‹ L'avenir de la philosophieChapitre 224 sur 265 · Voir Zeller, iôid., p. S · texte numérisé non relu

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2. « Il y a un ordre dans la nature : il y a une loi. une habitude, une règle, un llila. Celte loi, ce Rita, c'est Varu?îa qui l'a établi. 11 est le Dieu du RUa, « le dieu de l'ordre », il est « le },'ardien du Rita, le comlucleur du Rita ••, il est le Dieu aux lois efficaces, aux lois stables... » J. Darmesteter, d'après le Rig-Veda, op. cit., p. MO. Cf. Zeus dans Homère, Eschyle, l'hymne de Cléanthe....

monde? où? dans quoi renfermé? Les eaux étaient-elles? le gouffre insondable? — La mort n'élait point, ni donc l'immortalité : nulle distinction de la nuit et du jour. De soi-même un souffle s'éleva, sorti de nulle poitrine! c'était l'être un, et rien n'était alors autre que lui ni au-dessus de lui. — Les ténèbres furent. Enveloppé dans la nuit au début, tout cet univers n'était qu'une onde indistincte. L'Un formidable, enveloppé dans le vide, naquit alors par la puissance de la chaleur. — L'Amour, voilà l'être qui naquit au début, l'Amour qui fut le germe premier de la pensée et en qui les sages, s'ils interrogent leur cœur, découvrent le lien du nonêtre à l'être. — Le rayon transversal qui fit la trame des mondes venait-il d'en haut, venait-il d'en bas? Y avait-il des puissances fécondantes et des forces de croissance? Nature au-dessous, énergie au-dessus? — Qui sait? qui pourrait dire d'où est sortie cette création? Les dieux sont postérieurs à son émission; donc, qui sait d'où elle est sortie? — Cette émission, d'où elle est sortie et si quelqu'un l'a faite ou non. Celui qui du haut du firmament surveille ce monde, celui-là le sait! Peut-être ne le sait-il pas '. »

Il y avait dans la pensée aryenne deux conceptions en lutte : l'une, mythologique, c'est-à-dire manifestement anthropomorpliique; l'autre, naturaliste, c'est-à-dire où un anthropomorphisme plus profond se déguise et s'ignore. Quand Xénophane, épurant la mythologie, imagina que la divinité n'a point de commencement, ce fut une théorie nouvelle et surprenante. L'hylozoïsme, en effet, tend à prédominer dans la philosophie grecque, et on en retrouve quelque chose jusque dans les systèmes qui y sont le plus opposés en apparence- : il absorbe le principe mythologique, ou il se transforme, par l'influence de ce principe, en panthéisme.

Les Sémites bibliques, eux, trouvèrent une même solution

1. Rig-Vil'(la, X, 129. Cilé par J. Darmesteter, op. cit., pp. 20o-20G.

2. Voir Zeller, op. cit., pp. 139-I48; Janet, le Problème religieu.v dans 17/î.9toire de la Philosophie.

et pour l'existence et pour l'orclic du monde : le monothéisme et la création supprimèrent provisoirement les difficultés. « Il faut dire que ceci n'est qu'une interprétation postérieure de la cosmogonie de la Genèse, laquelle laisse indécise la question de l'origine de la matière et suppose plutôt un chaos à la façon aryenne. Telle était, semble-t-il, la solution dans la vieille cosmogonie babylonienne d'où elle dérive' .» — Dans la philosophie chrétienne, et plus tard avec Descartes-, le monothéisme créalionniste atteignit tout son développement spéculatif : du même coup il laissa apparaître toutes les difficultés qu'il semblait supprimer et qu'il enveloppait en un mystère unique. La réapparition, tantôt plus tantôt moins consciente, du panthéisme, au moyen âge déjà chez certains scolasliques, puis chez Descartes, somme toute, et chez les successeurs de Descartes, manifesta les contradictions et les obscurités inhérentes au créalionnisme. Lorsqu'ils persistent à expliquer les rapports de Dieu et du monde, quel spectacle frappant donnent les philosophes contemporains qui, voyant la menace du panthéisme au bout de leurs raisonnements, s'ingénient pour y échapper et n'y peuvent échapper malgré leurs artifices''. Le ex niliilo niliil ne s'applique pas à la création, dit M. Nourrisson, car l'univers ne vient pas de rien : il vient de la cause créatrice. — Alors comment s'en distinguet-il, puisqu'elle est infinie? Ou, s'ils coexistent, comment en dépend-il? — Dieu, propose M. Ravaisson, se serait partiellement anéanti, « se ipsum exinanivit », et l'attrait de la perfection divine entraînerait vers lui le monde. Ou encore, pour parler comme M. Sccrétan, le monde serait l'évolution d'un principe constitué par la volonté de Dieu, qui l'appellerait à se réaliser comme être moral pour entrer en communion avec lui; la créature libre, dans un rapport moral avec Dieu, bâtirait le monde sous l'œil de Dieu pour l'exécution des desseins

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