Premiers Principes
3. « Le progrès n'est point un accident, mais une nécessité. Loin d'être le produit de l'art, la civilisation est une phase de la nature, comme le développement de l'embryon ou l'éclosion d'une fleur.... Il est sûr que ce que nous appelons le mal el l'immoralité doit disparaître; il est sûr que l'homme doit devenir parfait. » SocUd Statics, p. 80; voir Premiers Principes, inlrod. du traducteur, p. xxvi.
rnule il expliquait, aussi bien que le développement de l'org-anisme, celui des sociétés et de la civilisation en général. Mais une telle explication n'était ni ultime ni dégagée manifeslement de toute finalité. Or Spencer, en considérant l'évolution des espèces, — que botanistes, zoologistes et géologues étudiaient à l'envi, — fut frappé de ce fait que les flores et les faunes, comme les individus mêmes ', passent d'un état de structure bomogène à un état de structure hétérogène, progressent en variété tout en progressant en unité, et ainsi, dans le développement béréditaire, s'adaptent de plus en plus au milieu. Il s'attacba, dès lors, à celte loi du passage de rbomogène à l'bélérogène : d'une part, il l'appliqua à toutes les catégories de faits ^, à l'bistoire entière de l'univers; d'autre part, remontant plus baut, il lui trouva des causes physiques : une force qui se dépense se décompose en plusieurs forces et produit un degré supérieur de complication, et l'état d'homogénéité est une condition d'équilibre instable. Mais la variation n'amène pas toujours le progrès : il fallait y joindre l'individuation et, après avoir mécaniquement expliqué celle-là, pousser jusqu'à celle-ci l'explication mécanique. S'élevant au principe suprême de la persistcmce de la force, — comme le repos absolu, la permanence absolue, n'existe pas; que tout changement est une modification dans l'arrangement de la matière indestructible et dans la répartition du mouvement continu; qu'enfin le mouvement se produit dans la direction de la plus grande force, et qu'il -est rythmique, — Spencer déclare que la redistribution continue de la matière et du mouvement ne peut avoir d'aulre loi que l'alternative d'une concentration de la matière avec dissipation de mouvement et d'une dispersion de la matière avec absorption de mouvement, d'une intégration et d'une désintégration. L'intégration, voilà la traduction mécanique de l'individuation, de l'unité. La loi d'instabilité de lliomo-
' A. Loi de Baër.
2. Voir Spencer, Essais; Gazelles, inlrod., el Ribol, o/j. cit.
ÉVOLUTION DE LA PHILOSOPHIE AU XIX" SIÈCLE. 24a
gène, celle de mulliplicalion des effets, qui metlent la variété dans l'unité, sont des corollaires, elles aussi, de la Persistance de la Force. Il en faut ajouter un autre, la loi de sérjréfjalion : les mouvements divers qui naissent des effets multiples ont pour résultat la converg-ence des unités mues dans le même sens et la divergence de celles qui sont mues dans des sens différents, — et ici Spencer absorbe la théorie darwinienne de la sélection '. — 11 est maintenant établi- que le mérite de Darwin est, non pas dans l'hypothèse transformiste, — puisqu'elle lui est bien antérieure, et que Spencer l'adoptait dès 1852, — mais dans sa tentative pour faire de cette hypothèse une vérité scientifique. Autre chose est la doctrine de révolution, autre chose l'explication plus ou moins solide et complète qu'on en donne : le darwinisme, c'est une certaine façon d'établir la <( création naturelle ». Spencer devait tirer parti — et il n'y a pas manqué — des faits recueillis, des explications mécanistes proposées par son grand compatriote, comme il avait profité des travaux de Grove, Meyer, Joule, et de tant d'autres. — Encyclopédiste des preuves, des explications partielles de l'évolution, il a essayé d'en trouver la loi suprême, la formule unique : L'évolution est une intégration de matière accompagnée d'une dissipation de mouvement, pendant laquelle la matière passe d'une homogénéité indéfinie, incohérente, à une hétérogénéité définie, cohérente, et pendant laquelle aussi le mouvement retenu subit une transformation analogue '*; et cette évolution, d'oii naît les progrès, est suivie de dissolution. La synthèse spencérienne est mal nommée « l'évolulionnisme » : ce n'est qu'une explication d'ensemble, hypothétique et personnelle, de l'évolution. Voici donc que la physique mécanique rend seule compte d'un progrès dont on ne peut dire, s'il accompagne l'évolution, qu'il soit la fin du devenir, puisque la décadence se pro-
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