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Hersclieli, Discours, par

tives des corps et des êtres, et des classes où ils se rangent. Il y a les sciences d'induction et les sciences de classilicalion : mais les deux points de vue ne sont jamais absolument distincts. Non seulement les unes ne sont pas étrang-ères à la considération des corps et des êtres, les autres à celles des phénomènes et des propriétés, mais celles-ci cherchent à établir dans les corps et les êtres des rapports de succession, celles-là entre les diverses propriétés des rapports de coexistence : et, quelque utilité qu'ait la distinction des sciences, elle a aussi quelque chose de factice et de trompeur.

L'Empirique, c'est donc la nature étudiée dans les successions et les coexistences constantes des phénomènes. Que faut-il entendre par là? — Nous ne pouvons concevoir les phénomènes — en dépit de l'individualité que paraît posséder chacun dans la conscience — que comme formant une trame continue', et nous ne pouvons concevoir cette trame qu'à l'instar de celle dont est tissé le moi. Dire, comme le fait le savant, qu'il y a des causes et des elTets et que tout fait a une cause, ou que la causalité est universelle, c'est exprimer, en somme, la relation dans le multiple et la continuité dans la succession; et déclarer qu'il y a constance de rapport entre lelTet et la cause, que la même cause produira toujours le même effet, c'est admettre très manifestement (jue les phénomènes ne sont rien sinon l'expression d'une réalité qui persiste sous le changement et qui règle le changement même-.

1. Voir sur ce point Lalande, Remarques sur In principe de cauaalife', Rev. phll., sept. 1890, et Lectures scienfifi'^ues. ■■ L'univers ne serait pour qui l'envisagerait tel qu'il est qu'un ^'rand fait unique " Laplace. Dans Princ. prim. cogiiit. met. nova dilucidatio, Kant monlre qu'aucun changement ne peut arriver aux substances qu'autant qu'elles sont liées-entre elles : leur dépendance réciproque détermine les changements mutuels (Ilart. I, 398); cf. Ciit. de la Raison pure, par. 256; le principe des analogies de l'expérience est que : Vexperience n'est possible que par la représentation de l'union nécess lire des perceptions.

2. Aucun phénomène n'étant indépendant d'aucun de ceux à qui il succède et d'aucun de ceu.x avec qui il coexiste, ce qu'on nomme scientifiquement la cause — tout en rappelant cette relation universelle des phénonn-nes — exprime le rapport le plus immédiat et le plus utile à connaître : mais la véritable cause est un ensemljle tel que l'eiïet s'en trouve résulter tout entier; et le véritable elfet, c'est un p/ténomène pur, c'est-à-dire (|ueliiue chose qui n'est nouveau que par l'apparence.

Le principe de causalité : tout fait a une cause, c'est le temps appliqué au multiple qualificatif; et le principe des lois : la même cause produit le même effet, c'est le principe d'identité appliqué à la causalité. Or nous connaissons l'origine, la signification de ce concept de temps, de ce principe d'identité.

— De même, établir des genres, c'est admettre que les groupes de phénomènes — et les classes que forment ces groupes — sont supportés par une réalité qui les unit, qui maintient dans le temps leurs rapports de coexistence et qui résiste au changement : le savant applique l'unité d'un espace réel au multiple qualificatif. Mais les coexistences ne se produisent qu'en vertu de la causalité et ne persistent que dans la mesure où la causalité le permet : la définition et la classification sont subordonnées à la causalité. Un objet, quoi qu'on ait dit, ne peut pas être à la fois blanc et noir : non seulement nous n'avons jamais rien vu de tel, mais nous défions en quelque sorte l'expérience de nous offrir rien de tel jamais : par contre, il peut y avoir des cygnes noirs, — même si nous n'avons observé que des cygnes blancs, — à moins toutefois que nous n'ayons établi un rapport de dépendance — de causalité, en quelque sorte, dans la coexistence

— entre la blancheur et tel autre caractère qui lui-même a sa cause : dans ce cas, le second caractère ne disparaîtrait que par la disparation du premier, et la définition empirique se rapprocherait à quelque degré de la définition géométrique, explicative et causale. L'objet qui est blanc, une classe d'objets qui possèdent ce caractère, ne deviendront noirs que s'il n'y a pas de cause pour qu'ils restent blancs et s'il y en a pour qu'ils deviennent noirs '. Tous les hommes sont mortels, non parce que jusqu'ici tous les hommes sont morts, mais parce qu'il y a une cause physiologique à la mort : et l'homme ne serait plus homme si cette cause venait à disparaître.

\. Voir Milhaud, op. cit., pp. 20 sqq., pour le point de vue opposé.

LES CATÉGORIES DE LA CONNAISSANCE. 3bo

Que sont, en définitive, les lois physiques et naturelles? — Si on les considère objectivement, ce sont des uniformités de succession et de coexistence, ce sont des faits généraux, ce sont des rapports de rapports. Si on les considère au point de vue subjectif, ce sont des nécessités affirmées par l'esprit, non pas en vertu de l'habiludc, — comme disait Hume, — non en vertu d'une loi formelle de l'esprit, — comme le voulait Kant, — mais en vertu d'une loi réelle, en vertu de l'être même que l'esprit manifeste : et si, de ce point de vue, on revient à l'objet, la loi, c'est l'affirmation de l'être sous le phénomène objectif. A priori nous ne connaissons pas la cause ou l'effet d'un phénomène; a jmori nous ne pouvons

— comme on le croyait jadis ' — dégager la loi de la nature des choses : Hume a raison. Mais a priori nous savons, nous déclarons qu'il y a cause et effet, rapport constant entre la cause et l'effet. Cette exigence — cette hypothèse, si l'on veut

— de l'esprit fonde le déterminisme; et « c'est précisément le sentiment du déterminisme absolu des phénomènes qui caractérise le vrai savant », comme l'a dit Claude Bernard-. « Le principe absolu des sciences expérimentales est un déterminisme nécessaire et conscient dans les conditions des phénomènes. De telle sorte qu'un phénomène naturel, quel qu'il soit, étant donné, jamais un expérimentateur ne pourra admettre qu'il y ait une variation dans l'expression de ce phénomène sans qu'en même temps il soit survenu des conditions nouvelles dans ses manifestations; de plus, il a la certitude à priori (jne ces variations sont déterminées par des rapports rigoicreux et mathématiques. L'expérience ne fait que nous montrer la forme des phénomènes; mais le rapport d'un phénomène à une cause déterminée est nécessaire et indépendant de l'expérience, et il est forcément mathématique et absolu. Nous arrivons ainsi à voir que le principe du critérium des sciences expérimentales est identique au fond à

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