le la Philosophie de l'avenir
2. Uisioire de la Création naturelle, pp. G30-6o2. Voir Lange, op. c//.; Janet, le Matérialisme contemporain.
la fois appelait et contenait, il était impossible qu'un autre dogmatisme ne subsistât pas, battu en brèche et par le positivisme, lui aussi, et par les théories matérialistes, mais fort (les analyses de la psychologie et des contradictions ou des hésitations de la doctrine adverse. Bien que dans le second tiers de ce siècle, et surtout entre 1830 et 1860, la Pensée moderne semblât se complaire au matérialisme, l'idéalisme,
— telle, en un esprit qui médite, une idée, momentanément affaiblie, persiste, se fortifie et se modifie en secret, — l'idéalisme la hantait cependant et, sous des formes variées, y présentait une tendance assez nette.
L'éclectisme, en France, avait subi de rudes attaques : la .Réfutation de V éclectisme de Pierre Leroux \ plus tard les Philosophes du XIX" siècle de Tainc" sont les principaux monuments de ces hostilités ^ Mais non seulement l'éclectisme maintenait contre la philosophie scientifique ses principes essentiels et rendait coups pour coups au nom de la .psychologie méconnue^; il arriva encore que, sur certains
2. 1836. Le titre même (plus tard modifié ainsi : les Philosophes classiques...) montre quel rôle jouait l'éclectisme.
3. Stendhal, qui fut traité dans le Globe, par Duvergier de Hauranne, de « suranné partisan d'Helvélius », disait dans un article destiné à la Revue de Paris, mais qu'il renonça à publier : « Les Français nés vers 1810 éprouvent un vif plaisir, suivant moi fils de l'orguei!, à aller à une leçon de philosophie et à en sortir. Durant la leçon le plaisir est moins vif, ils essayent de comprendre. Que de gens ont intérêt à louer la nouvelle philosophie! En attendant que les jésuites puissent faire pendre tous les professeurs, ce qu'ils ont de mieux à faire, c'est de favoriser la philosophie allemande, un peu obscure et souvent mystii^ue.... J'avoue que mes adversaires sont à la mode; rien de plus simple, la philosophie éclectique est appuyée et prônée, au fond, par tout ce qui mange au budget.... Quel courage ne faut-il pas pour se battre : 1° contre la mode; 2" contre l'opinion ou, pour mieux dire, les opi-
' nions de tous les Français riches, nés vers 1810; 3° contre cinquante mille
-prêtres...; 4" contre toutes les sommités sociales...; 5° contre l'opinion des
femmes : la philosophie allemande cherche toujours à émouvoir le cœur et
à éblouir l'imagination par des images d'une beauté céleste. Pour être bon
philosophe, il faut être sec, clair, sans illusion... » Voir dans la Morale indé-
- pendante, 22 nov. 1868, la Philosophie de Stendhal.
4. Jules Simon, Adolphe Franck, Bouillier, Lemoine, Barthélémy Saint- Hilaire, Waddington, Caro,Janel. — En Allemagne, apparaissi^il un spiritualisme éclectique, à l'instar de ce qui s'était produit en France : J.-H. Fichte, Ulrici, Weisse, Carrière.
points, quelques-uns de ses adversaires se rapprochèrent de lui peu à peu, bien plus que du matérialisme — pour le dépasser d'ailleurs et pour aboutir parfois à des formules voisines du panthéisme d'Allemagne. — « Dieu est un. Dieu est tout ce qui est\ tout est en lui, tout c^i par lui, tout est lui »% disait l'école saint-simonienne; Dieu est à la fois esprit et matière; ce n'est point une unité abstraite que l'on atteint par la pensée, c'est une « activité vivante » et unifiante que l'on découvre par l'amour. Panthéisme, sans doute, mais non point matérialiste, et dynamiste, au fond, — c'est-à-dire moniste, — bien plutôt que dualiste. — Auguste Comte lui-même, bien qu'il ait nié jusqu'au bout l'observation intérieure, devait par degrés transformer la philosophie positive et la rendre toujours plus dogmatique par un appoint inavoué de psychologie.
On ne saurait soutenir que le Sijstème de politique positive'^, le Catéchisme positiviste^ el la Synthèse subjective "" contredisent entièrement le Cours: ils développent ce qui n'y était qu'indiqué et accentuent, plutôt qu'ils ne modifient, l'orientation, pour ainsi dire, de la doctrine. Dès l'époque du Cours, Comte avait déclaré que, dans la chaîne des sciences, on voit augmenter sans cesse la solidarité des parties, — en sorte que le détail des phénomènes, de moins en moins suffit à expliquer le tout, et de plus en plus exprime une unité à laquelle ils concourent. Surtout en présence des êtres organisés, on s'aperçoit, disait-il, que « le principal, et l'on pourrait presque dire le tout, c'est l'ensemble dans l'espace, le progrès dans le temps, et qu'expliquer un être vivant, ce serait montrer la raison de cet ensemble et de ce progrès qui est la vie même ». 11 affirmait que l'on ne peut ramener le supérieur à l'infé-
1. Formule plus lard corrigée : « ... Nul de nous n'esl hors de lui, mais aucun de nous n'est lui. Chacun vit de sa vie, et tous nous communions en lui, car il est tout ce qui est. » Voir Janel, Saint-Simon et le Saint-Siynonisme, pp. 122-123. Cf. G. Weill, VÈcole Saini-Simonienne.