D'Alenibert, ibid
2. La Mettrie, llisloire naturelle de l'âme, l Homme-machine .
3. « On ne lit plus Descartes » : Voltaire à Thomas, à propos de ï'Éloge de Descaries, lettre du 2:^ septembre 176o. Voir pourtant sur l'action de Descartes, outre Bouillier et Brunetière (travaux déjà cités), Taine, l'Ancien Régime, et Picavet, les Idéologues. L'influence de Descartes et celle de Gassendi se combinent. « Si Gassendi eût écrit en français, si la forme de sa, philosophie eût été moins antique et son caractère religieux moins prononcé, sans aucun doute il eût dirigé ce mouvement des esprits et remporté sur Descartes une victoire posthume. Mais nous croyons que l'influence de ses in-folio latins dut être à peu près nulle dans un temps où les études devenaient de plus en plus superficielles. » (Renouvier, Manuel de philosophie moderne, p. 330.) M. Renouvier oublie VAbrégé de Bcrnier et des ouvrages comme la Vie de Gassendi de Bougerel (1737) : mais Locke, plus psychologue, plus pratique, plus utilitaire, si clair — en apparence — et si facile, avec son prestige d'étranger, nuisit incontestablement à l'œuvre de Gassendi, tout en servant sa cause.
sens, si la raison n'est qu'un perfectionncmcnl de la connaissance sensible, la Nature, qui « agit par des lois simples, uniformes, invariables », manifesle sa vertu dans l'expérience : et la Raison ainsi peut garder son empire'.
La Meltrie a fait, comme les Anglais, l'étude expérimentale de l'âme; il découvre dans l'homme un mécanisme identique à celui que les cartésiens ont attribué à l'animal et plus compliqué seulement. Mais il dépasse la psycholog-ie : il n'y a pour lui qu'une seule substance; l'âme est matérielle; le ressort, le principe de la vie n'est pas dans quelque élément i)articulier, mais dans chaque élément de l'organisme. — La construction de l'univers par d'Holbach dans le Système de la Nature est plus large et plus complète, et plus franche aussi. Il n'y a rien en dehors de la réalité connaissable par l'expérience, déclare-t-il dès le début : « L'homme est louvrage de la nature, il existe dans la nature, il est soumis à ses lois, il ne peut s'en alTranchir; il ne peut, même par la pensée, en sortir; c'est en vain que son esprit veut s'élancer au delà du monde visible; il est toujours forcé d'y rentrer. Pour un être formé par la nature et circonscrit par elle, il n'existe rien au delà du grand Tout dont il fait partie et dont il éprouve les influences. Qu'on ne parle plus ni de substance pensante, ni d'harmonie préétablie et de causes occasionnelles, ni de Dieu. » L'homme moral est le prolongement de l'homme physique, et l'homme physique plonge dans la nature. Par quelles suites de variations le supérieur est-il sorti de l'inférieur? « C'est un champ ouvert aux hypothèses, disait-il, en attendant que l'expérience ait prononcé. » Mais, pour ignorer le comment, il n'en affirmait pas moins comme très probable « que l'homme est une production faite dans le temps, et que notre espèce est arrivée par différents passages ou dévelop-
1. « 0 Nature, souveraine de tous les êtres! et vous ses filles adorables, Vertu, Raison, Vérité, soyez à jamais nos seules divinités : c'est à vous que sont dus l'encens et les hommages de la terre. » D'Holbach, Sjjstème de la \ Nature, H, 44C.
EVOLUTION DE LA PHILOSOPHIE AU XYIIT SIECLE. 119 pements successifs à l'état où nous la voyons ». Tout est matière et mouvement; la somme d'existence demeure élernellement la même; et la diversité résulte des diverses combinaisons de matières diversement actives. « Le mouvement est un efîort par lequel un corps change ou tend à changer de place »; il est nécessaire, il est continuel, et il n'y a pas véritablement de repos; mais certains mouvements sont imperceptibles : ceux, par exemple, qui constituent la pensée '. Le matérialisme du xvni'' siècle, bien qu'il s'inspire parfois de celui de ïlobbes, tend néanmoins à s'en distinguer. D'une part, tandis que le xvn" siècle cultivait surtout la mathématique, les sciences abstraites, le xvm% avec le progrès des sciences physiques et naturelles, perdait moins de vue la réalité concrète et vivante; d'autre part, les audaces de la critique religieuse, l'influence de Bayle amenaient les esprits les plus libres à modifier, à suspecter, ou à rejeter l'idée de Dieu — par suite, à ne plus bien concevoir, sans moteur premier, le pur mécanisme, à chercher dans la matière même l'explication du mouvement et à donner enfin tout naturellement une valeur nouvelle au concept de force. — Bien que la pensée de Diderot soit mobile et incertaine, et qu'il suive davantage, tantôt sa nature ardente, généreuse, poétique, ce génie intuitif (|ui le portait à voir partout des sources d'énergie et de vie, tantôt les tendances plus sèches et plus matérialistes du milieu holbachien, avec lui — comme aussi avec de Maillet et Robinet — se développe un dogmatisme dynamiste, qu'on ne sait au juste s'il faut appeler panthéisme ou naturalisme pur et oîi semblent se combiner l'esprit de Spinoza et celui de Leibnitz ".
1. Voir Lange, op. cit., t. I, IV^partie, chap. ii et m. D'Holbach, dit Renouvier (Esquisse, t. I, p. 162), hésite entre le dogmatisme matérialiste et le positivisme : l'homme ne doit pas « substituer des mots inintelligibles et des suppositions absurdes à ses incertitudes ».
2. Voir Caro, la Fin du XVIII" siècle, t. I; Ducros, J. Reiuach, Diderot. Voir Pillon et Mabilleau, ops. ci^.?., sur les rai)ports de Diderot avec Maupertuis et, d'autre part, sur les analogies de Maupertuis avec Gassendi. Les purs matérialistes font naître la sensibilité d'un arrangement de la matière : les atomes de Maupertuis sont « de petits animaux >■.
Parmi tant de philosophes, il en est un qui reste plus exclusivement psychologue et qui relève plus directement de Locke : c'est Condillac. Comme Locke, — qu'il avoua pour maître, — il déclara que « notre premier objet, celui que nous ne devons jamais perdre de vue, c'est l'élude de l'esprit humain », qu'il faut « remonter à l'origine de nos idées, en développer la génération, les suivre jusqu'aux limites que la nature leur a prescrites, par là fixer l'étendue et les bornes de nos connaissances et renouveler tout l'entendement humain ^ ». Comme Hume, — que d'ailleurs il ne connut pas, — il corrigea en la continuant l'analyse de Locke; mais il le fit tout autrement que Hume : il le fît en philosophe français-. « L'analyse que Locke donne de l'enlendement humain est imparfaite. 11 n'a pas imaginé de chercher la génération des opérations de l'âme; il n'a pas vu qu'elles viennent de la sensation, ainsi que nos idées, et qu'elles ne sont que la sensation transformée ^ » Condillac a supprimé la réflexion \ lui aussi, et fait dériver de la sensation l'esprit tout entier; mais, au lieu de traiter la sensation comme un phénomène objectif et de chercher — en vain — à reconstituer l'esprit avec une collection de phénomènes indépendants, il a considéré la sensation du dedans, pour ainsi dire : il a découvert dans la sensation la faculté de sentir; et il a vu de la sensation transformée naître les diverses facultés, et par suite les diverses idées, précisément parce que l'esprit tout entier était en germe dans la sensation ^ La statue qu'il imagine
\. Essai sur Voriçiine des comiaissances humaines, inlrod.
2. D'ailleurs il connaissait Descaries, et il n'a pas tout rejeté de lui.