Saisset, loc. cit., p
faculté métaphysique, s'élève assez vite, fort de cet appui, aux plus hautes questions, un Garnier décrit minutieusement les facultés du moi, en multiplie le nombre à tel point qu'il en perd de vue l'unité, et résout, en passant, par la perception directe ou la croyance, les problèmes philosophiques. Un Joulï'roy, au contraire, préoccupé jusqu'à l'angoisse de ces problèmes, mais en même temps résolu à observer une méthode scientilique et à n'avancer qu'avec circonspection, commence par analyser les phénomènes intérieurs en déclarant prématurée toute affirmation sur le principe de ces phénomènes; il dépasse cependant les idées écossaises : « Il faut rayer de la psychologie cette proposition consacrée : l\ïme ne nous est connue que par ses actes et ses modifications. L'âme se sent comme cause dans chacun de ses actes, comme sujet dans chacune de ses modifications.... » Il connaît le moi comme cause, — un moi distinct du corps, — mais sans connaître le moi comme substance. C'est à l'hypothèse et aux belles espérances de prolonger la science si courte.
Les progrès de la psychologie et les efforts de l'idéalisme, voilà ce qui caractérise la première période de ce siècle : tandis que l'Allemagne, témérairement, s'élance d'un bond dans l'absolu, la France, plus prudemment, s'y élève par degrés. Mais cet absolu idéal est intenable : comment passer de l'Un au multiple et comment passer de l'Idée à la Nature? Lorsque, par exemple, Hegel déclare que l'idée s'extériorise avant de revenir sur elle-même; lorsque Cousin soutient que l'absolu est à la fois un et triple, — Dieu, nature et humanité, — il est évident qu'ils reconnaissent tout à la fois et qu'ils nient la réalité de la nature. — A vrai dire, Hegel prête à l'idée une puissance évolutive, Cousin attribue à la conscience une activité spontanée, dont ils auraient pu tirer parti pour identifier dynamiquement la nature et l'esprit : mais ce ne sont là que germes négligés. — Aussi Cousin hésite entre l'idéalisme et le dualisme, comme entre le pan-
ÉVOLUTION DE LA PHILOSOPHIE AU XIX* SIÈCLE. 217 théisme et le théisme; bien mieux, il se rapproche enfin de la religion chrétienne et de la philosophie écossaise, après qu'il s'en était écarté. Voici donc que la Pensée moderne, en prenant possession du moi toujours plus complèlcment, flolte, pour sortir du moi, de Tinluition à la croyance; et, lorsqu'elle s'en remet à la croyance, ce n'est point en la raisonnant, du moins, en la circonscrivant, en la ramenant à des termes simples : foi religieuse ou sens commun, c'est une croyance brute, fruste, en quelque sorte, qu'elle accepte sans critique.