‹ L'avenir de la philosophieChapitre 107 sur 265 · Doctrine de la science, p · texte numérisé non relu

Doctrine de la science, p

ti. Destination de Vliomme, IIP partie, la Croyance; Destination du savant; Méthode jiour arriver à la vie bienheureuse. 6. Destination de Vliomme, trad., p. 192.

ÉVOLUTION DE LA PHILOSOPHIE AU XVIII' SIÈCLE. 169 préparent la synthèse; que le temps soit l'instrument, que riiisloire exprime le progrès de la Volonté : voilà qui n'est point spinoziste, à coup sur. « A mon œil se dévoile la forme de l'univers transfiguré. La masse sans vie et pesante, qui remplit le vide de l'espace, a disparu; et à sa place rôule ses ondes et mugit le fleuve éternel de la vie, de la force, de l'action, de la vie incréée, de ta vie, ô infini! Car toute vie est ta vie; et seul, l'œil religieux pénètre dans le royaume de ta beauté véritable; tout vit, tout a une âme, tout me regarde avec l'œil brillant de l'esprit et parle à mon cœur le langage de l'esprit.... Ta vie, autant qu'un être fini peut la saisir, n'est qu'un vouloir qui se développe et se manifeste absolument par lui même : cette vie, en prenant pour l'œil mortel les formes variées du monde sensible, coule à travers mon être pour se répandre ensuite dans l'infinité de la nature

entière Dépouillé de ses enveloppes matérielles, l'univers

brille à mes yeux complètement intellectualisé. Je le vois de plus marchant au perfectionnement en ligne droite à travers l'éternité'. » — Admirable enthousiasme, et vues neuves aussi. Tout l'Être est dans les individus; l'absolu n'est rien — pas plus que la nature — si on les supprime : l'absolu, c'est l'idéal qui tend à se réaliser en eux. Vues neuves, mais, à vrai dire, flottantes. Le moi absolu qui, au point de départ du système, semblait être l'idéal unique d'essence, la fin morale, qui dans chaque individu domine et dirige le moi empirique, n'est-il pas devenu un Idéal unique primitif, qui ne se divise que pour se connaître et pour se retrouver dans une unité consciente? — Et voici que renaît le dogmatisme : il va se préciser et s'enhardir.

1. La Destination de fhomme, tratl. Barchou de Penhoen, pp. 357-360; cf. Noien, la Cril. de Kant et la métaph. de Leibnilz, pp. 400-420. Voir p. 332 : « ... Nous vivons au sein de la volonté éternelle; nous sommes sous sa main. Il n'est au pouvoir de qui que ce soit de nous en arracher. Nous sommes immortels, parce qu'elle-même est immortelle. Volonté éternelle! Volonté sublime! tu n'as de noms dignes de loi dans aucun langage humain. Aucune intelligence ne saurait te concevoir dans ton immensité. -Mais aucune barrière n'est entre nous, aucun abîme ne nous sépare. Ma voix va se perdre en toi, et la tienne ne cesse de résonner au fond de mon cœur. »

Avec Ficlite, le xviii'' siècle est dépassé déjà : pourtant la philosophie de Kant est loin d'avoir épuisé encore toute sa richesse. — Si, avant de la suivre au delà, on jette un coup d'œil sur le travail accompli en ce siècle par la Pensée collective, on constate, — d'ahord que l'empirisme s'y est réfuté luimême par l'absurde avec Hume; ensuite que, pour échapper au scepticisme, la philosophie a pris trois positions différentes : avec les Encyclopédistes, elle est revenue au matérialisme, mais elle n'a pu rester dans le matérialisme pur et elle y a mêlé des éléments subjectifs; elle a pénétré dans les profondeurs du moi, elle en a découvert les virtualités, elle s'y est le plus possible enfermée avec Reid, Condillac, Rousseau, Kant; mais le moi est une enceinte trop étroite et, par une tendance invincible, elle en est sortie : avec les idéalistes allemands surtout, d'après le moi elle se met à construire le monde.

Toute méthode d'exposition historique doit naître des faits mêmes qu'on expose. Il était possible jusqu'ici de distinguer trois pensées, dans une seule, qui, jusqu'à un certain point, suivaient leur cours isolément durant d'assez longues périodes. Si ces pensées unissaient leur effort, c'était beaucoup plutôt en se répondant l'une à l'autre, ou en se complétant l'une l'autre, qu'en développant ensemble, et chacune à sa façon, un fond commun d'idées. « Désormais, disait Mme de Staël au début du xix*" siècle, il faut avoir l'esprit européen. » Or, à mesure qu'on avance dans le siècle actuel, on voit davantage l'œuvre collective s'accomplir par des efforts simultanés. La collaboration est harmonie désormais plus encore que succession. L'unité de pensée devient plus manifeste, et cette pensée une se développe dans un rythme rapide, en phases distinctes.

DIX-NEUVlÉME SIÈCLE PUEMIÈRE PHASE

Sur la ponte où Fichtel'a poussée, la philosophie allemande ne s'arrêtera plus avant d'avoir atteint les conséquences extrêmes du dogmatisme idéaliste. Dans cette méditation intrépide oii s'enfonce l'élite de toute une race, où se complaît son génie, c'est Hegel qui ira jusqu'au hout. Schelling est intermédiaire entre Hegel et Fichte — à considérer du moins une partie de son œuvre : il n'y a guère de philosophes, en effet, dont la pensée ait plus que la sienne évolué, et il n'est ni possible ni nécessaire ici d'entrer dans le détail de ces transformations.

L'absolu, c'est le moi. Mais cet absolu, comment est-il moi, s'il n'y a de moi qu'avec la limite d'un non-moi'? Et comment encore perd-il son unité? Fichte n'a-t-il pas renoncé à s'expliquer sur le choc que reçoit le moi du non-moi, c'est-àdire le moi de lui-même-? Schelling reprochait à Fichte avec raison, sinon avec clarté, d'avoir fait de l'absolu un « subjectif sujet-objet ». Il lui reprochait aussi, et Hegel avec lui, en expliquant le monde et l'histoire par la réalisation de l'ordre moral, d'avoir réduit à rien la nature et de n'avoir pas fait comprendre le divers, le particulier des choses. La nature, selon Fichte, « objet sans vérité, aussi contraire par essence à la beauté qu'à la raison, ne mérite que d'être anéantie^ )>. — L'univers ne peut pas être la création du moi empirique; mais il ne peut l'être non plus d'un moi absolu. 11 faut donc qu'il y ait un absolu supérieur au moi comme

1. « Qu'étais-je, demandera-t-on, avant que je vinsse à avoir conscience de moi-même? La réponse est toute naturelle : je n'étais pas : car je n'étais pas moi. Le moi n'est qu'autant qu'il a conscience de lui-même. » Doctrine de la science, I, 7, Éclaircissement .

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