c leçon
5. Aux sciences ahslraitex s'opposent les sciences concrètes qui concernent îes êtres et les objets particuliers et qui commencent par être descriptives — comme à l'ensemble des sciences tliéoriques s'opposent les sciences appliquées.
ÉVOLUTION DE LA PHILOSOPHIE AU XIX'^ SIÈCLE. 229 rapports avec la philosophie : elle est toute la philosophie. Il y a une physiologie céréhrale, — Gall et Broussais sont parmi les autorités de Comte, — qui est une partie de la physiologie générale; il n'y a pas de psychologie. « Il est sensible que, par une nécessité invincible, Tesprit humain peut observer tous les phénomènes, excepté les siens propres. Car, par qui serait faite l'observation?... L'individu pensant ne saurait se partager en deux, dont l'un raisonnerait, tandis que l'autre regarderait raisonner. » L' « observation intérieure » est donc une illusion des métaphysiciens; elle autorise les opinions les plus contradictoires. « Depuis deux mille ans que les métaphysiciens cultivent ainsi la psychologie, ils n'ont pu encore convenir d'une seule proposition intelligible et solidement arrêtée '. » Ce jugement si dur est un peu all'aibli, il est vrai, par un aveu comme celui-ci : « Je n'ai jamais lu, en aucune langue, ni Yico, ni Kant, ni Ilerder, ni Hegel, etc., je ne connais leurs divers ouvrages que d'après quelques relations indirectes et certains extraits fort insuflisants- ».
Mais s'il n'y a de connaissance que des phénomènes; si, parmi les phénomènes, — dans cette série qui va de la matière à la société, — il ne s'en trouve point qui soient d'un ordre à part; si, d'ailleurs, il y a des lois invariables
1. 1'° leçon. « La métaphysique est la théorie des principes de l'esprit, d'où l'on tire les principes des choses, ce qui est impossible; la philosophie positive est la science des principes des choses, d'oii l'on tire les principes, de l'esprit, ce qui est possible. >■ Lillré, dans la Philosophie positive, n° l. Voir Liard, la Science positive et la Métaphysique, p. 47.
2. T. VI, préface personnelle, p. 35. <■ Je suis bien aise d'avoir fait connaissance avec Hegel...; il est bien moins fort que Kant, mais c'est, sans aucun doute, un homme de mérite. 11 me semble encore trop métaphysique ; je n'aime point son esprit, auquel il fait jouer un rôle si singulier, mais je trouve couame vous un esprit positif dans les détails; j'aime surtout qu'il ait vu que le monde n"a été vraiment chrétien qu'au xi*' siècle.... En tout cas, je crois qu'il y a entre lui et nous un grand nombre de points de contact, quoique je ne croie pas jusqu'ici, comme vous, à l'identité de principes; et je ne pense pas que nous fassions bien de nous rapprocher de lui. .Te suis très content de l'accueil qu'un homme aussi distingué a fait à mon travail (Plan des travaux scientifiques nécessaires pour réorganiser la société, 1822). » Lettre à d'Eichthal, alors à Berlin, du 10 décembre 1824 {Revue occidentale, mai 1882), citée par Gruber, Auguste Comte, pp. 58-59.
— et Comlc ne songe pas en douter : est-il nécessaire de supposer un inconnaissable, la matière n'est-elle point tout? Et les lois de la raison ne sont-elles pas l'expression des lois naturelles'? Mais, d'autre part, s'il n'y a de connaissance que des phénomènes, pourquoi n'y aurait-il point place aussi dans la science pour une étude des phénomènes de l'esprit? Et comment cette étuJe attribuerait-elle à la raison une valeur que les phénomènes n'ont point? — Le positivisme pouvait donc ou se développer en matérialisme ou se corriger en phénoménisme.
En Allemagne se produisit le dogmatisme résolu, en Angleterre le doute prudent; dans le pays de Descartes, mais aussi de Montaigne et de Bayle et des idéologues, le positivisme se maintint davantage — ou du moins y tâcha — avec son double caractère- : sceptique, puisqu'il y a un inconnaissable; dogmatique, puisqu'il y a des lois assurées. Litiré, mieux encore que Comte, en termes plus frappants, a défini le rôle du système dans la grande querelle des philosophes sur la portée de l'esprit : « Ni spiritualiste, ni matérialiste, la philosophie positive écarte de la science générale les débats que la science particulière a depuis longtemps et à son grand profit rejetés ^ ». « La situation est nouvelle pour l'homme de se voir, dans l'immensité de l'espace, du temps et des causes, sans autres maîtres, sans autres garanties, sans autres forces que les lois mêmes qui régissent l'univers; car elles sont pour lui ces trois choses : ses forces, ses garanties, ses maîtres.... '' »
Mais il faut citer ici un passage fameux de Littré : « Ce qui est au delà du savoir positif, soit, matériellement, le fond de l'espace sans borne, soit, intellectuellement, l'enchaînement dos causes sans terme, est inaccessible à l'esprit humain.
1. Voir sur la mathématique, Cours, t. I, pp. 352 sq(|.; Grubcr, op. cit., p. 103.