‹ L'avenir de la philosophieChapitre 207 sur 265 · I. LA CONNAISSANCE MATHEMATIQUE · texte numérisé non relu

I. LA CONNAISSANCE MATHEMATIQUE

1. La Mathématique pure. — Et d'abord, qu'est-ce donc que la connaissance mathématique? — Il est indispensable, pour répondre à cette question, de reprendre quelques considérations antérieures, et de les développer.

Nous connaissons par la conscience u)ie réalité qui apparaît ensuite à la réflexion. Cette unité réelle du moi, que diversifie le non-moi, se maintient parmi les phénomènes multiples, successifs et coexistants : d'où la mémoire et la cœneslhésie. Il y a une continuité inhérente à la réalité une qu'est le moi, qui se traduit dans le vouloir en un besoin de durée et d'intégrité, dans ce que Maine de Biran appelle « le sens interne et immédiat de la vie ». « Il faut faire attention

1. Il m'arrivera de supprimer le mot conyiaissrince et de dire : l'Empirique, rHislori(iue, (jnand je considérerai moins le procédé pour connaître que la science en acte, .l'ai cru pouvoir employer ces termes : Historique, Empirique, à l'instar de Mathématique. On verra, je pense, qu'ils m'étaient nécessaires, et qu'ils n'ont pas le même sens qu'Histoire ou Science expérimenlale.

à celle sorte de tendance instinctive qua tout être vivant cl sentant à persévérer dans son être, lel qu'il est actuellement constitué et modifié, indépendamment de toute comparaison, de tout exercice de l'imagination et de la pensée. Alors même que, par l'exercice de ces facultés,.., nous nous trouvons le plus malheureux et appelons la mort par une sorte d'invocation llîéàlrale, notre instinct nous fait encore tenir fortement à l'existence telle qu'elle est, et nous fait trouver un plaisir réel à y persévérer. Nous craignons plus de mourir que nous ne désirons de vivre. Si nous nous consultons bien et que nous soyons de bonne foi avec nous-mêmes, nous conviendrons que, hors certains cas extrêmes, où nous sommes hors de notre instinct, il n'y a guère d'état où l'on préfère l'anéantissement à l'existence parce que le sentiment immédiat de la vie, dont nous souhaitons la prolongation, subsiste malgré les afîeclions ou images accidentelles, qui semblent l'absorber et constituent notre état malheureux '. » — Or, dans l'intelligence cette continuité inhérente à la réalité une du moi se manifeste par le principe d'identité et par les concepts d'espace et de temps.

Ce qui est est, ou — d'une façon plus objective — une chose est ce quelle est, ou — d'une façon plus générale — A est A : c'est l'expression abstraite et formelle d'une nécessité de pensée qu'exjtliciue et fonde l'essence même de la réalité pensante-. « Je pense, donc j'existe. — La conscience est la seule forme de l'àme. — Le moi se pose lui-même. — A = A : autant d'identités qui prouvent combien sont vains les efforts qu'on peut faire pour concevoir quelque chose

1. Journal, p. 173; 12 avril 181'i. — « Le; bonheur de vivre est couslitii- Uonnel.... De même que les mouvements nécessaires à la vie, ceux du cœur el de la respiration, sont indéfieiulanls de la volonlc humaine, de même au fond de la conslilulion d(î l'homme, il existe un pouvoir plus fort pour assurer la conliuualion de la vie (|ue tout pouvoir venant de la réflexion ou d'un elTorl de volonté. » Maudsley, Pathotor/ie de l'Esprit.

2. Ce qui est dnmeurc eu qu'il e*t — telle me semble être la valeur réelle de ce principe. C'en est une application, en quelque sorte, pliénomcnique que de dire : une chose ne prut élre en même temps elle-même et autre chose, ne pc;t soulTrir de eonlraillctio:i intrinsèque.

d'absolu et hors du fait primitif», dit encore Maine deBiran'. Cette règle logique, en traduisant une loi réelle du moi, l'applique à tout ce qui est pensé ". Yoilà qui ne souffre guère de discussion.

Le temps et l'espace, d'autre part, si on considère leur rôle en la pensée ^, ne sont aulre chose qu'une application aux phénomènes objectifs du continu de la mémoire et de la cœnesthésie. Le temps et l'espace constituent avec le multiple successif et le multiple coexistant, pour qu'ils soient pensés, une trame — qui est, en quelque sorte, l'extension du moi — diversitiée comme la conscience. Le corps, qui est l'expression objective de l'unité multiple du moi, de la mémoire et de la cœnesthésie, est en même temps comme le centre à partir duquel rayonnent l'espace et le temps : il exprime le moi et il s'insère dans le temps et l'espace. Au-dessus et au-dessous, à droite et à gauche, devant et derrière \ avant et après — tout cela n'existe que par le rapport du moi et du non-moi : l'espace et le temps toutefois sont essentiellement l'étoffe du moi pour ainsi dire, déployée hors du moi pour porter les phénomènes. — Le principe d'identité, l'espace et le temps sont les créations primordiales, les plus pures, de l'anthropomorphisme inévitable.

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