‹ L'avenir de la philosophieChapitre 151 sur 265 · Préface cViin disciple · texte numérisé non relu

Préface cViin disciple

4. Auf/uste Comte et la philosophie positive, 2" édit., p. 5^5.

Mais inaccessible ne veut pas dire nul et non existant. L'immensité tant matérielle qu'intellectuelle tient par un lien étroit à nos connaissances et devient par celte alliance une idée positive et de môme ordre; je veux dire que, en les touchant et en les abordant, cette immensité apparaît sous son double caractère, la réalité et Tinaccessibilité. C'est un océan qui vient battre notre rive, et pour lequel nous n'avons ni barque ni voile, mais dont la claire vision est aussi salutaire que formidable'. » Ainsi de l'Inconnaissable l'existence du moins n'est pas inconnaissable : il y a une réalité qui est substance, cause et fin, à laquelle le monde des phénomènes est suspendu -. 11 est vrai que de certains passages — chez Littré comme chez Comte — il semblerait résulter qu'il n'y a rien en dehors de la nature, de la matière et de ses propriétés, que l'Inconnaissable est le néants — Faute de psychologie, faute de cette critique de la connaissance qui scrute la raison, le positivisme est intenable. Pour fonder les lois, qu'il ne veut pas abandonner, il tend au dog'matisme, à la métaphysique. La seconde philosophie d'Auguste Comte, dont il sera question plus loin, le prouve assez. Littré, qui refuse de suivre son maître dans ce qu'il considère comme des retours à la théologie, a lui-même, incontestablement, des velléités métaphysiques, c'est-à-dire, pour un positiviste, rétrogrades.

En Angleterre, ni la psychologie, depuis Locke, n'avait cessé d'être cultivée comme science positive, ni la théorie de l'association, fondée par Hume, d'avoir des partisans. Sans doute, l'école écossaise étudiait le fait de l'association sans y voir la loi souveraine de l'esprit : pourtant Thomas Brown *

i. Auguste Comte..., p. 329.

2. Une école malérialisle est née en France du positivisme, mais qui n'a pas joué un rôle bien éclatant. Voir André Lefèvre, ta licnaissunce du matériatisine, ta Phi/o.topliie.

3. Voir Janet, tu Crise philosophiqui:; Ravaisson, la Philosophie en France au XIX^ siècle.

— successeur de Dugald Stewart, mais disciple à la fois de Reid et de Hume — lui fit jouer déjà un rôle important; entre Ilarllcy, Priestley, Erasme Darwin', dune part, James Mill, de l'autre, il compte parmi ceux qui préparèrent la philosophie associationniste du deuxième tiers de ce siècle, si intéressante dans son cITort, si éclatante par son action. L'idéologie et le positivisme même, en traversant la Manche -, ne pouvaient qu'encourager cette psychologie « analytique » dont les Anglais d'alors semblaient avoir fait leur tâche propre. Mais la psychologie « analytique », surtout avec Stuart Mill, Spencer et Bain, devait donner un caractère particulier au positivisme.

. Nous ne connaissons que des phénomènes : les formes, les lois, que nous appliquons aux phénomènes sont construites par l'esprit lui-même avec les matériaux qu'il reçoit et d'après sa loi propre, qui est celle d'association. « Le fait appelé premier est bien un fait, mais non pas un fait irréductible^ » : il faut accepter, mais il faut expliquer les notions universelles. De là une théorie de la connaissance, — plus sceptique que celle du positivisme français, — fondée sur une théorie de l'esprit. « Toute connaissance vient de l'expérience : voilà ce que soutient Comte, et c'est aussi ce que je . soutiens; mais je le soutiens dans un sens plus large que lui.... De plus, le caractère distinclif de l'école anglaise de psychologie est d'avoir étudié particulièrement cette doctrine et de l'avoir définitivement établie. Je ne sache pas que Comte, acceptant cette doctrine, ait fait quelque chose pour la rendre plus certaine ou pour lui donner plus de nellelé. Dans le fait, cela lui était impossible, puisqu'il rejette cette partie de la science de l'esprit qui seule peut fournir les preuves de cette doctrine*. » Si Hume est précurseur de

i. nOi-liy?; 1783-180.i; 1131-1802.

Page 1