‹ L'avenir de la philosophieChapitre 141 sur 265 · En 1828, par exemple, 13e leçon, p · texte numérisé non relu

En 1828, par exemple, 13e leçon, p

l'école écossaise. — 11 est inulile dinsisler sur une évolution dont les causes sont, presque toutes, contingentes et non logiques ' : la part de la logique consiste — quand la théorie de la raison impersonnelle eut mené Cousin jusqu'au panthéisme, et que les polémiques eurent précisé cette conception des choses — à avoir fait effort pour échapper aux difficultés de l'unité absolue.

Parmi les disciples de Cousin, — qui s'accordent à affirmer d'une façon plus ou moins nette, la triple réalité du moi, du non-moi et de Dieu, — les uns font plus de part à la cosmologie et à la théologie surtout, les autres sont plus exclusivement psychologues; ceux-ci, attachés à l'observation des faits intimes, ne les dépassent qu'avec prudence et comme sur l'invilalion du sens commun ou delà foi, ceux-là donnent à la raison davantage.

Mais voici des traits sur lesquels il faut insister. Tous, à l'exemple de Cousin et sous son impulsion, ils se sont montrés curieux de l'histoire, sympathiques aux manifestations diverses de la pensée, et ils ont exploré tout le domaine philosophique en une suite précieuse de travaux'. Quand ils ne

1. Dans un chapitre des Philosophes classiques du XIX" siècle, Taine montre poiD^quoi l'e'cleclisme a réussi (chap.xn) : c'est parce qu'il répondait au milieu. '< Messieurs, vous aimez ardemment la patrie. Si vous voulez la sauver, embrassez nos belles doctrines.... Sorti du sein des tempêtes, nourri dans le berceau d'une révolution, élevé sous la mâle discipline du génie de la guerre, le xix" siècle ne peut en vérité contempler son image et retrouver ses instincts dans une philosophie née à l'ombre des délices de Versailles. » (Cousin, Cours d'histoire de la philosophie, I, p. 21; Taine, ibid.) Mais cette école, si bien d'accord avec le milieu et qui finit par en subir rinlluence» n'en a pas moins une valeur logique, de l'importance en tant que réaction philosophi(iue contre la philosophie antérieure. Par sa première philosophie, d'ailleurs, par le relief donné à certaines idées. Cousin, sans originalité prolonde, a Joué un rôle dans l'histoire de la Pensée, Taine a écrit un ouvrage polémi(|ue plulôl qu'une « étude d'histoire et de critique >• : à son tour, il réagissait.

2. Voir sur ce point Janet, Ferraz, ops. cits. ; Ravaisson, la Philosopltie française nu XIX" siècle; Saissel, Uevue des Deux Mondes, 15 août et 1" septembre 1850, les Écoles philosophi'jues en Vraiice depuis la Révolulion de février. •' Embrasser l'ensemble entier des vicissitudes de l'esprit humain, depuis les premières lueurs de la réllexion qui s'éveille dans l'indc jusqu'aux combinaisons les plus savantes de la spéculation moderne, depuis Kapila jusqu'à

ÉVOLUTION DE LA PHILOSOPHIH W XIX' SIÈCLE. 2io se bornent pas à l'histoire des idées, mais qu'ils abordent la philosophie de l'histoire, c'est par l'évululion des idées qu'ils tendent à expliquer l'histoire. Quelque diverse et vague parfois que soit chez eux la notion d'éclectisme *, ils ont tous voulu plutôt conserver et unir qu'innover et s'isoler. De « l'histoire des efforts que les homme ont fait pour découvrir la vérité - », ils se sont — plus ou moins, })lus ou moins heureusement — aidés pour tâcher à la trouver eux-mêmes. Il n'y a que quelques grands systèmes possibles : la « nouvelle école » eu recueille « tout ce qui a dans la nature humaine une racine réelle, n'excluant aucune idée, aucune force, aucun })arti, mais tempérant tout pour tout accorder, pacifique, impartiale, compréhensive, n'ayant de parti pris que l'impartialité universelle'^ ». Elle utilise les systèmes, mais les condamne : elle se contente d'une « doctrine », — dont le but est « la restitution intégrale de toutes les croyances naturelles de l'humanité », dont l'instrument est « l'analyse » appliquée à « l'histoire entière de la pensée », mais d'abord à la « conscience individuelle », et ainsi dont le point d'appui est la « nature humaine ».

C'est ici enlin, c'est ici surtout que les philosophes éclectiques sont d'accord : ils se rattachent à Descartes, à Maine de Biran; ils développent le cofjilo. La psychologie est pour eux le premier degré de la recherche philosophique, et leur philosophie diffère selon précisément que diffère leur psychologie. Tandis que Cousin, trouvant dans le uioi même une

Hegel, déchid'rer tous les monunieuls qui subsistent, recueillir lous les débris des monuments disparus, retrouver l'esprit de mille systèmes aujourd'hui oubliés, tout traduire, tout éelaircir, tout comparer, tout juger, voilà l'entreprise vraiment grande que la nouvelle école s'est proposée.... » Saisset, loc. cit., p. 843. — Beaucoup d'écoles ont voulu résumer leur effort dans une Encyclopédie : l'école éclectique s'est limitée à un Dictionnaire des sciences philoso^hi(jues, dont la partie historique et critique a plus de valeur, de l'aveu de Saisset lui-même, que la partie dogmatique.

1. Le maître ayant varié lui-même, les disciples devaient l'intcrprétor diversement. Voir Brochard, art. Coiwi/i, dans la Grande Encyctopédie.

2. L'expression est de Charles de Rémusat. Voir, sur son éclectisme, d'ailleurs intéressant, Ferraz, op. cit., chap. x.

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