Voir surtout IV Entretien, xxn
4. Il est curieux de voir le mysticisme, chez Malebranclie, tantôt parfaire la pensée de Descartes et tantôt la combattre, de trouver chez lui et le goût et le mépris de la science : « Tout disparaît et change de face lorsque je pense à l'éternité. Sciences abstraites, quelque éclatantes et sublimes que vous soyez, vous n'êtes que vanité, je vous abandonne. Je veux étudier la religion et la morale. Je veux travailler à ma perfection et à mon bonheur, et laisser là cette dure occupation que Dieu a donnée aux hommes, toutes ces vaines sciences dont il est écrit que ceux qui les accumulent, au lieu de se rendre sages et heureux, ne font (lu'augmenter leurs travaux et leurs inquiétudes. » IX" Méditaliun, xxv.
ÉVOLUTION DE LA PHILOSOPHIE AU XVir SIECLE. 73
sans doule aussi du sens commun, qui est une révélation naturelle — Malebranche rend à la matière sa réalité : « Tu dois distinguer deux espèces d'étendue : l'une intelligible, loutre matérielle.... C'est par cette étendue intelligible que tu connais ce monde visible; car le monde que Dieu a créé est invisible par lui-même. La matière ne peut agir dans ton esprit ni se représenter à lui.... Bien loin que tu Taperçoives comme un être nécessaire, il n'y a que la foi qui t'apprenne son existence '. » « Quoique Dieu n'eût point créé de corps, les esprits seraient capables d'en avoir les idées ' » : c'est ici la Bible, livre divin, qui nous donne la certitude. — Malebranche essaye aussi de restituer à l'homme quelque indépendance. Dans ce monde créé par Dieu en vue d'incarner le Verbe, la volonté a la liberté du mal; en Dieu nous connaissons la perfection morale comme la vérité rationnelle " : nous recevons de lui l'impulsion, mais nous pouvons ne pas la suivre. — Comment cela, s'il n'y a d'efficace qu'en Dieu *?
Spinoza sera plus hardi, et surtout plus conscient : ce juif portugais % encouragé par la philosophie judéo-arabe, — tandis que Descartes, comme Malebranche, était contenu par la théologie chrétienne, — plus encore que son maître enfermé dans sa pensée, prisonnier de la raison déductive, et, en même temps, plus pressé que lui d'aboutir à des conclusions pratiques, réalisera le géomélrisme absolu — Leibnitz dira « le cartésianisme immodéré » ; et il épanouira, comme elle y tendait, l'œuvre de la raison en morale et en religion :
1. IX" Médilation, x. Malebranclie rejoint la raison naturelle et la foi. — non sans que la foi subisse l'influence de la raison : question des miracles.
2. Réponse à Régis, II, xiv; cf. VI" Éclaircissement sur la veclierche de la vérité : c'est en réalité dans Vapparence de l'Écriture Sainte, représentée en notre esprit par Dieu, que nous apprenons l'existence d'un monde créé.
3. Malebranche n'est pas seulement disciple de Descartes, mais de saint Augustin et de Platon. Il n'admet pas en Dieu la liberté d'indilTérence. La sagesse et la justice, l'ordre, sont l'essence de Dieu. De là une vue optimiste des choses où il devance et annonce Leibnitz.
4. Voir, par exemple, Vl" Méditation, xvi et sqq., et Traité de la nature et de la f/râce, III* discours.