‹ L'avenir de la philosophieChapitre 108 sur 265 · Hegel, Journal critique, cité par Nolen, op. cit · texte numérisé non relu

Hegel, Journal critique, cité par Nolen, op. cit

au non-moi, un principe sujet-objet, qui ne soit ni le sujet ni l'objet. Schelling-, en se détachant peu à peu de Kant et de Fichte, va réaliser ce spinozisme renouvelé où tendait Ficlite lui-môme. L'opposition cartésienne du sujet-raison et de l'objet-étendue s'était résolue dans l'unité supérieure de la substance; l'opposition kantienne du sujet-activité morale et de l'objet-obstacle à cette activité se résout ici dans l'unité supérieure de l'inditTérence ou de l'identité absolue.

Sous l'influence de Goethe, de Schiller, de Ilumboldl, de Bunsen, en même temps que par son propre penchant et par une nécessité logique, Schelling attribua donc à la nature, au beau, — c'est-à-dire à la Critique du jugement, — une importance nouvelle. La nature existe, et son existence est parallèle à la pensée. L'absolu se développe à la fois dans l'esprit et dans la nature, dans l'être et dans l'activité. En même temps que la pensée évolue, elle se réalise; en même temps que la réalité se déroule, elle se pense : l'idéal et le réel ne font qu'un par l'unité de loi qui les régit. Dans l'intuition intellectuelle, la pensée tout à la fois découvre l'unité et oppose le moi à l'unité. Dans la création artistique, l'unité de l'objet et du sujet s'accomplit véritablement. Le génie inspiré qui construit le monde reproduit avec conscience l'acte créateur de l'absolu. Le principe divin a communiqué aux êtres organiques « une partie de la musique céleste qui est dans tout l'univers », et il a enseigné aux plus élevés « à rentrer dans l'unité absolue en s'oubliant eux-mêmes dans leurs propres chants* ». « Le père céleste de toutes choses, des dieux et des hommes, vit dans une éternelle félicité en dehors de toute contradiction, et se renferme dans son inviolable unité comme dans un fort inaccessible-.... Celui qui trouverait une expression pour désigner une activité aussi calme que le repos le plus profond, et pour marquer un repos aussi actif que l'activité la plus grande, définirait en quelque

1. Bruno, ou du Principe dioïn cl nalurcl des choses, Irad. Husson, p. 140.

Page 1