‹ L'avenir de la philosophieChapitre 146 sur 265 · Aug. Thierry est disciple de Saint-Simon · texte numérisé non relu

Aug. Thierry est disciple de Saint-Simon

5. De 1830 à 18S1, il y eut uu important mouvement socialiste dont Paris

Saiul-Simon sert de Iransilioii entre le xvni" siècle et les idéolog-ues, d'une part, Auguslc Comte, de l'autre. Dans le fouillis de ses idées, on démêle au moins ceci : que tout doit devenir science, y compris la connaissance de l'homme comme individu et en société * ; que l'étude de l'histoire fait ressortir la loi du progrès; que la société <loit èlre réorganisée en fonction de la science complète ; que ce sont les artisans du progrès qui doivent être à la tête de la société; et qu'il y a une religion nouvelle à formuler qui réponde à la conception nouvelle de la vie et de la société. Il fit donc un effort — qui continuait des tentatives antérieures, par exemple le culte de la Raison et de l'Être suprême — pour prolonger, non seulement la science en philosophie, mais la philosophie en religion, pour dégager du savoir positif une morale et une théologie « terrestres ». Ce fut d'ahord la « religion de Newton »; cela devint le « nouveau Christianisme », et, avec ses disciples, la « Réhabilitation de la chair ». Tandis qu'en général la philosophie, au xvn" et au x\uf siècle, avec Descartes, Bacon et leurs disciples, se séparait de la religion, on voit donc se rattacher à la philosophie une religion renouvelée. Et il est remarquable qu'ici encore, malgré leurs préoccupations positives, les saint-simoniens se rencontrent avec les idéalistes allemands ^

fui le centre, Paris « l'étoile conductrice des peuples » (Herzen). « Nous étions arrivés à croire fermement que nous assistions aux derniers jours de la vieille civilisation et que le règne de l'égalité allait commencer. Bien peu résistaient au milieu surchauiïé de Paris; généralement, deux mois de boulevard suffisaient à transformer un libéral en socialiste ", a dit Bakounine à B. Malon [Lundis socialistes, Revue socialiste, juin, 1892). Voir Saisset, les Écoles pliilosophiques en France depuis la rcvol. de février, I, Ecole sensualiste, Revue des Deux Mondes. 15 août 1830. — Dans la littérature, entre le lyrisme égoïste des romantiques et l'objectivisme des réalistes, il y eut une période humanitaire, socialiste (seconde manière de G. Sand, par ex).

d. La philosophie se compose de deux sciences : l'astronomie et la physiologie. Le <■ physicisme » explique tout. « Les sciences particulières sont les éléments de la science générale à larpielle on donne le nom de philosophie; ainsi la philosophie a eu nécessairement et aura toujours le même caractère que les sciences particulières. » Mémoire introductif..., cité par Ferraz, op. cit., p. 16.

2. Us ont quelques affinités aussi avec l'école théocratique.

ÉVOLUTION DE LA PHILOSOPHIP] AU XIX" SIÈCLE. 225 L'homme qui répond le mieux à ce développement des sciences, à ce désir de tout ramener à la science, qui opposa d'une façon précise et frappante à la conception métaphysique la conception positive dos choses, c'est Auguste Comte, le fondateur du 2)08 itivisme^ — Quelque richesse de détails que présente son œuvre, les idées générales qui l'inspirent tout entière et qu'il faut recueillir ici sont peu nomhrcuses, nettement posées, d'ailleurs, — et c'est un des caractères de la doctrine.

Comte prétendait mettre fin à « l'anarchie intellectuelle » et, du même coup, à la crise politique et morale qui en dérive; pourtant, en un sens, il ne se donnait pas pour un novateur. Il ne faisait que couronner un long- effort : il complétait « la vaste opération intellectuelle commencée par Bacon, par Descaries et par Galilée - » ; il n'ignorait pas l'analogie de la philosophie positive avec ce que les savants anglais entendent, depuis Newton surtout, par philosophie naturelle ^ Mais la philosophie naturelle, c'est « l'ensemble des diverses sciences d'observation, considérées jusque dans leurs spécialités les plus détaillées », et elle ne comprend point, au surplus ,« tous les ordres de phénomènes » \ La philosophie positive est, en tant que philosophie, « un système général des conceptions humaines », et, en tant que positive, une « coordination des faits observés » sans doute, mais des faits les plus généraux, c'est-à-dire des lois. Selon la pratique prudente des sciences qui en fournissent les matériaux, elle considère comme « absolument inaccessible et vide de sens » la recherche des causes premières ou finales; mais elle a pour caractère fondamental « de regarder tous les phénomènes comme assujettis

■1. En rapport dès 1818 avec Saint-Simon, c'est en 1824 ([u'il se sépare de lui : les six volumes du Cours de philosophie posidce parurent de 1830 à 1842 (1830, 35, 38, 39, 41, 42).

2. i'° leçon (cf. t. VI du Cours, p. 301); les Principes de philos, positive, p. 138 (1868).

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