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5. La cause est, en tléfinilive, un ol).jcl qui en précède un autre et lui est continu, et qui lui est lié, dans l'imagination, de telle manière que l'idée de l'un détermine l'esprit à se former l'idée de l'autre, et l'impression de l'un à se former ne idée plus vive de l'autre. III, xiv, p. 228.
ÉVOLUTION DE LA PHILOSOPHIE AU XVIIP SIÈCLE. 103 à défaut de la connaissance, une probabilité qui repose sur une croyance de plus en plus vive, — née d'une babilude de plus en plus forte. Les uniformités empiriques nous font conclure à l'uniformité nécessaire : ce n'est qu'une attente, une hypotbèse — mais ainsi se fonde la science expérimentale. Elle naît d'une exigence de notre esprit, et elle n'a d'autre garant que cette exigence même. Elle est une hypothèse qui réussit, sans que rien prouve qu'il en doive être toujours ainsi. Nous ne connaissons quoi que ce soit qui justifie, en dehors de l'habitude, ces mots synonymes : action efficace, imuvoir, force, énergie, nécessité, connexion, qualité productive. « La scène de l'univers est assujettie à un changement perpétuel, les objets se suivent dans une succession continuelle; mais le pouvoir, ou la force, qui fait agir la machine, se dérobe à nos regards, et les qualités sensibles des corps n'ont rien qui puisse nous la découvrir. Nous savons par le fait que la chaleur est la compagne inséparable de la flamme ; mais pouvons-nous conjecturer, ou imaginer même, ce qui les lie '...? Tous les événements semblent être décousus et détachés les uns des autres- — »
Ainsi, môme dans l'ordre des phénomènes, c'est à nos risques et périls, pour ainsi dire, que nous ajoutons quelque chose à la conception, à la contemplation immédiate : comment, dès lors, prétendrions-nous franchir la barrière des phénomènes? Hume critique donc l'idée de substance, et il attaque résolument les dogmatiques, Descartes, Maiebranche, Spinoza \ — Imaginons une seule substance et mettons « toute l'action en Dieu seul » : mais « longtemps avant que
1. vil" Essai, j, pp. 434-455. Dans le F//" E.^sai, plus que dans le Traité, Hume a analysé l'idée de pouvoir.
2. F//" Essai, ii, p. 467. * Il n'y a rien en aucun objet, considéré en luimême, qui puisse nous fournir une raison pour tirer une conclusion au delà de cet objet; et, encore après que nous avons observé la fréquente ou constante conjonction des objets, nous n'avons aucune riison pour tirer une inférence concernant un objet, au delà de ce dont nous avons eu l'expérience. » Traité, III, xii, p. 186.
3. Voir surtout IV partie du Traité, Du système sceptique et des autres systèmes de philosop/iie.
104 DE LA MÉTHODE POUR CONDUIRE SA RAISOxN. d'arriver au dernier terme de celte théorie, nous sommes déjà dans le pays des fées, et dès lors nous n'avons plus aucune raison de nous fier aux méthodes d'argumentation communément reçues. Il ne faut pas penser que nos analogies et nos vraisemblances usitées soient ici d'aucun poids : notre sonde est trop courte pour ces immenses abîmes' » Imaginons derrière les phénomènes deux substances, la matière et l'âme : mais c'est les double?^ gratuitement. Parce qu'ils se lient d'après certaines lois, bien qu'ils soient manifestement individuels, nous n'avons pas le droit d'inférer des phénomènes à une cause qui subsiste et les relie : une de ces lois expérimentales, dans l'expérience même hypothétiques, ne saurait valoir hors de l'expérience ^ D'ailleurs « rien ne paraît nécessaire pour soutenir l'existence d'une perception )>; et, indépendamment des phénomènes, le moi, pas plus que le monde extérieur, n'est chose inlelligible. « Pour moi, dit Hume, quand je pénètre au plus intime de ce que j'appelle moi-même, c'est toujours pour tomber sur une perception particulière ou sur une autre — Je ne puis jamais arrivera me saisir moi-même sans une perception, et jamais je ne puis arriver à observer autre chose que la perception. Quand mes perceptions se trouvent interrompues, comme par un profond sommeil, aussi longtemps que cet état dure, je n'ai pas le sentiment de moi-77iéme et l'on peut vraiment dire que je n'existe
pas" Laissant de côté quelques métaphysiciens, je peux me
risquer à affirmer du reste des hommes qu'ils ne sont autre chose que des assemblages ou collections de différentes perceptions qui se succèdent avec une inconcevable rapidité, et sont dans un état de flux et de mouvement perpétuel.... L'intelligence est une espèce de théâtre où différentes perceptions font successivement leur apparition, passent, repassent, s'écoulent et se mêlent en une infinité de situations et de
\. Ml" Essai, p. 4G5.