Rév. Henry Ward Beecher. Sermon sur le doute religieux
OU cosmique. Cette dernière assigne pour objet à notre admiration, à notre révérence, à noire adoration, l'univers considéré comme un tout, l'unité, le mystère, le prodige, le pouvoir de ce grand Etre de qui nous dépendons. Je crois que la reliffion de l'avenir sera une combinaison de ces trois éléments; elle s'assimilera les tendances artistiques du paganisme, l'idéal moral du christianisme, ainsi que cette conception plus large, qui renferme les deux autres : le culte cosmique de l'univers \ » — On voit comment les nouveautés auxquelles aboutit l'évolution religieuse rejoignent certaines tentatives qui se produisent pour constituer une religion avec la science ou avec la morale. « Religion basée sur la morale " », « religion de la science ^ » : ces essais marquent un effort pour ajouter quelque chose aux données de l'une et de l'autre, comme les transformations de la religion pour garder d'elle quelque chose qui précisément s'accorde avec ces données.
En Allemagne — où certaines Facultés de théologie ont montré de bonne heure en ce siècle un si libre esprit — et en France, — où il semble qu'il y ait peu de place, entre TindifTérence et la foi traditionnelle, pour une rénovation religieuse, — la réllexion critique tend à faire apparaître ce qu'ailleurs l'évolution cherche à atteindre : l'essence pure des religions. D'une façon générale, dans le monde scientifique,
1. Rév. Minot J. Savage (dans un sermon de 1880), auteur d'une Religion de VEvclulioii (187G), d'une Morale de rEvolution (1880).
2. C'esl le litre d'un recueil de discours traduits de l'anglais et publiés chez Fisclibacher en 1892. — Rappelons ici ces Societies fnr ethical culture dont la première a été fondée, en 187G, par Félix Adler à New- York, et qui ont exercé une certaine influence en Europe. Voir Gruber, le Positivisme depuis Comte jusqu'à 710S jours, pp. 450-454.
3. Les essais de religion positiviste n'ont pas eu très grand succès en France; peut-être en Angleterre et au Brésil, l'action de Comte et de ses disciples à ce point de vue a-t-elle été un peu plus considérable : voir Gruber, op. cit. — C'est une sorte de perfectionnement de la religion positiviste que cette religion moniste, ou cosmique, ou de la science, qui s'essaye maintenant aux États-Unis, (|ui a pour principal représentant le D'' Paul Carus, pour organes The Open Court (depuis le 17 février 1887) et The Monist (octobre 1889) : voir Gruber, ibid., pp. 456-464. Carus a écrit : Monism and Meliorism (1885), The Idea of God (18S9), Fundamental Problems (1891), Uomilies of Science (1892), etc.
les études religieuses ont pris, depuis un certain nombre d'années, une extension surprenante : « La création de chaires d'Histoire des religions au Collège de France, à Bruxelles, à Rome, à Genève, à Zurich, et dans quelques autres villes encore; l'organisation d'un enseignement complet pour l'histoire des principales religions dans la section des sciences religieuses de l'Ecole des Hautes Éludes, à Paris; les conférences sur la théologie naturelle instituées dans les quatre universités écossaises par la générosité de feu lord GilTord'; l'inslitulion d'un musée des Religions, créé par M. Guimet, d'abord à Lyon, puis à Paris; la création de revues spéciales consacrées exclusivement à l'Histoire des Religions; les grandes publications qui fournissent à tous les travailleurs des matériaux indispensables à l'étude des religions, telles que les Annales du Musée (ruiniel, et surtout cette admirable collection des Sacrecl Books of the East publiée à Oxford...; l'introduction, dans le cycle des livres d'étude, de manuels d'Histoire des Religions, tels que ceux de MM. Tiele et Chantepie de la Saussaye; l'apparition de toute une série d'ouvrages sur l'Histoire des Religions : — tels sont les phénomènes les plus caractéristiques-... ».
Dans les innombrables travaux qu'a produits déjà la science des religions, on s'est efforcé de classer toutes les manifestations religieuses qu'offrent le temps et l'espace, les plus lointaines et les plus grossières même; on s'est appliqué à démêler les éléments qu'enferme chaque religion; on a entrepris d'expliquer et leurs caractères particuliers et leur rapport de succession : on a commencé, grâce à une psychologie fine et
1. C'est à l'Université de Saint-Antirè, sous le i)atronage de la fondation Giirord, qu'ont été faites par E. Gaird les conférences réunies sous ce titre : TJic évolution of relu/ion. Voir Mariilier, Une nouvelle Pliil. de la religion. Revue des Etudes religieuses, t. XXX, pp. 243 sqq.,et Maurice Vernes, Histoire et phil. religieuses, Revue pfiil., février 1894. Une autre fondation, la fondalion Hibbert (Londres, Oxford), a provoqué des conférences de Max MuUer, Renan, Kuenen, Réville, Plleiderer, Sayce, Goblet d'Alviella {l'Idée de Dieu) : voir Vernes, i/ji<l.
2. Jean Réville, Revue de VHistoire des religions, t. XX, p. 214, à propos d'un projet de Félix Adler.
patiente', à éclairer par les circonstance de milieu et de race, par l'état social et le développement intellectuel, par les influences individuelles et contingentes, la suite des faits qui constituent cette partie de l'iiisloire dans sa bigarrure et sa mobilité. Mais la science des religions ne saurait êlre, n'est pas simplement l'étude des phénomènes et de leurs causes prochaines : elle cherche à expliquer son objet d'une façon plus profonde dans les ouvrages qui s'intitulent ou « Philosophie de la Religion » ou « Prolégomènes à l'Histoire des Religions ». Là, comme ailleurs, l'analyse serait absolument vaine si elle était à elle-même sa propre fin. 11 doit y avoir une philosophie a 'posteriori des religions, autrement dit, une synthèse spéciale, de cette catégorie de phénomènes-.
Or, voici ce qui nous paraît se dégager de l'ensemble des éludes religieuses. — Si on laisse retomber tout le contingent, l'accessoire et le variable, la religion est constituée par trois éléments essentiels : la doctrine, la morale et le culte. Nous ne voulons pas dire que dans toute l'histoire religieuse ils se trouvent toujours inséparablement unis, mais bien qu'une doctrine religieuse tend à s'épanouir toujours en un culte et une morale : elle s'annexe les pratiques ou les aspirations morales contemporaines de l'époque oii elle se produit, et en partie même elle se produit pour fonder ces pratiques ou fortifier ces aspirations. Nous ne voulons pas dire non plus que toute religion ait une doctrine expresse et complète, — encore bien moins un dogme impérieux et fixe, — mais qu'il n'en est point qui n'explique, vaille que vaille, dans la mesure où l'esprit se pose les questions à une époque donnée, la nature
1. A l'aide des moyens ks plus divers : grammaire comparée, archéologie, anthropologie, folklore.
i. Voir A. Réville, Prolér/.à riiisloire des Religions (analysé par J. Darmestcler, Essais orientaux); Pùeliiercr, Reli(jionspltilosop/iie auf qcschichtUcIter (lriindlti!/e: la Revue de Vlllsloire des Religions, passiin, et, en particulier, J. Réville, lUisloire di'S Religions, sa méthode et son rôle d'après les Irarau.v récents de MM. Maurice Vernes, Goblel d'Alviella et du P. van den Gheyn; cf. (iuyaii, l'irrcligion de Vavenir. Voir aussi l'ouvrage récent de A. Sal)nlier, Esquisse d'une philosophie de la religion d'après la psychologie et l'histoire, avec une bibliographie, nolammcnl pp. 30 el 134.
et la succession des choses. Par le culte, nous entendons tous les actes — autres que les actes moraux, lesquels tondent à devenir une manière de culte, eux aussi — que régit la doctrine, qui procèdent de l'interprétation du grand mystère ou qui y sont rattachés. Il y a des religions plus ohjectives, — c'est-à-dire dont l'origine est surtout dans Ténioi de l'homme qui contemple l'univers; il y en a de plus subjectives, — c'est-à-dire qui répondent davantage aux problèmes de la conscience et de la vie sociale ' : mais ce que la religion est essentiellement, ce qu'elle s'achemine à réaliser de mieux en mieux, c'est l'unité d'une doctrine, d'un culte et d'une morale. Elle fournit la règle de la vie humaine par l'explication de la destinée humaine; elle relie l'homme à l'ensemble des choses : elle prétend créer l'unité du réeL Le Divin, c'est cette unité, entrevue confusément par la raison, conçue avec l'imagination, affectant la volonté par le sentiment — crainte ou amour. La foi, c'est l'affirmation de l'unité de l'Etre en des formules g-auches et grossières d'abord, puis qui se précisent et s'épurent, mais où toujours la spontanéité du croyant éclate et se joue avec une sorte de témérité. « Voilà ce que c'est que la foi : Dieu sensible au cœur, non à la raison -. »