‹ L'avenir de la philosophieChapitre 236 sur 265 · Richet, ibid · texte numérisé non relu

Richet, ibid

l'inconnaissable et la synthèse. 437

la détermination d'un oursin, la cristallisation d'un sel, la

correction d'un thermomètre Un chimiste célèbre a passé

quarante ans de sa vie à mesurer, avec plusieurs décimales, la dilatation du mercure, du verre et de quelques gaz, » Des milliers d'hommes peinent tout le jour, « satisfaits si, à la fin de leur journée, ils ont fait avancer de quelques imperceptibles lignes le petit problème minuscule qu'ils se sont proposé de résoudre »; ils sont comme le soldat qui va et vient, tiraille dans la fumée, sans rien comprendre de la bataille. — Mais v a-t-il donc là nécessité? Et le chimiste qui passe quarante ans à préciser quelques mesures est-il condamné à ignorer pourquoi il le fait? Et les différents chimistes, sans rien relâcher de la minutie de leur tâche, ne peuvent-ils concerter de plus en plus leurs efforts? Et les diverses sciences, sans rien perdre de leur exactitude, concourir toujours davantage? Et ne peuvent-elles concourir à des fins supérieures, à une fin suprême? Ne ressort-il pas de tout ce livre que cela est possible et que cela tend à être? Ne voit-on pas enfin que les purs savants — convaincus presque toujours que les penseurs ne peuvent rien entendre aux sciences — eux-mêmes, en réalité, n'y entendent rien à fond pour la plupart, — sinon faute de culture philosophique, du moins faute d'une psychologie assez pénétrante '? Ils ne comprennent pas le moi : ils possèdent la clef du savoir, et ils ne le soupçonnent pas.

Sans doute, grâce à la conception d'une « science idéale », certains arrivent à se faire des connaissances humaines une idée très haute en apparence : mais cet « échafaudage » de « symboles » et d' « hypothèses », qui s'appuie sur les faits et les lois, n'est qu'une coordination du savoir positif ; il en « dérive », et il ne saurait permettre d'atteindre « l'essence des choses - ». — P]n réalité, la science est « idéale » par ses

\. Dans cent ans, « la philosophie proprement dite n'existera plus; le côté métaphysique ira aux astronomes, aux mathématiciens, aux physiciens: le côté psychologique sera la part des physiologistes ». Richet, Dans cent ans, p. 221. "

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