Voir Cousin, ihicL, p
3. Inlroduclion au Supplément de r£'Hr?/cZo/:ié(/((?C/77aHH/ry«e;lrad.parBuclion.
risait, en somme, l'hypollièsc d'un fond commun pour tous les phénomènes et, par conséquent, un retour au doe'matisme. Sans chercher le fondement de la science, on crovait invinciblement à sa réalité. En suivant le programme de Bacon, c'est vers Ilobbes, — souvent cité, — et non vers Hume, — assez peu connu, — que tendait la pensée française. Sans doute, Condillac se proposait, lui, de résoudre le problème de la connaissance; sans doule, il inclinait vers l'idéalisme : mais s'il eut du mérite et s'il exerça une influence, cest surtout par l'analyse qu'il fît — et où il se complut — de l'esprit.
Il y eut donc, au début du siècle, une école qui se rattachait à Bacon et à Locke, plus directement aux philosophes français de l'époque précédente dont elle prolongeait les préoccupations à la fois scientifiques et sociales, plus spécialement à Condillac et à Condorcet'. De Condillac, c'est la méthode et non les idées qu'elle adopta, comme l'a très nettement déclaré un de ses principaux représentants : « Quand les Allemands disent que nous sommes disciples de Condillac, comme ils sont kantiens ou leibnitziens, ils oublient que Condillac n'a ni dog-matisé, ni créé un système, ni résolu aucune des questions de psychologie, de cosmologie et de théologie dont les Allemands composent la métaphysique; qu'il n'y a peut-être pas un seul de ceux qui, comme lui, se bornent à étudier nos idées et leurs signes, à en chercher les propriétés, à en tirer quelques conséquences, qui adopte ses principes de grammaire, qui soit pleinement satisfait de son analyse des facultés intellectuelles ou de ses théories sur le raisonnement. On ne tient pas compte de ses décisions, mais de saméthode -. n C'est l'auteur de ce passage,
1. " Avant. Condillac, nous n'avions guère sur les opérations de l'esprit humain que des observations éparses plus ou moins fautives. Le premier, il les a réunies el en a fait un corps de doctrine; ainsi ce n'est que depuis lui que l'idéologie est vraiment une science. » Dcslutt de Tracv, Idcolotjie, p. 115.
2. « Cette méthode conduit d'un pas lent mais sûr, dans toutes les parties des connaissances humaines, ceux qui observent scrupuleusement les faits,
DesLiUt de Tracy, qui a consacré le nom d'idéologie pour désigner l'étude de l'esprit, telle que l'entendait l'école à laquelle il appartient. Le mot métajjhysiqne désigne selon lui une science qui traite de la nature des êtres, des esprits et des différents ordres d'intelligence, de l'origine des choses et de leur cause première; le mot psi/chologie, auquel avait songé Condillac, veut dire science de Yâme et implique une connaissance de cet être : le mot idéologie lui paraissait très sage pour signifier la science qui naît de l'analyse des sensations et des idées*. L'idéologie est un des chapitres de la science générale; elle est « une portion et une dépendance de la physique humaine », ce sont les termes de Destutt de Tracy dans la dédicace de son Traité d. idéologie à Cabanis-; et il ne faisait que reprendre la pensée de Cabanis lui-même. Pour les idéologues, la science de l'esprit naît donc, comme toute autre science, de l'étude pure et simple des phénomènes; elle n'atteint point de substance ni de cause réelle : « Nous n'avons d'idée des objets que par les phénomènes observables qu'ils nous présentent : leur nature ou leur essence ne peut être pour nous que l'ensemble de ces phénomènes. Nous n'expliquons ces phénomènes qu'en les rattachant à d'autres déjà connus auxquels ils ressemblent ou succèdent.... Les faits généraux sont parce quils sont : on ne peut expliquer l'attraction, dans la physique des masses; on ne doit pas plus vouloir expliquer la sensibilité, le fait général de la nature vivante, dans la phy-
qui n'en tirent qu'avec pleine assurance des conséquences, qui ne donnent jamais à de simples suppositions la consistance des faits, qui ne lient entre elles que les vérités qui s'enchaînent tout naturellement et sans lacune, qui avouent leur ignorance et la préfèrent à toute assertion qui n'est que vraisemblable. » Destutt de Tracy, De la met. de Kanl; voir Picavet, les Idcoloçjues, p. 348.