Traité, IV, vi, p
ÉVOLUTION DE LA PHILOSOPHIE AU XVIII'^ SIÈCLE. 105 positions'.... Il ne faut pas que la comparaison du tliéàlro nous abuse : ce ne sont que des perceptions successives qui consliluenl rinlelligence, et nous ne possédons pas la notion même la plus éloignée du lieu oii ces scènes sont représentées ou des matériaux dont ce théâtre est composé -. »
Hume n'a reculé devant aucune conséquence de la méthode qu'il adoptait. Tout est phénomène désormais; l'esprit est comme émietté; les lois sont dénuées de valeur : demain les phénomènes peuvent sans doute se succéder au hasard, puisque leur régularité même est pour nous fortuite. La raison constate, mais ne sait rien. « Tout ce qui est pourrait
ne pas être Nous ne saurions donner de bonne raison
pourquoi, après mille expériences, nous croyons qu'une pierre tombera ou que le feu brûlera.... En raisonnant a priori, il nous paraitra que toute chose peut produire toute chose : la chute d'un caillou peut éteindre le soleil, — au moins ne sommes-nous pas sûrs du contraire, — et le désir de l'homme peut arrêter les planètes dans leur course ^ » Tel est le phénoménisme absolu; et l'on n'y saurait trop insister, car, en s'exprimant sans réserve, il s'est réfuté définitivement. Hume a réalisé par la rigueur de sa pensée la réduction à l" absurde de la philosophie expérimentale, et, avec une admirable franchise, il en est convenu lui-même. Certaines pages du Traité, dans la conclusion et l'appendice, sont infiniment curieuses; et ici encore il faut laisser parler Hume lui-même.
u J'avais conçu quelque espérance qu'en dépit de ce que ma théorie du monde intellectuel pouvait laisser à désirer, elle serait au moins exempte de ces contradictions et de ces absurdités qui semblent inséparables de toute explication que {a raison humaine puisse donner du monde matériel. Mais à