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:;. Il <lira, plus lard, cpie la raison csl " impersonnelle ■>. Cours de 1828.
physique et moral qui nous environne, peut-être alors tomberai-je dans l'unité absolue. Je raierai cette distinction de la pensée de Thomnie et de la nature; je détruirai le sujet et l'objet pour atteindre cette unité absolue, ou la substance éternelle qui n'est ni l'un ni l'autre et qui les contient tous deux; mais cette substance éternelle ne tombe pas sous l'œil de la pensée. Sans doute le moi n'est pas son fondement à luimême, il ne se suffit pas; il n'est ni sa fin ni son origine; il a été et il retourne à la substance éternelle dont il est venu et dont il nest pas sorti.... Mais sans parler maintenant de la substance éternelle... disons seulement que, dès que le moi s'offre non plus seulement comme être, mais comme être pensant, il se manifeste toujours dans une opposition avec son objet. Il se saisit dans un dualisme dont les deux termes sont identiques et où l'objet n'est que le moi retourné. C'est là le seul commencement scientifique. Toute science qui prétendrait remonter plus haut, qui voudrait commencer par l'unité absolue, débuterait par une hypothèse.... Si je faisais de la synthèse, je commencerais par poser la substance éternelle : je vous montrerais comment du sein de cette substance éternelle sortent les deux grandes apparitions de l'homme et de la nature, avec des caractères contraires, bien qu'elles soient toutes deux d'une substance commune, et comment elles retournent ensuite à celte substance dont elles sont émanées. Mais je procéderais par la synthèse au lieu de procéder, comme je le dois, par l'analyse. Je vous enseignerais peutêtre des choses vraies, mais je vous les enseignerais mal. L'analyse doit conduire à la synthèse; mais la synthèse ne conduirait pas à l'analyse*. » Panthéisme dualiste, tel semble être le terme de la pensée de Cousin, à moins que ce ne soit
1. Leçons de 1820. Voir Janet, Rev. des Deux Mondes, 15 janv. 1884, pp. 316-318. Cf. ce passage fameux des Fragments (préf. de la l" édition^ : « Le Dieu de la conscience n'est pas un Dieu abstrait, un roi solitaire.'.., c'est un Dieu à la fois vrai et réel, substance et cause, infini et fini tout ensemble, triple enfin, c'est-à-dire à la fois Dieu, nature et humanité. En ellet, si Dieu n'est pas tout, il n'est rien. >• {Ibid., 1" fév., p. 629.)
un panthéisme idéaliste. Le non-moi, en effel, en tant que nature, — ou mieux, la nature, en tant que matière, — est plutôt nommé qu'expliqué dans ses cours, et il reconnaît luimême qu'il a fait seulement « un peu de cosmologie ' » — bienpeu, en vérité. — L'unité de la conscience se divise entrois facultés : intelligence, sensibilité et volonté; chacune d'elles a un idéal : le vrai, le beau, le bien ; ces trois idées manifestent l'absolu. Par l'amour, par la morale, par la connaissance, l'homme s'unifie consciemment à l'absolu. Qu'est-ce donc que le temps et l'espace, et quelle est leur réalité? C'est ce que ne dit pas Cousin; mais, pour lui, « l'esprit en soi n'est ni
dans le temps ni dans l'espace L'esprit, quand il est tombé
dans la nature, gémit sur sa chute.... Le règne de l'esprit
n'est pas de ce monde; le règne de l'esprit est dans l'esprit
La morale n'est que le retour à la liberté absolue. Le point de départ est le sacrifice ou la séparation violente de la nature extérieure et de l'activité. Le but est de se faire un avec son
principe Une force sans formes, sans bornes, est nue force
absolue ; la puissa?ice sans formes, l'activité sans bornes, cest
Dieu même Vidée cVun principe actif hors du temps et de
Vespace, voilà Dieu. La liberté absolue est sa loi". » La conscience sous tous ses aspects révèle à Cousin une énergie orientée vers un idéal : et le mouvement vers l'idéal est comme l'effort pour faire tomber les limites du fini et de l'infini. Ainsi Dieu est l'unité de la nature et de l'humanité; ou simplement il est l'unilé du multiple, le support de tout ce qui est, le principe et le terme de l'idéal. — Mais comment y a-t-il autre chose que Dieu?
Dans le cours de 1828, V. Cousin apparaît à la fois plus hégélien et déjà moins panthéiste. Editeur de Descartes, de Platon et de Proclus, au courant des grands travaux érudits de la philosophie allemande, il contribua alors, et par l'exemple et par l'influence, à rehausser l'importance de l'his-
\. Cours de 1828, 13'= leçon.
2. Leçons de 1820; voir Janet, I\ev. des Deux Mondes, 15 janv. 1884, p. 319.
loire de la philosophie et de l'histoire en général. L'idée de progrès, que le xvni" siècle français avait formulée, demandait alors tout à la fois à se vérifier dans l'histoire et à s'expliquer par la philosophie, réclamait le rapprochement de l'une et de l'autre. Une philosophie de l'histoire était le vœu du temps — tout comme cet éclectisme destiné à la couronner : et l'Allemagne surtout offrait des ressources aux penseurs français qui voulaient fonder la philosophie de l'histoire. Lorsque Quinct se mit à traduire Ilerder, il reçut de toutes paris des encouragements' : pour mieux comprendre son auteur, il alla s'installer à Heidelberg. Là précisément — puis à Paris et à Berlin — Cousin s'était lié étroitement avec Hegel. Diviser l'histoire en trois grandes époques — où prédominent les idées de l'infini, puis du tini, puis du rapport de l'infini et du fini; chercher le rôle des peuples et le rôle des grands hommes dans l'évolution nécessaire; faire de la philosophie l'expression la plus haute — supérieure à la religion même — de la civilisation : c'était manifestement s'inspirer de Hegel — comme il s'inspirait de Herder dans ses considérations géographiques. Mais, d'une part, il prêtait la conscience à Dieu et il prononçait le mot de Providence, bien que toute trace du panthéisme n'eût point disparu de sa pensée; d'autre part, quelque intérêt qu'il apportât à l'histoire, il ne l'élcvait pas aussi haut que Hegel l'avait mise. Tout le système des choses, selon Hegel, est mouvement, devenir, histoire, et son
1. De Gérando lui écrivait: « Vous avez fait, monsieur, une chose que j'avais réservée pour ma vieillesse. Je ne puis rien vous dire de plus, sinon que je vous aiderai de tout mon pouvoir. J'ai là à peu près deux mille volumes qui sont à votre service. Je veux vous donner mes ouvrages. Vous viendrez me voir souvent, vous me parlerezde Herder, que mon ami intime Camille Jordan a beaucoup connu et dont il ralTolait. » Cousin, de ([ui il écrivait : •• Il croit an triomphe de la raison, de la justice, comme à sa propre existence ■■, et chez qui il admirait alors l'enthousiasme, l'expansion, les « élans de génie ■•, l'embrassait après avoir entendu les principaux passages de son inlrod. à la phii. de Herder (1825). « Ah! les années sont bien changées, écrivait-il à celte époque à sa mère, et celui qui veut marcher avec le siècle ou le devancer, il ne faut plus qu'il sautille sur un pied, mais qu'il suive résolument une voie sérieuse où sont l'éloquence, la vérité et la force. » Lettres d'E. Quinet à sa mère; voir Rev. des Dnix Mondes, V" juillet ISTT. un article de Saint-René Taillandier.
syslème philosophique ne prétend être la vérité que parce qu'il couronnerait l'histoire en la repensant. Pour Cousin, Ja philosophie précède l'histoire* : comme Bruckcr a tracé le tableau historique dos systèmes en cartésien, Tiedemaim en partisan de Locke, Tennemann en disciple de Kant, le moment est venu pour le théoricien de l'éclectisme d'appliquer à l'histoire sa conception philosophique et, par l'histoire, de confirmer sa philosophie. Les travaux érudits se condensent de temps à autre en histoires générales, pour se résoudre quand le principe qui les ordonnait est ruiné : Cousin, avec un principe nouveau, tente une synthèse nouvelle.
La réflexion des penseurs, qui représente le plus haut efîort deFhumanité, roule dans des cercles invariables, — sensualisme, idéalisme, scepticisme, mysticisme-, — mais, dans ces retours périodiques, elle avance sans cesse; aux divers degrés de la civilisation « les mêmes problèmes enfantent les mêmes solutions dont le progrès se mesure sur celui de la raison générale » : recueillir ce qu'il y a d'essentiel et de permanent dans l'histoire, voilà donc où doit tendre plus que jamais le philosophe après qu'il s'est fait historien. Mais la loi selon laquelle l'unité doit se produire, V. Cousin ne la dégage point; son éclectisme n'est pas arrivé à se formuler nettement. Sans doute, il a au moins entrevu l'idée hég'élienne d'une philosophie qui se développe à travers les systèmes, qui leur est supérieure et où ils aspirent'^; mais il a surtout conçu l'éclectisme comme triage et conciliation: triage des vérités acquises, conciliation des points de vue exclusifs \