Conclusion de ce livre, IV, vu, p
^08 . DE LA MÉTHODE POUR CONDUIRE SA RAISON, que suis-je? De quelles causes tiré-je mon existence et h quelle condition vais-je retourner? De qui recherclierai-je la faveur, et de qui dois-je craindre la colère? Quels êtres m'environnent? Et sur qui ai-je de l'influence ou qui a de l'influence sur moi? Toutes ces questions me confondent et je commence à me figurer que je suis placé dans la plus déplorable condition qu'on puisse imaginer, environné des plus épaisses ténèbres et privé de tout usage de mes membres et de mes facultés '. »
Poussé si loin, le scepticisme va produire son efl'et ordinaire. De cette philosophie phénoméniste on voit naître, çà et là indiquée d'un mot, formulée en quelques passages des Essais, une philosophie de la croyance. « Le grand destructeur du pyrrhonismc ou scepticisme poussé à l'excès, c'est V action, c'est le mouvement, ce sont les occupations de la vie commune », déclare Hume-; et encore : on ne peut être détourné du doute pyrrhonien « par une autre voie que par la puissante influence de V instinct naturel » ^ Le scepticisme tendrait à ruiner la vie humaine si la nature n'était plus forte : hors de la spéculation, en présence des objets réels, « le sceptique le plus déterminé est dans le même état que le reste des hommes '' ». L'instinct, voilà qui triomphe des contradictions et des angoisses; la nature, voilà une puissance vague qui a assuré jusqu'ici le cours des choses et qui, dans l'instinct même, s'affirme comme devant continuer à l'assurer. Il y a « une sorte (ï harmonie préétablie entre le cours de la nature et la succession de nos idées : car, quoique les puissances et les forces qui varient la scène du monde nous soient totalement inconnues, nous trouvons pourtant que nos pensées et nos conceptions leur ont jusqu'ici tenu fidèle compagnie... ». Il était convenable « à la prudence ordinaire de la nature » do pourvoir à la sûreté du raisonne-