sera question plus loin de son pessimisme
•2. « Toule noire faculté de connaître et de saisir est liée aux formes de noire intellect : il s'ensuit que nous devons concevoir toutes choses dans le temps, c'est-à-dire sous les notions d'avant ou d'après, de cause et d'elfet, de haut ou de bas, de tout ou de partie, etc., et que nous ne pouvons sortir de cette sphère où est enfermée pour nous toule possibilité de connaissance. » Supplément, Épiphilosophie (t. III, p. 453); cf. suppl. au 11° Livre, chap. xvni (t. Il], p. 10).
ÉVOLUTION DE LA PHILOSOPHIE AU XIX'^ SIÈCLE. 267 sans tomber dans l'idéalisme des successeurs de Kant; il se dégage des antinomies kantiennes, mais par le raisonnement, tandis que Schopenhauer y échappe plutôt par la psychologie. — Il aboutit, au rebours de celui-ci, à expliquer la réalité par une pluralité de Réels inétendus, d'absolues Unités. Ces substances sont immuables, car changement, développement, c'est pluralité intérieure' : ce qui se modifie, ce sont leurs relations. Dans ces relations — d'ailleurs plus ou moins contradictoires — des unités absolues, soumises à un mécanisme qui se soude à une téléologie et à un théisme, — d'ailleurs plus ou moins hétérogènes au système, — se produisent les représentations et, avec elles, les apparences du monde phénoménal. L'unité de chaque Unité se manifeste dans la conscience comme un efîort pour se conserver, et cette tendance à la conservation se spécifie dans la variété des états de conscience; mais l'âme n'est pas primitivement une force consciente : « elle le devient par le fait de certaines circonstances ; en outre, les représentations prises en elles-mêmes ne sont pas des forces, mais elles le deviennent par suite de leur opposition réciproque ' ». Schopenhauer avait repris de Leibnilz Vappelilus des monades sans le monadisme; llerbart s'approprie le monadisme sans Vappelitus. Schopenhauer renonce d'ailleurs à connaître l'Un dans son fond ultime, comme llerbart renonce à connaître la qualité des multiples unités : ici la Volonté est encore quoique chose de phénoménal; là, c'est dans les relations réciproques des Réalités qu'apparaît l'activité par laquelle l'être se conserve.
iVvec une certaine dose de scepticisme, ce que llerbart et Schopenhauer ont surtout en commun, — et par là précisément, une fois l'heure venue, leur œuvre à tous deux devait
1. « L'èlre est une position absolue; son concept exclut toute négation et toute relation. » « L'àme est une substance simple, non seulement sans parlies, mais sans pluralité quelconque dans sa qualité. » Voir Ribot, lu Psychologie ullem. coniemp., p. 2.
2. La Psychologie cojnme science, cité par Ribot, ibid., p. 9, note; cf. Lange, op. cit., t. II, p. 400. Voir Mauxion, la Métaphysique de llerbart et la Critique de Kant.
agir, — c'est le respect, au moins théorique, de l'expérience, c'est la culture scientifique. On trouve chez l'un la trace de ses éludes physiologiques, chez l'autre celle d'un g'rand savoir mathématique. Celui-là n'a-l-il pas mis à profit et loué mag-nifiquement Cahanis et Bichat? Celui-ci n'a-t-il pas voulu fonder la psychologie comme science exacte '?
Tandis que le matérialisme et l'idéalisme se rapprochaient l'un de l'autre, que le dogmatisme subsistait, mais en se limitant lui-même, la pensée éclectique et la pensée positiviste ou criticisle poursuivaient et leur effort conscient de conciliation et leur action sceptique. '
Les philosophes qui, par leur origine, étaient le moins préparés à tenir compte de la science, proclamaient la nécessité de s'en assimiler les résultats : ce n'est pas seulement en mettant à profit la connaissance de l'histoire, mais en renonçant à s'isoler des sciences positives, que l'école éclectique, avec certains de ses représentants, voulait justifier son nom. Elle concevait que la philosophie progressât sans cesse, et — pour que la philosophie pût progresser — elle recommandait sur les points les plus controversés une réserve patiente : après tout, n'y avait-il même pas une sorte de doute provisoire à maintenir plus ou moins le dualisme contre les tentations et les tentatives du monisme? Il ne fallait plus « estimer trop aisée la solution des grandes questions », accepter « sans les contrôler sérieusement des démonstrations vraiment insuffisantes- ». « Pourquoi vouloir, déclarait-on, sur toutes choses et à propos de tout, dire le
1. Voir sur ce point et sur l'influence de Herbart, Ribot, op. cit.