Ibid., t. I, p
mais qu'il y a «■ dans toutes les grandes forces irrésistibles de la société comme dans celles de la nature un caractère fatal et partant sacré' », on nous propose d'imiter cette jeune et vivace, celte avide et brutale démocratie scientifique, qui ne demande à la science que ce qu'elle peut donner de satisfactions positives, qui ne se désespère pas de ne lui point devoir ce qu'elle n'attendait pas d'elle, et qui, d'ailleurs, avec sa « lucidité dislributive », poursuit « parallèlement » sa vie religieuse -. Comme s'il n'y avait pas là, chez ce peuple si jeune et, pour ainsi dire, étourdi par l'impatience de ses désirs, la méconnaissance d'un problème que ses penseurs déjà cherchent à résoudre! La science aboutit inévitablement — selon la formule habituelle — à « émanciper la pensée ». Mais la pensée ne s'émancipe que pour retrouver une foi : et si la civilisation présente fait un usage maladroit ou précaire de la science, elle n'en est pas moins, g'râce à la science, en travail d'une ère nouvelle.
Qu'on se rappelle l'enthousiasme de Bacon, ses espoirs frémissants et son ardeur conquérante. Mais cette conception de la conquête scientifique — et c'est la conception anglaise — reste pratique et terre à terre. Il ne s'agit que « d'améliorer la condition humaine », de « munir le genre humain de nouvelles puissances et de nouveaux instruments d'action ». « Le but de notre Institut, dit un personnage de la Nouvelle Atlantide, est la découverte des causes et la connaissance de la nature intime des forces primordiales et des principes des choses, en vue d'étendre les limites de l'empire de l'homme sur la nature entière et d'exécuter tout ce qui lui est possible ^ » Et Locke, après Bacon, comme lui, croit que la physique peut « nous procurer des commodités », mais non « une connaissance générale ' ». — La fin de la science
\. Bourgel, Outre-mer, t. I, p. 8.