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On n'en a que l'esquisse et le l"' volume

ÉVOLUTION DE LA PHILOSOPHIE AU XIX' SIÈCLE. 2oo

rieur : « La physique, disait-il, doit se défendre de l'usurpation des mathématiques; la chimie de celle de la physique; enfin la sociologie de celle de la biologie' ». Somme toute, la science morale de l'humanité a droit à « la suprématie scientifique, à la présidence philosophique » : c'est <' la science finale » dont le reste n'est que le préambule. — Dans la seconde partie de sa carrière, par des causes diverses, personnelles, sentimentales, et non pas seulement logiques,

— avec un mélange de clairvoyance originale, d'enthousiasme bizarre, de symétrie presque maniaque, — en même temps qu'il déroula les conséquences pratiques de son système, il insista sur cette science finale et sur les lumières qu'elle répand dans le savoir entier, sur le côté « subjectif » des choses -.

Comte, dans la Politique jiositive et dans la Si/nthèse subjective, en vient à reconnaître aux corps, aux molécules,

— sinon l'intelligence, — le sentiment, la volonté, du moins; à plus forte raison voit-il la vie animale tendre à la vie humaine. « Sous l'impulsion continue de la sympathie fondamentale », r « harmonie universelle progresse ». S'il découvre partout, dans la nature même, quelque àme, pour ainsi dire, il subordonne dans l'àme l'intelligence au cœur. Aimer, penser, agir; agir par affection et penser pour agir; impulsion, conseil, exécution : voilà diverses formules, chacune hiérarchiquement conçue, dont il orne sa « Classification positive des dix-huit fonctions intérieures du cerveau ou Tableau systématique de l'âme ». Ainsi c'est l'amour, c'est l'activité, qui unifie les choses. Dans la religion oi^i cette

1. Il lui apparaissait si clairement que les diverses sciences sont suspendues à l'unité finale, que, dans la recherche des lois, il convient, suivant lui, « de satisfaire, entre les limites convenables, nos justes inclinations mentales, toujours dirigées avec une prédilection instinctive vers la simplicité, la continuité et la généralité des conceptions », ou encore vers « l'ordre et l'harmonie ». Il est question encore d' « inclinations instinctives » de notre intelligence, de « besoin d'idéalité », t. VI, pp. 639-647.

2. " Ma politique, loin d'être aucunement opposée à ma philosophie, en constitue tellement la suite naturelle que celle-ci fut directement instituée pour servir de base à celle-là.... » Voir Gruber, op. cit., p. 276.

2j6 de la Méthode pour conduire sa raison. philosophie aboutit, l'espace devient le Grand Milieu; notre monde, le Grand Fétiche; l'humanité, le Grand Etre : et cette religion est destinée à parfaire l'harmonie, en l'humanité. Avec les morts, entre vivants, les hommes se solidariseront toujours davantage : la morale est le culte afîeclif de la religion, comme la science et la poésie en sont le culte contemplatif, comme la politique en est le culte actif. — Activité universelle, évolution vers l'unité : n'y a-t-il pas • — bien que Comte ne parle ni de cause ni de substance, et que sa psychologie s'appelle la « méthode subjective », et que son subjectivisme enfin se déclare « positif » — n'y a-t-il pas un dynamisme au fond de cette religion compliquée et pédantcsque, à la fois neuve et archaïque, qui est la dernière expression de sa pensée *?

Un des plus vifs reproches qu'adressait Pierre Leroux à Victor Cousin, c'était de mettre à part la philosophie et la religion. Lui, comme Comte, et, comme lui, Jean Reynaud, ils proclamèrent, d'une façon plus ou moins nette, la solidarité des êtres entre eux et même avec les choses : et d'un mélange de science et de rêverie, ils voulurent — selon le vœu du temps — former une religion nouvelle. Unification .dynamiste, religion sans théologie : voilà ce qu'offrent, comme les matérialistes allemands dans une certaine mesure, l'école de Saint-Simon et celle des Comtistes orthodoxes -.

Mais le même mouvement qui entraînait vers le dynamisme les philosophes dont le point de départ était l'objet, y amenait également ceux dont le sujet faisait la principale étude.

L'unification tout extérieure du sujet et de l'objet en Dieu, ou plutôt par Dieu, n'était pas pour donner le repos aux

i. Voir Stuart Mill, op. cit.; Ravaisson, la Phil. en France au XIX" siècle; Gruber, Aurj. Co7nte, sa vie, sa doctrine.

2. On peut citer ici Proudhon et sa théorie de la morale, immanente mais innée, qui l'élève tien. au-dessus de l'empirisme. Voir Ferraz, op. cit.

esprits. Aussi riniluencc de Leibnitz et de Maine de Biran prévalait-elle dans l'école éclectique sur celle de Descartos et de Cousin : au lieu de laisser subsister la matière à coté de l'esprit, on tendait à l'absorber dans l'esprit, en en faisant non point un système d'idées, — ce qui est l'idéalisme pur, — mais une réalité spirituelle — ce qui est le spiritualisme ou le dynamisme. » Au « demi-spiritualisme cousinien une école s'opposa, ou plus exactement un groupe de philosophes, — car le mot d'école ne convient guère pour des penseurs assez divers, qui n'ont pas toujours un système complet des choses et dont quelquefois la pensée est fuyante, — un groupe qui prétendait retrouver « jusque dans la matière l'immatériel ». Ce spiritualisme, d'ailleurs, non seulement maintint la notion de Dieu, mais, en général, s'efforça d'éviter le panthéisme — sans toujours y réussir pleinement '. Ce qui le caractérise donc, c'est d'affirmer ou de chercher l'unité dos choses dans la force — mais dans la force franchement reconnue pour spirituelle, définie comme activité, amour, ou liberté, et élevée comme telle à l'absolu. «... La matière n'est que le dernier degré et comme l'ombre de l'existence; l'existence véritable, dont toute autre n'est qu'une imparfaite ébauche, est celle de l'âme; en réalité, être c'est vivre, et vivre, c'est penser et vouloir; rien ne se fait, en dernière analyse, que par persuasion ; le bien, la beauté expliquent seuls l'univers et son auteur lui-même; l'infini et l'absolu, dont la nature ne nous présente que des limitations, consistent dans la liberté spirituelle; la liberté est ainsi le dernier mot des choses, et, sous les désordres et les antagonismes qui agitent cette surface où se passent les phénomènes, au fond, dans l'essentielle et éternelle vérité, tout est grâce, amour et harmonie-. »

1. MM. Ravaisson, Lachelier — plus lard Fouillée, Boutroux, Soailles; Masy- Lévêque, Papillon.... La seconde philosophie de Lamennais (Esquisse cViine philosophie, 18 41-1846), qui rappelle les synthèses allemandes plutôt que l'ontologie psychologique des Français, se rapproche, semble-l-il, du spiritualisme tel qu'il est ici défini.

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