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Milliaud, ibid., p. 21S

3oO DE LA MÉTHODE ACTIVE.

Au reste, s'il se trouve des savants pour douter de la mathématique, c'est là, somme toute, un doute hyperbolique et verbal sous lequel subsiste la conviction pratique, le postulat instinctif. La science poursuit ses progrès, promue par ceux-là même qui doutent de sa portée : et ce n'est pas seulement une fois devenue mathématique, lorsqu'elle est purement empirique, la science a pour fondement de ses progrès le sentiment de cet être un qui est l'essence du moi. L'Empirique, d'un certain point de vue, est une mathématique imparfaite.

2. L'Empirique et le point de vue matliéinatique. — (( Le sacrificateur, dit le panthéisme hindou, étant devenu air, devient fumée; étant devenu fumée, il devient brouillard; étant devenu brouillard, il devient nuage et tombe en pluie; puis il revient dans la vie comme blé, comme riz, comme herbe, comme arbre, comme sésame et comme millet '. »

Pour le penseur de l'Inde tout change, mais en même temps tout demeure : et il cherche, en s'absorbant dans l'être qui subsiste, à oublier le phénonème qui passe. Le physicien, au contraire, dans le sens large du mot, le savant moderne, s'attache au phénomène et peut sembler n'avoir affaire à rien d'autre : en réalité, pour lui aussi, tout demeure en même temps que tout change, et cette science du phénomène est une science, déguisée, de l'être.

Commençons ici à préciser l'objet et les principes de l'Empirique. Le physicien étudie les phénomènes, disonsnous ; autrement dit, et plus exactement, il étudie des rapports. Claude Bernard, dans plusieurs passages — qui ne sont pas les plus connus — de sa précieuse Introduction, a insisté sur ce point avec beaucoup de force. « Un phénomène naturel n'étant que l'expression de rapports ou de relations, il faut au moins deux corps pour le manifester. De sorte qu'il y aura toujours à considérer : 1° un corps qu

d. Chevrillon, Dans l'Inde.

réagit ou qui manifeste le phénomène; 2° un corps qui agit et joue relativement au premier le rôle d'un milieu. Il est impossible de supposer un corps absolument isolé dans la nature; il n'aurait plus de réalité, parce que, dans ce cas, aucune relation ne viendrait manifester son existence \... Les phénomènes nous apparaissent comme des simples efl'ets de contact ou de relation d'un corps avec son milieu. En effet si par la pensée nous isolons un corps d'une manière absolue, nous l'anéantissons par cela même, et si nous multiplions, au contraire, ses rapports avec le milieu extérieur, nous multiplions ses propriétés'. Les phénomènes sont donc des relations de corps déterminées — à quoi l'on pourrait ajouter que les corps ne sont eux-mêmes que des collections fixes de phénomènes — ; nous concevons toujours ces relalions comme résultant de forces extérieures à la matière, parce que nous ne pouvons pas les localiser dans un seul corps dune manière absolue. Pour le physicien l'attraction universelle n'est qu'une idée abstraite; la manifestation de cette force exig-e la présence de deux corps; s'il n'y a qu'un corps, nous ne concevons pas l'attraction. L'électricité est, par exemple, le résultat de l'action du cuivre et du zinc dans certaines conditions chimiques; mais si l'on supprime la relation de ces corps, l'électricité n'étant qu'une abstraction et n'existant pas par elle-même, cesse de se manifester. De même la vie est le résultat du contact de l'organisme et du milieu.... C'est donc également une abstraction, c'est-à-dire une force qui nous apparaît comme étant en dehors de la matière".... Tous les phénomènes, de quelque ordre qu'ils soient..., existent virtuellement..,, et ils ne se manifestent que lorsque leurs conditions d'existence sont réalisées. Les corps et les êtres qui sont à la surface de notre terre expriment le rapport harmonieux des conditions cosmiques de

noire planète et de notre atmosphère avec les êtres et les phénomènes dont elles permettent Texislence. D'autres conditions cosmiques feraient nécessairement apparaître un autre monde dans lequel se manifesteraient tous les phénomènes qui y rencontreraient leurs conditions d'existence' — »

Toute la science, comme empirique, considère des relations : elle s'est divisée en sciences particulières selon les catégories de relations qu'elle peut considérer. « La physique embrassait autrefois l'étude de la nature entière. Aujourd'hui elle se borne à étudier les propriétés générales do la matière et les phénomènes qui, n'altérant pas la constitution intime des corps, apparaissent plus directement comme les manifestations de causes universelles. Elle a donc abandonné l'histoire des êtres organisés; et, dans le monde inorganique, elle laisse de côté les phénomènes célestes, ainsi que la classification des corps bruts et la connaissance de leurs propriétés qui entraînent en eux des moditications permanentes ^ » — Mais, d'une façon générale, les relations que constatent la physique proprement dite, l'astronomie, la chimie, la biologie, sont de deux sortes : celles de succession et celles de coexistence. Ou plutôt, — car la succession et la coexistence brutes sont sans intérêt, — l'empirique a pour tâche d'établir les rapports constants de coexistence et de succession : « les seuls faits qui puissent servir de base aux recherches physiques sont ceux qui, dans les mêmes circonstances, se reproduisent d'une manière invariable et uniforme'^ ». 11 V a des sciences où domine le point de vue de la succession, — celles dont l'objet principal est l'étude des phénomènes généraux, c'est-à-dire des modifications passagères qui ont une cause générale; il y en a d'aulres où domine le point de vue de la coexistence, — celles dont l'objet principal est l'étude des groupes de phénomènes permanents et de leur extension, autrement dit des propriétés constitu-

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