Saint Thomas : " ratio naluralis subservit fldei
3. Sur ce point, d'ailleurs, il eut à répondre à bien des attaques et des objections; mais c'était un sujet qu'il avait de bonne heure médité. Le passage suivant de la Règle V (A. M., p. 482-2) me parait curieux : « Je suis convaincu que les premiers germes de vérité qui ont été déposés par la nature dans l'esprit de l'homme, et que nous étouITons en nous en lisant et en écoutant chaque jour tant d'erreurs, avaient une telle force dans celte naïve cl simple antiquité que les hommes à l'aide de la même lumière intellectuelle qui leur faisait voir qu'on doit préférer la vertu au plaisir, et l'honnèlc à l'utile, bien qu'ils ignorassent la raison de cette préférence, s'étaient formé des idées vraies sur la philosophie cl les mathématiques, (luoifpi'ils ne pussent encore comprendre parfaitement ces sciences. >■ Voir aussi Réffle III, lin. — il y a (;;i et là dans Descartes un Rousseau ébauché.
EXPOSITION DE LA Mh^TIlODE. 39
aussi, enfin, il a fait deux parts dans la révélation. Mais c'est ici qu'il se sépare de Descartes. Il distingue, dans le contenu de la foi, ce qui est conforme à la raison, et ce qui est supérieur à la raison sans pourtant lui être contraire. Le doute méthodique n'est point étendu à toute la révélation; mais il l'est à tout ce qui, dans la révélation, contredirait la raison. La raison ne retrouve pas tout à elle seule, mais, dans ce qu'elle n'a point trouvé, elle fait un choix, elle est juge. Il y a intérêt à remarquer qu'une discussion religieuse avec des amis fut le point de départ de sa critique' : il comprit qu'avant toutes choses il fallait « examiner la capacité » de l'esprit même. Il avait une tendance d'ailleurs au pur rationalisme : son influence s'est exercée dans ce sens autant que dans celui du rationalisme chrétien ^.
Mais, après en être venue à contrôler la valeur des vérités révélées, la philosophie devait, par un dernier pas, aller jusqu'à nier le principe même de la révélation. Peut-il y avoir deux modes de savoir? Hume déclarera que non et, dépassant la mesure, que les religions positives ne sont guère « autre chose que des rêves d'un homme en délire ou des imaginalions capricieuses de singes travestis^ ». Kant, enfin, a donné pour titre à un de ses ouvrages une formule heureuse qui consacre le triomphe du doute : La religion dans les limites de la pure raison '\ Depuis la Réforme, qui avait rejeté l'Eglise, — c'est-à-dire la révélation permanente et l'autorité visible, — à travers une série d'œuvres et de polémiques qui ébranlèrent les livres sacrés, — c'est-à-dire la révélation pri-
1. Dans l'hiver 1G70-1671. Voir la préface de l'Essai sur Ventendeincnt humain.
2. Ce qu'on a appelé le lalitudinarisme : Clarke, Harliey, Prieslley. — D'aulie part, Coilin, Toland, Bolingbroke.... — Voir dernier livre de VEssai; Lettre sur la Tolérance; le Christianisme raisonnalile.