‹ L'avenir de la philosophieChapitre 83 sur 265 · I/jid., p · texte numérisé non relu

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3. 3° lettre à M. de Malesherbes. « Ce fut durant une belle nuit d'été que le premier homme qui tenta de philosopher, livré à une profonde et délicieuse rêverie, et guidé par cet enthousiasme involontaire qui transporte queli|uefois l'âme hors de sa demeure et lui fait, pour ainsi dire, embrasser

l'univers, osa élever ses réllexions jusqu'au sanctuaire de la Nature

Voir le morceau allcf/ori'/ue sur la Révélation.

ÉVOLUTION DE LA PHILOSOPHIE AU XVIir SIÈCLE. 133 tains des « missionnaires d'alliéisme », comme il dit, que de Voltaire avec son Dieu raisonné qui joue un rôle d'architecte et de policier.

Sans doute, il fait de Dieu, lui aussi, le garant de la morale, par qui l'àme immortelle est traitée selon ses mérites : et ce qu'il affirme à ce sujet, comme Voltaire, lui est, comme à Voltaire, inintelligible '. Pourtant, même quand Rousseau paraît d'accord avec son rival, les mêmes paroles chez lui n'ont pas la même valeur, ne sonnent pour ainsi dire pas de la même façon. Lorsqu'on dégage la pensée de Rousseau de ce mélange d'affirmations - et de doutes où elle s'enveloppe, on voit qu'il projette ou laisse déborder dans la nature entière — avec une doctrine indécise, mais par un élan lyrique — à la fois la force active et les tendances morales qu'il trouve en lui. // // a nn grand Etre, et cet Être veut le bien ^ : voilà, toute nue, sa conviction. Il est bon chez Rousseau, poète autant que philosophe, et qui, même dans l'histoire de la pensée, a agi par les éléments poétiques de son œuvre, de montrer, à côté d'un spiritualisme raisonné et plus ou moins tempéré de réserves sceptiques, le naturalisme sentimental, en quelque sorte, qu'enferment tant de pages fécondes. Son système du monde est l'extension d'une

1. Quelle est la vie qui suit la mort, et l'àme est-elle immortelle par sa nature? Il l'ignore. « Mon entendement borné ne conçoit rien sans bornes; tout ce qu'on appelle infini m'échappe. Que puis-je nier, affirmer? Quels raisonnements puis-je faire sur ce que je ne puis concevoir? Je crois que l'àme survit au corps assez pour le maintien de l'ordre; qui sait si c'est assez pour durer toujours?... » El quand, dans un retour vers l'àme, Rousseau a complété, d'après la nature morale de l'homme, les attributs de Dieu, quand il a découvert en Dieu, outre la puissance et l'intelligence, la bonté et la justice, il ne l'en connaît pas davantage : « Que si je viens à découvrir successivement ces attributs dont je n'ai nulle idée absolue, c'est par des conséquences forcées, c'est par le bon usage de ma raison; mais je les affirme sans les comprendre, et, dans le fond, c'est n'affirmer rien. J'ai beau me dire : « Dieu est ainsi », je le sens, je me le prouve; je n'en conçois pas mieux comment Dieu peut être ainsi. Enfin, plus je m'efforce de contempler

son essence infinie, moins je la conçois; mais elle est, cela me suffit

Profession, p. 237. Ailleurs {Lettre à M. de Bcaumonl) il dit : « L'idée de création... est ... la moins compréhensible à l'esprit humain ».

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