‹ L'avenir de la philosophieChapitre 223 sur 265 · Descartes, ///" Méditation · texte numérisé non relu

Descartes, ///" Méditation

3. L'argument ontologique, le seul qui soit donné pour a priori, ou bien est un pur sophisme oîi sont confondues l'existence pensée et l'existence réelle, ou bien rentre dans l'argument cosmologique : il conclut de la délinilion de Dieu à son existence, et il ne le peut faire que si l'existence de Dieu est donnée par sa définition en vertu de l'ori;/ine même de celle définition. Quant à la preuve par la loi morale, elle n'est qu'un aspect, en somme, de la preuve par les causes finales.

elle embrouille doublement l'ordre du phénomène et l'ordre de l'être; elle ne les distingue et ne les oppose — à tort — que pour les enchevêtrer ensuite inextricablement. La causalité, au fond, — nous l'avons vu, — exprime l'identité dans le changement phénoménal, l'unité dans la pluralité de l'apparence, l'unité qui est et l'unité qui se fait, l'unité qui se fait parce qu'elle est : on ne peut évidemment sortir par la causalité de la causalité; mais on peut approfondir le phénomène, et on atteint l'être. Là où le principe de causalité n'a plus même de sens, il n'y a pas à raisonner en vertu du principe de causalité'. Quelque chose ne saurait naître de rien : mais ni ce mot rien, ni ce mot naître ne sont intelligibles dans la catégorie de l'être. Ainsi, comme l'espace et comme le temps, la causalité, dans son fond, c'est l'être et l'unité; comme l'espace et comme le temps, dans le phénomène, c'est la division, la pluralité, — que l'imagination peut concevoir indéfinie.

Espace infini, temps infini, être infini-, — c'est la soudure grossière de la pluralité et de l'unité. Si donc on dégage, dans les preuves de l'existence de Dieu, des maladresses et des absurdités, la vérité essentielle, on trouve ceci : le moi

d. « Tout ce qui commence d'exister doit avoir une cause d'existence », ce n'est pas là, dit Hume, quel(]iie chose d'intuitivement certain. Lorsque vous dites : si quelque chose manquait de cause, il faudrait qu'elle se produisît elle-même, c'est-à-dire qu'elle existât avant d'exister, vous faites une pétition de principe, puisque vous supposez ce que vous voulez prouver — à savoir que toute chose a une cause. « Dire que quelque chose est produite, ou pour m'exprimer moi-même plus exactement, vie?it à l'existence, sans une cause, ce n'est point affirmer que celle chose est sa propre cause.... Un objet qui existe absolument sans cause quelconque n'est certainement pas sa propre cause; et quand vous prétendez que l'un s'ensuit de l'autre, vous supposez précisément ce qui est en question; vous prenez pour accordé qu'il est absolument impossible que quelque chose commence jamais d'exister sans une cause... » Traité de la Nature hum., HT partie, sect. ni, p. 110.

2. L'Être infini, c'est plus particulièrement l'Être sans limites et éternel, embrassant l'espace et le temps infinis, l'infini en quantité — quoique les rapports de Dieu et de l'espace et du temps aient soulevé bien des discussions dans l'histoire de la métaphysique; l'Être absolu, c'est surtout la cause infinie et qui n'a pas de cause; l'Être parfait, c'est l'Être infini en qualité : concepts bâtards, et ([ui soulèvent des difficultés au lieu d'en résoudre.

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postule, d'après lui-même, une Unité totale qui est et qui se fait '.

Rien ne serait [)ius curieux que de tracer une histoire critique des conceptions Ihéologiques, — j'entends par là des religions tout ensemble et des métaphysiques ou théodicées, considérées dans leur influence réciproque, — en débrouillant la complexité des éléments qu'elles amalgament, la part de vérité et la part d'absurdité qui s'y mêlent, en expliquant ainsi et leur apparition et leur instabilité. — On y verrait, si je ne me trompe, que l'idée d'une créatioii ex nihilo de la nature par un Créateur distinct est relativement tardive et répugne même encore à certaines races.

Dans toutes les cosmogonies aryennes, la question de l'ordre tlu monde et celle de l'origine du monde sont <listinctes : il serait même plus exact de dire que la seconde n'existe pas. « L'idée d'un dieu créateur resta absente et le dieu régulateur devint lui-même postérieur au monde. La matière est antérieure à son démiurge et le crée; les dieux ne sont que les aînés des êtres, les premiers-nés de la matière préexistante; ils sont au faite de la création, mais ils en sont; au plus haut du ciel, mais non pas en dehors -. » Le cosmos procède de la « nuée ténébreuse » : en des mythes divers s'exprima chez les Aryens ce passage du chaos à l'ordre. — Il se produisit dans leur pensée naïve comme un double mouvement en sens inverse : ils eurent un pres-

1. « On ne persuadera pas plus au vulgaire qu'au philosophe (ju'il faut partir de l'aspect du monde phénoménal pour s'élever jusqu'à Dieu. Car l'homme est un être pensant; et cette élévation de l'esprit à Dieu n'a d'autre fondement fiue la pensée.... Lorsque ce passage du fini à l'infini n'a pas lieu, on peut dire qu'il n'y a point de pensée.... Les preuves niétaphvsi(iues de l'existence de Dieu ne sont donc que des expositions, des descriptions incomplètes de l'élévation de l'esprit du monde à Dieu.... L'existence ap[)arente du monde n'est que le lien, le moyen qui unit le fini à l'inlini... » (Hegel, Loijique, Irad., pp. :i93 sqq.). Mélange de vérité et d'obscure tradition.

2. James Darmesleter, Essais orientaux, p. SOi. Voir le Dieu suprême de la Mijlholor/ie Aryenne et les Cosmogonies Aryennes, pp. lOa-207. Cf. Zeller, la Pliil. des Grecs, trad. Boutroux, t. J, p. 129. La puissance d'action des dieux est bornée. « La force universelle de la nature existe avant eux sous la forme du Chaos éternel, et au-dessus d'eux, sous la forme du Destin impitoyable. •

sentiment de l'unité de l'être, sans pouvoir dégager cette conception profonde des données de l'imagination et en se bornant à faire un choix g'rossier dans ces données*; mais en même temps, ou d'abord, partant de la diversité des choses, ils multiplièrent dans l'univers les puissances plus ou moins semblables et supérieures à l'homme; leur imagination reproductrice et leur imagination créatrice aussi, — car l'esprit humain a beaucoup de peine à ne pas croire que tout ce qui est en lui, rêve même et fiction, ne répond pas à une réalité objective, — avec d'innombrables divinités issues du phénomène, aspiraient à reconstituer l'être. En elTet, par un besoin d'unité, ils créent une généalogie et ils créent une hiérarchie de dieux : Varuna chez les Hindous, Ahura Mazda ou Ormazd chez les Perses, Zeus en Grèce et Jupiter en Italie, sont le dieu suprême, le dieu organisateur, auteur et garant des lois -. Mais ces rois des dieux sont en même temps dieux du ciel : or le ciel, c'est comme l'enveloppe de tout ce qui est et l'agent de cet ordre immuable des jours, des nuits et des saisons. Le Rig-Véda dit aussi bien : tout est dans Varu;«a, c'est-à-dire dans le ciel, ou : tout est par Varu/ia, c'est-à-dire par le dieu du ciel; Zeus est le souverain de l'Olympe, et il est Pan, « -àv-x yV.p sv Zr^vo;; picràAw xàos TcoiJ^a-:'. xtl-z-jx » ; Jupiter est le « père des dieux et roi des hommes », et il est tout ce qu'on voit, partout oi^i l'on se meut, « Jupiter est quodcumque vides, quocumque moveris ». La métaphysique chez les Hindous et chez les Grecs est née précisément d'un effort pour débrouiller et pour filtrer, on quelque sorte, ces conceptions confuses et troubles. « Le nonêtre n'était pas, ni l'être, alors; l'atmosphère n'était point, ni le firmament au-dessus d'elle : où donc était enveloppé le

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