‹ L'avenir de la philosophieChapitre 16 sur 265 · Voir préface des Principes, éd. Liard, pp · texte numérisé non relu

Voir préface des Principes, éd. Liard, pp

en avait tiré, il chercha si quelque vérité ne s'imposerait pas, indestructible à ce doute hyperbolique, proclamée par le doute lui-môme, qui fût la base de l'esprit et qui servît à consolider tout le reste \ 11 alla ainsi jus(|u'au fond du scepticisme; il en dégagea la pensée secrète pour la méditer. La plupart des sceptiques anciens n'avaient douté que pour avoir opposé à la certitude, qui est subjective, la vérité, qui est l'objet même; à la connaissance des phénomènes, qui n'est qu'empirisme et probabilité, la science véritable, qui leur semblait inaccessible : ils avaient moins douté de la réalité que des forces humaines. Descartes ne s'arrêta pas à celte question : Peut-on savoir quelque chose, et quelles choses peut-on savoir? Il poussa jusqu'à celle-ci : A quel degré peut-on savoir, et peut-on savoir véritablement -? Il mesura les forces de l'esprit, et dès lors il prit confiance.

C'est peut-être dans les Règles pour la direction de f esprit — qui sont une première ébauche du Discours, incomplète d'ailleurs et parfois confuse, mais sur quelques points plus développée — que Descartos a le mieux formulé la portée véritable du doute méthodique : « ... Aucune question n'est plus importante à résoudre que celle de savoir ce que c'est

que la connaissance humaine, et jusquoîi elle s'étend C'est ce

que doit faire une fois dans sa vie quiconque aime tant soit peu la vérité, parce que cette recherche contient les vrais moyens de savoir et toute la méthode. Mais rien ne me semble plus absurde que de disputer audacieusement sur les mystères de la nature, sur l'influence des astres, sur les secrets de l'avenir, et autres choses semblables, comme font beaucoup de gens, et de n'avoir jamais cherché si la raison

1. Ce n'esL pas ici le lien d'insisler sur ces deux degrés du doute, sur les caractères, et aussi sur l'cxa^'ération voulue, artiruiielle, du second.

2. <• ... L'incertitude des Pyrrliouiens ((]ui) est comme une eau profonde où il nous est, ce me semble, imiiossible de trouver pied.... » Uescartes a cherché et a cru trouver « le gué ■>, et il pense pouvoir servir de « guide » à ceux qui ne le connaissent pas. Recherche de lu Vérilé par la ium. tiat., A. M., p. blO-1; cf. 518-2.

humaine peut approfondir ces malières '. » Descartes, ici, est le successeur de Socrate, — sur le doute duquel il semble avoir réfléchi % — et le précurseur de Kant. Une partie du Discours de la méthode, reprise dans les Méditât ions, dans le premier livre des Principes et dans la Recherche de la Vérité par la lumière naturelle, est une critique de la raison pure, comme la Critique de la Raison pure est « un traité de la méthode ^ », oii la voie suivie est différente, à la vérité, mais où le point de départ est le même, c'est-à-dire le doute sur la portée de l'esprit.

De Socrate à Descartes la science avait fait des progrès; depuis Descartes surtout elle n'a cessé d'en faire; mais les progrès mêmes de la science ont toujours ramené cette question : Quelle est la portée du savoir? Beaucoup de ceux qui ont étendu le plus les connaissances humaines n'en ont que mieux compris ce problème de la connaissance. Parmi les contemporains, le grand savant qui a si profondément médité sur la science, Claude Bernard, a montré avec beaucoup de force que, si la méthode en est très sûre, les résultats en sont comme suspendus dans le vide, c La loi nous donne le rapport numérique de TefTet à sa cause, et c'est là le but auquel

s'arrête la science* Il n'y a pour nous que des phénomènes

à étudier, les conditions matérielles de leurs manifestations à connaître et les lois de ces manifestations à déterminer \ » Pourvu qu'il ait la certitude de la relation des phénomènes entre eux, le savant ne se soucie point de la « vérité absolue " » : il comprend tous les jours mieux qu'il n'y saurait atteindre; son vrai triomphe, dit Claude Bernard après Bacon et Descaries, c'est do devenir maître des phénomènes : « par une merveilleuse compensation, à mesure que la science

1. TIèf/le VIII, A. M., p. 4S9-!. CI". II' Méditation, A. M., p. 67-2.

2. Voir Règles XH et XIII. Cf. préface de* Principes, éd. Liard. p. 11.

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