‹ L'avenir de la philosophieChapitre 70 sur 265 · V Essai, pp · texte numérisé non relu

V Essai, pp

2. Dans le Traité (lll, xv, p. 231, Règles pour Juger des causes et des effets), Hume trace une logique induclive, « la logique dont il convient d'user en raisonnant sur les causes ». Voir Compayré, Z« Philosophie de David Hume; Huxley, Hume, sa vie, sa philosophie.

de l'autre, il a, par l'excès même de son analyse, fait éclater l'absurdité de l'empirisme absolu et fait apparaître un principe qui va au delà. Et ainsi, tandis que, avec Hartley et Priestley, l'empirisme est poussé jusqu'au matérialisme ', avec Reid, le fondateur de l'école Ecossaise, une réaction se produit contre l'empirisme au nom du sens commun, contre Hume avec des armes que Hume a préparées.

Dans ses Recherches sur r entendement humain cV après les connaissances du sens commun, Reid annonçait son intention de réfuter le Traité de la nature humaine : « L'ingénieux auteur de cet ouvrage a élevé sur les principes de Locke, qui n'était certainement pas sceptique, un système complet de

scepticisme Un esprit sain peut-il admettre ce système sans

répugnance? En vérité cela me paraît impossible. Je suis persuadé qu'un scepticisme absolu n'est pas plus destructif de la foi du chrétien que de la science du philosophe et de la prudence de V homme de bon sens. Je suis persuadé que l'injuste vit de la foi comme le juste... ^ » Sans doute, pour Reid, comme pour Hume, la méthode d'observation est seule bonne, qu'il s'agisse d'étudier l'esprit ou la nature; et la principale cause d'erreur, ici ou là, c'est l'hypothèse. Mais, pour étudier l'esprit, il faut distinguer entre la voie d\inalijse, qui égare, et la voie de réflexion^ qui mène au but. « L'homme est porté à matérialiser l'esprit et à identilier ses opérations avec les phénomènes du monde extérieur. » A Descartes « appartient l'honneur d'avoir tiré le premier une ligne de démarcation distincte entre le monde matériel et le monde intellectuel » ; il est le fondateur de la méthode réflexive, qui est une des formes de la méthode d'observation; il est « le père de la

\. Ce nialérialisme, d'ailleurs, au lieu d'être, comme celui de France, agressif à l'égard de la religion, se concilie avec elle. Voir Lange, Histoire du matérialisme, t. I, IV' par lie, chap. i.

2. Dédicace à lord DesUfoord. Voir Cousin, Philosoptiie écossaise, 4' éd., p. 282.

ÉVOLUTION DE LA PHILOSOPHIE AU XVIir SIÈCLE. IH nouvelle philosophie * ». Reid est d'accord avec Locke et Hume pour ne voir partout que phénomènes à observer; mais il se sépare d'eux en distinguant des phénomènes d'un ordre particulier. Il concilie Descartes et Bacon.

C'est avec prudence que Reid étudie les opérations de l'esprit, sans vouloir les classer d'une façon rigoureuse et complète. — Parmi les facultés intellectuelles, celle dont il s'est occupé d'abord et qu'il s'est attaché surtout à analyser, c'est la perception -. S'il y a, dit-il, un intermédiaire, Vidée rejorésentative, entre le sujet et l'objet, il faut renoncer à connaître aucune substance et nous sommes enfermés dans les représentations; mais cette idée représentative est inintellig-ible, — qui ne saurait être ni immatérielle puisqu'elle donne la notion de la matière, ni matérielle puisqu'elle pénètre en la pensée. Bien que cela soit d'ailleurs inexplicable, la perception fait connaître la matière en vertu de la constitution même de l'esprit ^, et sans qu'il y ait, comme tant de philosophes l'ont soutenu '*, des images interposées. La mémoire est une perception immédiate du passé, dont il est impossible également de rendre compte. La conscience, faculté distincte, ne connaît que des phénomènes. La raison fournit un certain nombre de jugements, — relatifs soit aux vérités contingentes", soit aux vérités nécessaires", — tels que, si on les rejette, il n'y a plus qu'absurdité spéculative et pratique, et qui dès lors s'imposent.

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