lljid., p
rabaisse ainsi notre orgueil, elle augmente notre puissance * ». Lorsque, dépassant son admirable analyse de la science expérimentale, il dit, par exemple : « L'homme ne connaîtra jamais ni les causes premières ni l'essence des choses... - », Claude Bernard ne parle plus en logicien, mais en philosophe. Ce n'est plus la méthode scientifique et le domaine de la science positive qu'il précise, c'est la portée de l'esprit qu'il prétend déterminer. Il donne une solution au problème de la connaissance en déclarant qu'il y a de l'inconnaissable.
Voici donc qui est acquis à toujours : « Pour examiner la vérité, il est besoin, une fois en sa vie, de mettre toutes choses en doute autant qu'il se peut ^ ». De Descartes jusqu'à nous une chaîne de grands penseurs a entretenu cette tradition. Ils ont compris que la science aboutit à la philosophie : ils ont commencé à philosopher en doutant, non de l'existence, mais de la profondeur du savoir; en aflirmant, non l'impuissance de l'esprit, mais la nécessité de déterminer ce qu'il peut. Ils ont donc analysé, ils ont critiqué l'esprit : ils n'ont débuté par le doute absolu que pour conclure, soit en fixant les limites du savoir humain, soit en le déclarant illimité.