Cf. la Civilisation et la Croyance
3. « La pensée ne saurait renoncer à l'unité de l'être, cela est évident de soi pour quiconque attache un sens au mot pensée. Aussi ne faut-il pas s'étonner de voir la métaphysique saturée de panthéisme dans tous les siècles qui l'ont cultivée.... Toutes les fois que l'esprit partira de la pluralité phénoménale pour se recueillir et rentrer en lui-même, il y trouvera le panthéisme... <• la P/iil. de la Liberté, l'Histoire.
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puissante, subtile, et qui se rattache à l'idéalisme allemand'.
C'est ici le lieu de nommer à nouveau Scliopenliauer et, cette fois, d'insister sur l'orig-inalité de sa pensée. Avec quelque orgueil qu'il ait parlé de lui-même, lorsqu'il offrait son œuvre, non point « à la génération qui passe, tout occupée de son rêve d'un instant », mais à l'humanité, il ne se trompait pas en comptant sur l'avenir : il faut distinguer, quand on s'occupe de lui, entre l'heure où sa philosophie se formula et s'imprima et celle où elle entra dans la Pensée moderne pour y occuper une place considérable. Une œuvre qui, par l'anticipation du génie, devance le travail de la Logique collective, doit s'y engrener quand arrive le temps et y perdre alors son apparence de paradoxe : Schopenhauer, dans la période où nous sommes, répondait, avec certains traits particuliers, à des tendances générales ^
Schopenhauer a voulu éviter tout à la fois — et il l'a nettement déclaré — l'idéalisme et le matérialisme; il a voulu, en même temps, justifier et concilier l'une et l'autre doctrine. — M Le monde est ma représentation » : il n'y a point de connaissance qui ne naisse du rapport de sujet et objet, lequel constitue la représentation. C'est de ce rapport que résulte le principe de raison qui, lui-même, fonde le temps, l'espace, la causalité. Les formes de notre esprit — l'extraordinaire mérite de Kant est de l'avoir nettement établi — ne s'appliquent qu'au monde phénoménal et ne sauraient servir à le dépasser. Pour Kant, « le principe de raison n'est pas, comme pour la scolastique, une veritas selerna possédant une portée absolue,
1. Voir Janel, la Mélaph. en Europe depuis Hegel, Rev. des Deux Mondes, avril, mai, juin 1877; Boulroux, la Phil. de Charles Sccrétan, Rev. de Met. et de Mor., mai 1895. Secrétan a bien vu l'importance de l'histoire de la philosophie, où r " on trouve un constant progrès ». Phil. de la Liberté, leçon 111, fin.
2. La 3'' édition du Monde comme Volonté et comme Représentation est de 18o9; la 4% donnée par Frauensta-dt, de 1S73; celui-ci avait publié en 1854 des Lettres sur la phil. de Schopenhauer. Saint-René Taillandier [Rer. des Deux Mondes, d85G), Fouchcr de Careil {Hegel et Schopenhauer, 1S62), Challemel- Lacour {Rev. des Deux Mondes, 1870) ont contribué les premiers à la faire connaître en France. Voir Ribot, la Phil. de Schopenhauer, 1874; Janet, art. cit., 1877.
ÉVOLUTION DE LA PHILOSOPHIE AU XIX" SIÈCLE. 261 indépendante de l'existence du monde, antérieure et supérieure à lui; il n'a qu'une autorité conditionnelle et relative, valable seulement dans Tordre phénoménal '... )). Le plus grand tort de la philosophie post-kantienne a été de restituer au principe de raison cette valeur de veritas aeterna. Mais l'idéalisme — même celui d'un Fichte, pour lequel Schopenhauer témoigne le plus profond mépris — a du moins reconnu que le monde, tel qu'il nous apparaît, n'existe que dans et par la conscience. « Le véritable philosophe doit être idéaliste; il doit l'èlre pour être vraiment sincère. Il est évident, en effet, que personne ne peut sortir de soi pour s'identilier immédiatement avec des choses différentes, et que tout ce dont nous sommes sûrs, tout ce dont nous avons une conscience immédiate, réside dans notre conscience-. » Descartes, « en donnant le Cogito, ergo sum comme la seule chose certaine, et l'existence du monde comme problématique, avait trouvé le point de départ général, et d'ailleurs le seul juste, en même temps que le seul point d'appui de toute philosophie Aussi est-ce avec raison que l'on considère Descartes
comme le père de la philosophie moderne, et qu'on la fait commencer avec lui ^ » — Mais « à l'axiome fondamental de la philosophie subjective : « le monde est ma représentation », on peut, avec autant de raison, semble-t-il, opposer celui de la philosophie objective : « le monde est matière », ou « la matière seule est »,... ou bien encore « tout ce qui existe est matière ^ », puisque, sans objet, il n'y aurait point de connais-