‹ L'avenir de la philosophieChapitre 134 sur 265 · Rapports, p · texte numérisé non relu

Rapports, p

êlre le seul reproche fondé qu'on puisse faire aux divers s\slèmes qui se partagent le champ de la philosophie..., ce n'est pas de différer l'un de l'autre : il faut hier), en effet, qu'ils diffèrent, comme les divers points de vue sous lesquels chacun d'eux considère cette nature humaine si variée elle mèuie.... Mais le tort réel de chaque svslèmc, c'est de ne pas se douner pour ce qu'il est, savoir pour un aspect particulier de notre nature intellectuelle et morale, ou de se prendre lui-même pour ce qu'il n'est pas, savoir comme un système universel, exclusif de tout autre »

L'influence de Maine de Biran pendant sa vie s'exerça par les relations et la conversation' autant peut-être que parles rares écrits qu'il publia, et, après sa mort, elle s'accrut par l'intermédiaire de Victor Cousin. Il avait, en un sens, créé la psychologie, et il avait facilité la conciliation des philosophies en découvrant comme un point central". Mais sur certaines questions il devait paraître incomplet à ses amis ou à ses admirateurs, et lui-même, au surplus, dans une dernière phase de sa vie, il ne se contentait plus. — Il s'était placé en quek|ue sorte à la jonction du moral et du physique, c'est-àdire du sujet et de l'objet : il n'avait pas résolu l'opposition du sujet et de l'objet ^ Sans doute, ceux qui acceptent cette

1. Voir dans la Vie par Naville et dans les Pensées des renseignemenls sur la « société philosophique ■■ ou « métaphysique » : Roycr-Collard, les Cuvier, de Gérando, Thurot, Ampère, Guizot, Duriveau, Maurice, Christian, — Cousin.

2. Il avait, d'ailleurs, lui-même subi quelque peu l'influence de l'éclectisme qu'il avait contribué à faire naitre. Voir Wnlrod. de Naville, pp. clx sqq. — J'ai tenu à insister, plus qu'on ne le fait d'ordinaire, sur cette idée de Maine de Biran qu'à la (in ■• doivent se réunir les points de vue des diverses doctrines ".

3. « Les essais vains et téméraires faits par divers métaphysiciens, soit pour expliquer l'union mystérieuse du sujet et de l'objet de toute représentation, soit pour ramener les deux éléments de la dualilé primitive à l'unité absolue de principe spirituel ou matériel, on dut tenir en garde les meilleurs esprits ou les prévenir contre toute tentative de ce genre, et kiir faire sentir le danger des explications d'un fait vraiment inexplicable, par cela seul qu'il est primitif et fondamental. » Essai, Introd. r/énévtile, p. 50. Les mélaphysiciens qui, dans l'impossibilité absolue de lier immédiatement l'un à l'autre le sujet et l'objet, imaginent des causes occasionnelles, une har-

dualité sans l'analyser, sans la réduire à ses termes les plus simples, s'exagèrent notre impuissance; mais tout rappel des deux éléments à l'unité est absurde et implique contradiction'.

Or nous affirmons invinciblement que tout dans la nature a, comme notre moi, une réalité substantielle : « Nous le savons [cerlissima scientia et clamante conscientia) par l'autorité seule de cette faculté première d'induction, qui nous commande la croyance des causes, des substances extérieures, d'une manière aussi impérieuse, aussi irrésistible, que le fait primitif de sens intime nous atlesLe notre propre existence ou, ce qui revient au même, notre causalité ' ». Pour expliquer l'ensemble et l'unité des choses, lorsqu'il en éprouva le besoin, il semble donc que Maine de Biran aurait dû être conduit à une sorte de panthéisme dualiste. « La cause des existences, objet propre de la raison, ne peut être conçue par elle que comme nécessaire, une, absolue, éternelle et immuable, car c'est cela même qui constitue l'objet de la raison. Toutes les vérités nécessaires que notre esprit trouve telles, et qu'il ne fait pas, ont le caractère essentiel d'éternité et d'immutabilité; elles étaient avant que l'esprit les conçût; elles sont les mêmes alors qu'il cesse de les apercevoir; elles seraient encore quand aucune intelligence finie, faite comme la nôtre, ne les comprendrait. Comment et où pourraient-elles donc subsister, s'il n'y avait pas un être infini, immuable, en qui seul elles subsistent comme les attributs dans leur sujet, en qui seul elles peuvent toujours et parfaitement être entendues^? » Mais le panthéisme répugnait à Maine de Biran; il avait toujours eu un vif sentiment de la personnalité du moi,

nionic préétablie, ôlent ainsi la causalité efficiente aux deux mondes et » nient les fondements réels de cet en vertu Vun de Vautre sous lesquels notre esprit les unit toujours nécessairement et malyré lui-même ». Rapports, p. 279.

1. Essai, p. 52; cf. p. 171. Cf. dans les Rapports, p. 227, note sur la tentative vaine des « unitaires, soit spiritualisles, soit matérialistes ».

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