Richel, Dans cenl ans
plus éloignés. Mais l'air que notre vie actuelle nous force à respirer n'est pas normal, il est vicié, parce que nous y faisons entrer de force, systématiquement, des éléments que
nous savons nuisibles à l'organisme Nous pouvons dire la
même chose de l'eau.... Et notre alimentation, que lui restet-il de normal? » Or, dans la vie de luxe, on n'échappe pas, bien au contraire, à ces causes de décadence physique : « Que pourrions-nous trouver de naturel, correspondant aux vrais besoins du protoplasma, dans l'emploi d'épices excitantes de toutes espèces, dans l'usage de l'alcool, du tabac, dans l'abus de la morphine, de la cocaïne, de l'éther, de l'opium, du somnal, du sulfonal, etc., etc.? Ces substances sont étrangères à notre matière vivante; elles endorment nos sens quand l'organisme exige leurs services et elles excitent notre système nerveux quand le calme lui serait infiniment plus utile et plus sain.... Si nous examinons les causes instigatrices principales de toutes les nouvelles inventions, touchant directement aux substances alimentaires, gustatives et stimulantes, nous discernerons facilement entre tous les autres un motif.... C'est la tendance à la satisfaction la plus rapide, la plus fréquente possible, de la soif du plaisir et de la jouissance '. »
«... Le cœur de l'homme étant destiné pour posséder un bien immense..., il cherche sans cesse quelque ombre d'infinité. L'homme, pauvre et indigent au dedans, tâche de s'enrichir et de s'agrandir comme il peut; et comme il ne lui est pas possible de rien ajouter à sa taille et à sa grandeur, il s'applique ce qu'il peut par le dehors. Il pense qu'il s'incorpore, si vous me permettez de parler ainsi, tout ce qu'il amasse, tout ce qu'il acquiert, tout ce qu'il gagne. Il s'imagine croître lui-même avec son train qu'il augmente, avec ses appartements qu'il rehausse, avec son domaine
1. Danilewsky, le Proloplasma, Revue scient., 17 novembre 1894.
qu'il étend. Aussi, à voir comme il marche, vous diriez que la terre ne le contient plus; et sa fortune enfermant en soi tant de fortunes particulières, il ne peut plus se compter pour un seul homme K » Si la passion des richesses est une perversion du besoin naturel à l'homme de maintenir et d'amplifier son être, il n'en est pas autrement de cette ambition, sans principe noble ni etïet utile, qui, de plus en plus, règ-ne et sévit dans les sociétés modernes. Cette fureur d' « être quelque chose », de détenir une parcelle de pouvoir, de se parer de quelque prestige, est, quoi qu'il puisse paraître, aussi nuisible, à l'heure présente, à la société qu'aux individus.
On a donné le nom de fonctionnarisme ou, ing-énieusement, de « capillarité sociale » à la tendance toujours plus forte qui pousse nos contemporains à s'élever d'une fonction à une autre sans jamais se trouver assez haut montés : « Guidée par un instinct infaillible et fatal, chaque molécule sociale s'efforce, avec toute l'énergie qui peut lui rester disponible, sa conservation une fois assurée, et sans se soucier de ses semblables autrement que pour les dépasser, à monter sans cesse vers un idéal lumineux qui la séduit et l'attire, comme l'huile monte dans la mèche de la lampe -. » Cette tendance atteint son maximum dans les démocraties égalitaires comme la France. De là un accroissement prodigieux du nombre des candidats à tous les examens et à tous les concours, des diplômés et des bacheliers sans emploi, des mécontents et des déclassés; de là l'encombrement de toutes les carrières, la lutte sans pitié et souvent sans scrupules, l'instabilité, dans la concurrence brutale, des situations les plus enviées. — Or, pour ne point parler des malheureux, il serait vraiment trop facile — et le sujet est, lui aussi,, rebattu — de faire éclater la misère dos heureux. Les travaux, les soucis, les démarches, les humiliations, la jalousie,.