Ibid
que la religion nomme d'un terme positif, — Dieu, — c'est l'Inconnaissable de la science, qui — malgré son nom négatif — existe positivement ^ Croire à la réalité de l'Absolu, à « l'Inconnu positif », c'est réconcilier, dans une certaine mesure, la Religion, la Métaphysique et la Science : ici même se fait jour la préoccupation éclectique, propre à la Pensée moderne.
Somme toute, a-t-on dit, c'est le dogmatisme, c'est le panthéisme dualiste de Spinoza qui reparaît. Et certains passages de Spencer, par exemple les dernières lignes des Premiers Principes, ont, sans doute, une apparence spinoziste : « Bien que la relation du sujet et de l'objet nous oblige à ces .conceptions antithétiques de l'Esprit et de la Matière, l'une est tout autant que l'autre le signe de la Réalité inconnue et qui les supporte lune et l'autre ». — Mais, au fond, pour Spencer, le sujet est quelque chose de dérivé, à quoi l'objet dont il dérive est analogue; et une même existence dure et évolue dans la série entière des phénomènes-. Toute la réalité phénoménale, esprit et matière, se réduit à la force : la Force est le symbole dernier de la réalité nouménale. « Rejetant toutes les complications et contemplant la Force pure, nous sommes irrésistiblement contraints... à concevoir vaguement qu'une force inconnue est corrélative de la force connue. » C'est à un naturalisme ou à un panthéisme dynamiste qu'aboutirait Spencer s'il n'était condamné par son positivisme, par l'empirisme transformé mais persistant de sa psychologie, à rester à mi-chemin de ses tendances^. Cette notion de force, dont l'origine est subjective \ il la vide
1. <■ Si la religion et la science peuvent se réconcilier, c'est sur ce fait, le plus profond, le plus large et le plus certain de tous : que la puissance dont l'univers est la manifestation pour tous est complètement impénétrable. » IbicL, § 14.
2. « La conception d'existence absolue n'est que le revers de la conscience de soi. » Ibid., S 26. Cf. Descartes, Principes, I, 21 : Que la seule durée de notre vie suffit pour démontrer que Dieu est.
3. Voir les Essais, tout empreints de finalité, d'un anthropomorphisme qui disparaît plus tard,