‹ L'avenir de la philosophieChapitre 159 sur 265 · Premiers Principes · texte numérisé non relu

Premiers Principes

2. Il est incontestable que Comte a exercé une certaine influence sur Spencer; il est incontestable que la philosophie de Spencer est en partie originale. Peu importe, d'ailleurs, ici : notons seulement qu'il y a la conception positiviste en général ■ — et c'est Comte qui en a le premier donné la formule — et le positivisme de chaque positiviste, celui de Comte, celui de Spencer, etc. Voir Spencer, Pourquoi je me sépare cVA. Comte dans la Classification des sciences; St. Alill, Auguste Comte et le positivisme, et Littré, Auguste Comte et la philosophie positiv>\ qui critiquent la critique de Spencer.

3. Voir Rauh, Essai sur la fond. met. de la morale, I, la morale naturalisle. Spencer soude par endroits sa morale à sa philosofihie de l'Inconnaissable, dans une sorte de stoïcisme ou de spinozisme transformé : « Si à la volonté divine, que l'on suppose révélée d'une manière surnaturelle, nous subsliUions la fin révélée d'une manière naturelle vers laquelle tend la Puissance ([ui se manifeste par l'évolution; alors puisque l'Évolution a tendu et tend encore vers la vie la plus élevée, il s'ensuit que se conformer aux principes par lesquels s'achève la vie la plus élevée, c'est l'accomplissement de celte lin ». {La Morale évolutionniste, p. 148.) Par endroits, au contraire, c'est l'utilitarisme qui triomphe.

4. C'est vers l'uni lé " que la science, la métaphysique et la théologie ont marché et marchent encore. La fusion des conceplions polythéistes en la

ÉVOLUTION DE LA PHILOSOPHIE AU XIX' SIÈCLE. 243 Spencer a tenté est d'un intérêt extrême, et cet effort venait à son heure. Non seulement Comte, en formulant sa loi de la dynamique sociale, n'a expliqué le progrès — par l'activité de l'homme el l'action du milieu — qu'en termes vagues, mais il a critiqué la théorie de Lamarck, proclamé la fixité des espèces et négligé la question de l'origine des organismes '. Spencer, lui, a voulu expliquer le progrès et, reprenant la théorie de révolution, il lui a donné la même ampleur que les idéalistes allemands avaient fait, mais en la transformant, en la transposant, pour ainsi dire, à l'aide des résultats ohtenus par les sciences partielles. Pour lui aussi, la philosophie doit expliquer « l'histoire entière des choses^ », et, pour lui aussi, son œuvre est l'aboutissement — non pas le terme, il est vrai — de l'histoire. EfTort puissant pour évincer la finalité et tout réduire aux facteurs mécaniques, dont l'effet — • comme de l'associationnisme en psychologie — devait être, quand bien même la finalité persisterait en définitive, d'en limiter tout au moins et d'en réduire le rôle.

Spencer, convaincu dès l'abord que le progrès est la loi de l'humanité % commença par ramener la loi humaine à une loi biologique : tendance à Vindividuation, — par cette forconception monothéiste, et la réduction de la conception monothéiste à une formi^ de plus en plus générale, où la personnalité et la providence disparaissent dans l'immanence universelle, sont les manifestations de ce |irogrès. 11 se manifeste encore dans la décadence des théories sur les « essences », les >' potentialités », les « qualités occultes », et dans l'abandon des doctrines telles que les « Idées de Platon », « l'Harmonie préétablie >•, et autres semblables, et dans la tendance à identifier l'Être qui est présent dans la conscience avec l'Être qui est conditionné autrement au dehors de la conscience. Ce progrès est encore plus évident dans les conquêtes de la science. Depuis le commencement, la science a groupé des faits isolés sous des lois, réuni des lois spéciales en des lois générales, et s'est élevée de lois en lois à des généralités toujours plus hautes, jusqu'à ce que la conception de lois universelles soit aujourd'hui devenue vulgaire » § 192.

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