‹ L'avenir de la philosophieChapitre 124 sur 265 · Cours de 1828, 13= leçon, p · texte numérisé non relu

Cours de 1828, 13= leçon, p

3. L'opposilion conlre la philosophie du xviii^ siècle et l'idéologie se pro- 'duisit alors sous une autre forme : l'école théologique ou traditionaliste, avec

de Donald, Lamennais, J. de Maistre.... Ici, il ne peut en être question que pour mieux montrer l'ampleur et la force du mouvement contre l'empirisme et le matérialisme. Des causes profondes et extrêmement variées avaient amené au début du xix" siècle une réaction sentimentale et religieuse. Chateaubriand et Mme de Staël en furent les initiateurs — comme le précurseur en avait été J.-J. Rousseau. Chateaubriand rom[)ait tout à fait avec l'âge précédent; Mme de Staël en gardait la foi enthousiaste dans les « progrès futurs de notre espèce » ; des deux, au reste, c'est celle-ci qui eut le plus d'influence sur la spéculation vôri table. « Je suis devenu chrétien, disait Chateaubriand; je n'ai point cédé, j'en conviens, à de grandes lumières surnaturelles; ma conviction est sortie de mon cœur : j'ai pleuré et j'ai cru. » Mme de Slaël est plus philosophe; elle défend la raison contre la tradition et l'autorité; elle découvre, elle révèle l'Allemagne, elle l'invente pres<|ue, lorsqu'elle en fait — • c'est Henri Heine qui parle — « un nébuleux pays d'esprits, où des hommes sans corps et pure vertu se promènent surdos champs de neige, s'entretenant de morale et de métaphysique ». Elle prépare, elle facilite la rupture avec l'empirisme. Mais elle-même, comme Chateaubriand et après Rousseau, elle contribua surtout à fondre, pour ainsi dire, les cœurs, à faire jaillir l'enthousiasme, la foi, en même temps que, pour sa part, elle enseignait à revêtir le sentiment des parures de l'imagination. — 11 y a un étroit rapport entre l'état général des esprits et la pensée philosophique : mais il faut naturellement négliger ici tout ce qui, dans l'expression spéculative de cet état général, est sans attaches avec les résultats antérieurs, ne vient

Dans trois mémoires couronnés, — à Paris, à Berlin ' et à Copenhague -, — mais surtout — parmi ses œuvres inédites — dans V Essai sur les fondements de la psycliologie et sur ses rapports avec Vétude de la nature ^ et dans les Rapports des sciences naturelles avec la psychologie ou la Science des facultés de Vesprit humain '\ la méthode de Maine de Biran, de plus en plus précise, a largement développé ses résultats.

Il y a pour lui une science qui n'est pas semblable aux sciences naturelles, mais qui n'est cependant pas la métaphysique; et il va pour cette science une méthode à formuler qui n'est pas la méthode expérimentale. — Sans doute, il est naturel qu'on ait fait une première étude de l'esprit avec l'instrument qui avait rendu déjà de si grands services

point s'engrener en quelque sorte dans le travail logique de la Pensée. La source intérieure rouverte, ce que le jaillissement amène d'arbitraire, d'individuel ou de traditionnel, en tumulte et sans critique, n'a point de place dans l'évolution philosophique. Si Maine de Biran, si l'école dont il est, dans une certaine mesure, l'inspirateur, se trouve davantage sur le cours de la Pensée moderne, cela ne veut pas dire qu'il n'y ait point des idées intéressantes à recueillir dans l'école théologique, par exemple : mais ce n'est pas en tant que théologique et traditionaliste qu'elle les e.xprime. Voir Ferraz, Études sur la phil. en France au XIX" siècle; Adam, la Phil. en France [1^" moitié du XIX" siècle); et aussi Saisset, les Écoles philosophiques [liev. (les Deux Mondes, 15 août ISoO).

1. 1807, sur les aperceptions immédiates. Voici le programme, très intéressant, de ce concours : ■< L'Académie de Berlin a remarqué que, dans la recherche de l'origine et de la réalité des connaissances humaines, on négligeait les faits primitifs du sens intime, sur lesquels repose la science des principes, et qui peuvent seuls servir de base au travail de la raison; ou que du moins on ne les avait pas observés, distingués, approfondis avec soin et qu'autant on se montrait difficile sur les objets de l'expérience, autant on était facile à admettre la certitude de certaines formes de nos connaissances. En conséquence, l'Académie a cru que plus de précision dans l'examen et l'énoncé des faits primitifs contribuerait aux progrès de la science; la classe de philosophie spéculative propose donc à la discussion de l'Europe savante la question suivante : '< Y a-l-il des aperceptions internes immédiates? — En quoi l'aperception interne diiïère-t-elle de l'intuition? — Quelle dilTérence y a-t-il entre l'intuition, la sensation et le sentiment? — (Juels sont les rapports de ces actes ou états de l'âme avec les notions et les idées? » Essai, Introd. générale, p. 26.

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