Ibid., p
ÉVOLUTION DE LA PHILOSOPHIE AU XVIir SIÈCLE. 107 commande — distinguer des phénomènes primitifs et des phénomènes-reflets : mais, s'il y a un rellet, il y a quelque chose qui reflète. Il avait dû associer, lier ces reflets : mais, s'il y a un lien, il y a quelque chose qui lie. Il avait retrouvé la mémoire et l'habitude; et, bien qu'il eût voulu d'abord y voir de simples faits, il finissait par s'avouer que quelque chose qui se souvient et s'accoutume, est quelque chose aussi dont l'existence est continuée et se continue identique. Parti de l'idée qu'il n'y a rien en dehors des faits que l'expérience constate, il devait constater que l'expérience ne suffît pas à expliquer la réalité — l'expérience, au moins, comme il l'entendait \
Et la philosophie expérimentale n'aboutit pas seulement avec Hume à l'absurdité, elle mène aussi au découragement : quel prix a la vie si cette poussière de phénomènes qui la constitue peut se désagréger et s'éparpiller tout à coup ou, ce qui revient au même, si l'esprit ne peut échapper à une telle crainte? « Je suis, dit Hume, effrayé et confondu de ce désert et de cette solitude où je me trouve placé par ma philosophie, et je me représente à moi-même comme une espèce de monstre inconnu, étrange, qui, incapable de faire société avec les honjmes, a été banni de leur commerce et reste désolé, dans le plus complet abandon. Volontiers je me jetterais dans la foule pour y chercher abri et réconfort, mais je ne puis prendre sur moi de m'y mêler à cause de cette difformité ".... La vue intense de ces contradictions multipliées et de ces imperfections de la raison humaine a tellement agi sur moi et si fort échauffé mon cerveau, que je suis prêt à rejeter tout raisonnement et toute croyance, et que je ne puis plus reg-arder aucune opinion ne fût-ce que comme plus probable ou plus vraisemblable qu'une autre. Oùsuis-je,
1. Pourquoi d'ailleurs Hume aUribiiail-il une verUi j^arliculière, la certitude, à la comparaison des idées, à la nialhémaliiiue"? Ou les idées ne sont pas entièrement empiriques, ou la mathématique elle-même est empirique et précaire.