Inlrodiiclion aux Leçons su/- la hxjiijue
3. Si des personnes peu familiarisées avec la philosophie consentaient à lire cet ouvra^,'c,.je les engagerais à négliger d'abord le chapitre ii du livre I et dans le chapitre ii du livre II les divisions 1 et 2. L'intelligence de l'ensemble leur faciliterait ensuite celle du détail.
LES CARACTERES DE CE TEMPS. li
Ceci est donc un livre de foi; et, comme tel, il répond, selon mes forces, à l'intime besoin de ce temps.
Il me semble que, depuis bien des siècles, il n'y avait pas eu, d'une part, autant d'êtres indiiïérents, enfoncés dans la vie matérielle, pour qui l'existence se passât à préparer, à déguster, à cuver ou à regretter le plaisir; et, d'autre part, autant d'âmes inquiètes, avides de quelque haute et sûre vérité qui affermît la vie et ennoblît la jouissance. — En tout temps, des esprits d'élite ont subi une crise, parfois longue et douloureuse, dans leur effort pour se créer des croyances qui fussent à eux; mais ce qui s'est vu plus rarement, c'est, chez tant de penseurs à la fois et si dilTérents entre eux, une crise aussi violente, qui troublât des vies entières et qui allât jusqu'à en abréger.
En France, après la renaissance religieuse et spiritualiste de l'époque romantique, les progrès de la science, continus depuis deux siècles, et dont éclataient aux yeux les résultats matériels, firent naître une immense espérance. On prétendait rompre avec tout le passé religieux et métaphysique; une ère nouvelle s'ouvrait, l'ère positive; et la philosophie ou l'art même ne devaient plus être que des aspects du savoir positif '. — Mais ce qu'on demandait à la science, elle ne le pouvait donner à elle seule et sur l'heure. Les définitions prudentes des savants lui assignèrent un rôle plus modeste. Pour avoir trop attendu d'elle, on la rabaissa ensuite à l'excès. Elle pouvait aider la chair à jouir, mais non l'esprit à savoir : est-ce savoir, en effet, qu'ignorer un peu moins, si l'on doit toujours ignorer? Bien loin de remplacer la religion et la philosophie, la science à son tour fai-