à Finspiration individuelle, contingente, du sentiment. Kant a fait effort pour triompher de l'empirisme moral, pour s'élever jusqu'à la raison pure pratique et pour formuler sa loi a priori. Cette loi, si elle n'est pas empirique, n'est pas non plus supérieure à l'homme, dictée d'en haut : elle lui est intime, elle le constitue comme les lois et les idées de la raison spéculative. Kant accepte, il interroge la moralité populaire : dans toute saine intelligence, qui s'en tient au sens commun, est contenu le concept d'une volonté honne en soi '. La volonté bonne, dit-il, est celle que le devoir détermine^ : par le devoir elle tend à l'universel ^ Elle obéit à la raison, qui, dans l'activité comme dans la connaissance, introduit un principe d'unité; qui s'y réalise et devient son but, pour ainsi dire, à elle-même \ Dans son autonomie, la volonté prépare le règne des fins en unissant les hommes sous une législation commune : Agis de telle sorte que ta volonté puisse se considérer elle-même comme dictant par ses maximes des lois universelles, — telle est la formule dernière de la moralité. Cette loi absolue, — que la volonté peut enfreindre, mais qu'elle reconnaît lors même qu'elle l'enfreint, qui la domine et qui l'oblige sans la contraindre, — cet impéjYttif catégorique implique, pose en fait, postule^ une liberté intelligible, une
1. Ce n'est pas le lieu d'insister sur ce qu'il y a de trop formel, de rigide dans la morale de Kant. On a fait voir l'influence sur Kant de Franz Albert Schultz, pasteur et directeur du collège de Kœnigsberg, qui contribua sans doute à lui faire suivre les cours des professeurs de l'Université les plus dévoués au pictisme.
2. Le devoir est indépendant du but où tend, de Vohjet oii s'applique la volonté. Selon son objet, en elfet, la volonté ressent plaisir ou joie : mais le plaisir est a posteriori, individuel, variable; la doctrine du bonheur n'est donc pas doctrine moral".
3. Agis comme si la maxime de ton action devait être érigée par la volonté en une loi universelle de la nature.
4. Agis de telle sorte que tu traites toujours l'humanité (c'est-à-dire les êtres raisonnables), soit dans ta personne, soit dans la personne d'aulrui, comme une fin, jamais comme un moyen.
5. Kant sur ce point, comme sur d'autres, est un peu flottant.
EVOLUTION DE LA PHILOSOPHIE AU XVIIT SIÈCLE. 159 réalité non m'huile \ un monde où règne la nécessité morale — différent du monde sensible oii se développe dans l'espace et le temps la nécessité mécanique-. Ainsi est certaine, et non simplement possible, l'existence d'une cause inconditionnelle; dans le domaine pratique, nous pouvons affirmer le noumène : nous le connaissons d'une façon immanente, mais nous ne le voi/ons pas cependant ^ — Ce n'est pas tout : Kant découvre que le souverain bien de la volonté, pour être parfait, doit concilier la sainteté avec le bonbeur*. Or la sainteté ne peut se réaliser que par « un progrès à l'intini » ; et le bonheur n'est pas en connexion nécessaire avec la moralité ". La loi morale postule par conséquent la persistance indéfinie de l'être raisonnable, — « ce qu'on appelle l'immortalité de l'àme », — et l'existence d'une cause de toute la nature, dont « la causalité est conforme à l'intention morale », et qui mettra d'accord les deux ordres. Un « royaume de Dieu », selon l'expression chrétienne, tendrait donc à se réaliser.
1. « La nature dans le sens le plus général est l'existence des choses sous des lois. La nature sensible d'êtres raisonnables en général est l'existence de ces êtres sous des lois empiriquement conditionnées, ce qui, pour la raison, est une hétéronomie. La nature supra-sensible de ces mêmes êtres est au contraire leur existence d'après des lois indépendantes de toute condition empirique, qui appartiennent par conséquent à l'autonomie de la raison pure. Et comme les lois d'après lesquelles l'existence des choses dépend de la connaissance sont des lois pratiques, la nature supra-sensible, en tant que nous pouvons nous en faire un concept, n'est qu'une nature sous l'autonomie de la raison pure pratique.... La loi morale nous transporte, d'une manière idéale, dans une nature où la raison pure, si elle était accompagnée d'un pouvoir physique proportionné à elle-même, produirait le souverain bien... » Anafijt. de In Raison pral., chap. i, 1.
2. Sur le caractère intelligible et le caractère empirique, voir Examen crit. de VAnalyt. de la Raison prat., trad. Picavet, p. 119. « S'il était possible pour nous d'avoir de la manière de penser d'un homme, telle qu'elle se montre par des actions internes, aussi bien qu'externes, une connaissance assez profonde pour que chacun de ses mobiles, même le moindre, fût connu en même temps que toutes les occasions extérieures qui agissent sur ces derniers, on pourrait calculer la condition future d'un homme avec autant de certitude qu'une éclipse de lune ou de soleil, et cependant soutenir en même temps que l'homme est libre. »