‹ L'avenir de la philosophieChapitre 260 sur 265 · Voir Caird, op. cit · texte numérisé non relu

Voir Caird, op. cit

2. Pascal. — Pour M. Albert Révillc [Protér/ojnènes), la religion est « la déterniinalion de la vie humaine par le sentiment d'un lien unissant l'esprit humain à l'esprit mystérieux dont il reconnaît la domination sur le monde et sur lui-même et auquel il aime à se sentir uni ». Pour Guyau, elle est une " explication sociologique universelle, à forme mythique ». « L'idée de Dieu, dit M. Caird dans l'ouvrage cité, c'est-à-dire l'idée d'une unité absolue qui relie en un même ensemble toutes les choses pensantes et tous les objets de pensée, qui est la source de l'être pour toutes les choses qui sont et de la connaissance pour tous les êtres qui connaissent, est un principe essentiel ou plutôt le principe essentiel, ultime, de notre intelligence, principe qui doit se manifester dans la vie de toute créature raisonnable. Toute créature qui peut posséder la conscience d'un monde objectif et aussi la conscience d'être un moi est par là même capable d'avoir conscience de Dieu. En un mot tout être raisonnable est, en tant que tel, un être religieux (t. I, p. 08).... La religion n'est en effet qu'une forme plus haute de celte tendance qui, dans la science, nous conduit à rechercher l'universel au delà du particulier, l'un au delà du plusieurs (t. l, p. 111). » Cité et traduit par Marillier, art. cité. Cf. Lasson, Sur l'Objet et la met. de la phil. de la religion, Revue p/iil., t. VIII, p. 322

Et maintenant, sur les rappoils de la religion et de la science, on jugera si nos vues sont conformes aux tendances que l'évolution religieuse manifeste comme aux résultats que donne la science des religions.

La relig-ion a prétendu résoudre d'emblée le problème auquel elle répondait. Mais la solution religieuse, naïve et populaire, toujours mouvante, en quelque sorte, dans l'âme des masses, ne pouvait, à la longue, satisfaire l'élile pensante qui se formait. La solution philosophique s'est produite. Au lieu de la spontanéité libre de tout Fôtrc, pour ainsi dire, c'est la réflexion qui intervient avec la philosophie : la raison essaye, à elle seule, d'expliquer l'unité qu'elle conçoit. La philosophie, qui précise le problème que la religion résolvait sans le poser, est, par rapport à la religion, un effort rationnel pour établir l'unité. Mais, par rapport à la philosophie, la science, elle, est une méthode positive. Elle dégage et elle complète la part d'expérience que la philosophie enveloppait; elle résout patiemment et sûrement, par menues parcelles, et les problèmes divers que fait naître la réflexion philosophique, et le problème foncier qu'implique la religion : mais elle procède, en définitive, de la même affirmation primordiale. — La religion et la philosophie, c'est l'explication plus ou moins improvisée de l'Unité. Mais considérées dans leur histoire, les religions, qui se pénètrent peu à peu de philosophie, et les philosophies, qui se pénètrent peu à peu de science, qui se corrigent et se transforment, sont la recherche de l'Unité : et c'est ainsi qu'elles aboutissent à cette science, qui est une méthode avouée de recherche. — Mais, à côté de la science, la pratique morale suit son cours : la religion et la philosophie tendent à s'évanouir pour ne laisser subsister que la science et la morale. Cependant, la science s'approfondit; elle découvre ses prin-

(analysc des Philosophische Motwtschefte). — Sous les termes divers et malgré les tendances difTérentes, les philosophes de la religion en donnent, d'après son histoire, des définitions au fond identiques.

cipes, son principe; elle se développe en philosophie; elle justifie et fonde la morale; elle complète la morale en établissant que la loi humaine veut l'unification, non seulement des hommes entre eux, mais de l'humanité avec le Tout : elle s'épanouit en religion.

Ensemble de connaissances acquises, activité sociale, activité scientifique, — la science faite soutenant la morale et la morale se prolongeant dans la science qui se fait : la Synthèse reproduit ainsi les éléments de la Religion, — dogme, morale et culte, — fondus comme dans la Religion. Elle ne la détruit qu'en la restaurant. Le Divin, ici, disparaît, peut-on dire comme on veut, ou subsiste : c'est l'Unité conçue et voulue. La foi, cette spontanéité qui, non contente d'affirmer son objet, le créait arbitrairement par une illusion précaire, survit épurée : car l'affirmation invincible de l'unité de l'être — âme de la religion — continue à tout animer.

Agir, c'est croire, et c'est savoir déjà obscurément. Or la science explicite justifie à mesure et éclaire l'action. Chercher, c'est avoir foi et agir pour la foi. Et voilà ce que ne voient pas la majorité des u croyants » : à la science ils opposent leur foi au lieu de reconnaître la foi pure dans la science. Pascal a eu d'étranges lueurs : « Nous connaissons la vérité non seulement par la raison, mais aussi par le cœur; c'est de cette dernière sorte que nous connaissons les premiers principes, et c'est en vain que le raisonnement qui n'y a point de part

essaye de les combattre C'est sur ces connaissances du

cœur et de l'instinct qu'il faut que la raison s'appuie, et qu'elle y fonde tout son discours. Le cœur sent quU // a trois dimensions dans l'espace (et que les nombres sont infinis).... Les principes se sentent, les propositions se concluent'. » — « Console-toi : tu ne me chercherais pas, si tu ne m'avais trouvé », dit Jésus à Pascal dans le Mi/stère de Jésus. Oui. l'homme cherche parce qu'il a trouvé. Action et spéculation

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