Berthelol, art. cité, p
principes premiers, ses fondemenls, el non par ses hypothèses dernières. On a beau reconnaître le monde delà conscience' et déclarer que, — comme, au bout de la science positive, il y a la science idéale, — ainsi il y a une morale idéale « qui annonce et précède révolution de la morale future », on n'atteint pas, en défmilive, les principes fonciers de l'une et de l'autre : on les laisse juxtaposées; on n'arrive pas à les fondre, à joindre la nature et l'histoire, — à voir réagir aussi bien la morale sur la science que la science sur la morale ; et on n'arrive point, par conséquent, àcontenter l'esprit en réglant la vie, — on n'arrive pas à fonder une doctrine de vie.
Somme toute, pour le grand nombre des savants comme des ignorants, les progrès de la science n'ont abouti, ne sont destinés à aboutir qu'au progrès de ce qu'on appelle la civilisation. « Science et civilisation, disent-ils, sont deux termes identiques » : on ne voit pas « par quelles subtilités
et quels artifices de langage on pourrait les séparer »
« Science, civilisation et morale, ces trois termes sont parallèles ^ » — Il est dangereux de lier ainsi la civilisation et la science : car si dans le progrès matériel, — qu'on ne saurait ni contester sans aveuglement, ni célébrer sans banalité, — tout ne contribue pas au bonheur de l'homme; si le progrès moral est parfois entravé plutôt que servi par le progrès matériel et même par le progrès intellectuel, que sera-t-on réduit à penser? Ne devra-t-on pas condamner cette science, qui peut être nuisible, en même temps que cette civilisation, qui demeure imparfaite et viciée? Par ses progrès, dira-t-on, la science est responsable de Fégoïsme et de la cupidité des uns, de la soutTrance des autres, du labeur mortel des mines, de l'opposition qui s'accentue entre le capital et le travail,
i. La science « établit les seules bases inébranlables de la morale, en constatant comment celle-ci est fondée sur les sentiments instinctifs de la nature humaine, précisés et agrandis par l'évolution incessante de nos connaissances et le développement héréditaire de nos aptitudes ». Bertheiot, Discours. M. Richet, lui, parle d' « une morale impérative, conséquence même de la science », qui ne se comprend guère.